Cette femelle du secteur 10 Ouest a visiblement souffert des rigueurs exceptionnelles de l’hiver dernier.

Situation précaire pour les cerfs dans la zone 10 Ouest

CHRONIQUE / Le cheptel de cerfs de la zone 10 Ouest serait dans une situation précaire, selon André Dumont, biologiste et spécialiste de la grande faune au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs en Outaouais (MFFP), compte tenu du dernier hiver qui s’inscrit comme le plus rigoureux des 25 dernières années !

L’indice NIVA d’enneigement/d’enfoncement, le nombre de jours avec plus 50 cm d’enfoncement, de même que le nombre de jours avec de la neige au sol ont tous atteint des sommets sans précédent.

« Lors d’un hiver de cette rigueur, explique M. Dumont, la mortalité par inanition (épuisement par défaut de nourriture) dans la population de cerfs est importante et les femelles qui survivent produisent une plus faible cohorte de faons. Soulignons que la proportion de cerfs juvéniles (âgés de 10 mois) dans la population en avril 2019 était la plus basse des dix dernières années. »

Dans ce contexte et par « souci de protection », poursuit-il, « aucun permis de cerfs sans bois n’a été émis pour la zone de chasse 10 Ouest ». Par ailleurs, il n’y a pas de changement aux modalités de chasse de la saison réservée à l’arc et à l’arbalète.

Une mesure controversée

Bon nombre de chasseurs demeurent sceptiques en ce qui concerne l’efficacité de la mesure de prévention annoncée par le ministère, surtout que la majorité de la récolte annuelle des femelles et des faons survient durant la pré-saison de chasse à l’arc et à l’arbalète. En effet, les statistiques des cinq dernières années pour le secteur 10 Ouest démontrent un succès de chasse moyen de 57,3 % avec les armes de jet et de 42,6 % par le biais de tirage au sort. Plusieurs confirment également que le succès de chasse en général a diminué considérablement dans le secteur ouest depuis plusieurs années. On ajoute que l’interdiction de récolter des femelles et des faons dans le secteur voisin de l’est, depuis 2014, a généré une hausse d’achalandage dans le secteur ouest. Malgré la faible récolte totale de 3456 cerfs au cours de la saison 2016 dans la 10 Ouest, le ministère a tout de même délivré un millier de permis lors du tirage au sort de 2017, et pas moins de 1500 en 2018.

En 2010, le ministère a mis en place une mesure de prévention identique pour le secteur 10 Est, afin de permettre au cheptel de récupérer des hivers rigoureux de 2008-2009. Par contre, un inventaire aérien réalisé en 2014 a démontré que cela n’avait pas eu l’effet souhaité et que la population du cheptel demeurait toujours en situation précaire. Québec a donc appliqué l’interdiction de récolter des femelles et des faons pendant la présaison de l’arc et de l’arbalète, une mesure qui demeure en vigueur pour une sixième saison.

Depuis 20 ans, le Gatinois Sylvain Dubois chasse dans la 10 Ouest et investit plusieurs heures à prospecter les secteurs d’Otter Lake, Shawville, Quyon et Lac-des-loups. Selon lui, la qualité de chasse au chevreuil laisse à désirer depuis les cinq dernières années, en raison de la très faible densité des cerfs et une hausse importante de chasseurs. Comme plusieurs autres d’ailleurs, il est d’avis que le ministère fait « fausse route » et devrait interdire immédiatement toute récolte des femelles et des faons avec l’arc et l’arbalète dans la 10 Ouest. Cette mesure favoriserait l’accouplement et la survie d’un plus grand nombre de cerfs, advenant un autre hiver rigoureux en 2020. Cela pourrait également éviter d’avoir à appliquer des mesures draconiennes identiques à celles qui perdurent dans l’est. Selon lui, l’application de la Restriction de la Taille Limite des Bois dans la zone 10 est justifiable en raison de la pénurie évidente de jeunes cerfs mâles depuis plusieurs années déjà.

Somme toute, un inventaire aérien de la zone 10 dès l’an prochain par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs aiderait à déterminer plus précisément l’état actuel du cheptel de cerfs des deux secteurs.