C'est l'ex-commissaire aux langues officielles Dyane Adam qui préside le Conseil de planification.

Une université qui se cherchera

CHRONIQUE / Cette fois-ci, ça semble la bonne. En donnant son accord aux recommandations du rapport de Dyane Adam, la semaine dernière, le gouvernement ontarien a matérialisé un peu plus la future université de langue française à Toronto.
Quelques effets de surprise lors des conclusions du Conseil de planification. D'une, le gouvernement est allé vite, réservant cette annonce discrète en plein mois d'août. Par ailleurs, le modèle d'affiliation à une grande université redouté est en fait plus édulcoré, préférant la mention de partenariats. Enfin et pour la première fois, des chiffres concrets apparaissent : ouverture en 2020 et fonds de démarrage de 20 millions $.
A priori prometteur, le rapport de Mme Adam a été salué sans déclencher de « hourras ». Au ton satisfait, mais prudent des trois organismes les plus impliqués dans le dossier (Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Regroupement étudiant franco-ontarien et Fédération de la jeunesse franco-ontarienne) s'est même greffé le scepticisme de certains. Pour des universitaires et intellectuels, le projet proposé par Mme Adam laisse de côté la question centrale des universités bilingues (Ottawa et Laurentienne).
La plupart du temps affichées sur les médias sociaux, les prises de bec sur le contenu du rapport Adam reflètent moins une division géographique - les Franco-Torontois et le reste de la province - qu'une différence dans la définition d'une université franco-ontarienne.
La première lecture, plus pragmatique, affirme que les années de revendication ont abouti sur un succès. Que la venue d'un édifice à Toronto, destination pour des milliers d'immigrants francophones, va dans le sens de l'histoire et des mouvements de population.
La seconde lecture tire la sonnette d'alarme sur l'inanité d'une telle mesure. La solution serait plutôt de fédérer tous les programmes francophones avec la création d'une université de langue française répartie sur plusieurs campus. Une manière d'éviter l'assimilation, comme ce fut le cas à Ottawa et la Laurentienne où la proportion d'étudiants francophones a fondu comme neige au soleil, au cours des 50 dernières années. Un fait indéniable.
Qui a raison, qui a tort ? Personne n'est en réalité dans l'erreur. L'erreur serait de considérer 2017 comme la création de l'université franco-ontarienne. En somme, le terme « historique » prononcé par deux leaders francophones, Marie-France Lalonde et Carol Jolin, est peut-être un peu galvaudé. Les revendications pour la construction des institutions postsecondaires francophones en Ontario, lesquelles remontent aux années 1960, sont trop complexes pour crier victoire cette année.
On ne sait pas encore si cette future « Université de l'Ontario français » survivra dans un environnement résolument anglophone. Motifs d'espoirs tout de même : le campus sera 100 % francophone, ce qui limitera la propension à l'anglais. Les hésitations des élèves franco-torontois à poursuivre leurs études en français pourraient être compensées par un « pôle de recrutement » international. Gageons que les besoins initiaux de près de 20 millions $ évoqués par Mme Adam - une somme assez mince il faut le reconnaître - seront complétés dans le long terme de manière plus importante.
Il faudra donc attendre après 2020 pour juger du « pari » de cette université franco-ontarienne à Toronto. Une chose certaine : le succès ou l'échec de cette future institution n'éteindront probablement pas les revendications historiques de campus fédérés. L'université franco-ontarienne se cherchera probablement encore longtemps.