Sébastien Pierroz
Les enseignants de l’Ontario dénoncent un manque de consultation de la part du ministre de l’Éducation Stephen Lecce.
Les enseignants de l’Ontario dénoncent un manque de consultation de la part du ministre de l’Éducation Stephen Lecce.

Le temps presse pour les élèves ontariens

CHRONIQUE / Le compte à rebours est lancé, à seulement un mois d’une rentrée des classes en Ontario inédite. Les mesures sanitaires et de distanciation sociale s’apprêtent à bouleverser le quotidien des deux millions d’élèves. Comment cela se traduira sur le terrain ? Mystère.

Chose certaine : le processus est long. Ces jours-ci, les 72 conseils scolaires de la province, incluant les 12 de langue française, s’affairent à présenter au ministère de l’Éducation leur plan préliminaire pour le retour en classe.

Dans un second temps, le gouvernement fournira ses directives, puis les institutions éducatives seront tenues de dévoiler leur plan final. Le 4 août est coché comme la date où on en saura plus sur la rentrée de septembre.

Trois scénarios se dégagent possiblement pour les conseils scolaires, dépendamment de leurs moyens. Tout d’abord, un apprentissage classique, ensuite à distance, ou enfin, un apprentissage « hybride » combinant présence physique et cours en ligne.

Pour le moment, le gouvernement semble laisser carte blanche aux différents conseils scolaires. Mais s’il décidait d’imposer une limite de 15 élèves par classe, comme cela était évoqué au début juillet, tout deviendrait bien plus compliqué.

Quoi qu’il en soit, ces changements titanesques ne pourront se faire en trois semaines. Pour les différents conseils scolaires, cela implique l’achat de matériel sanitaire, une logistique nouvelle et, dans certains cas, l’embauche de nouveaux enseignants.

Les garderies en sont l’exemple. Le 9 juin, le premier ministre Doug Ford avait annoncé leur ouverture pour le… 12 juin. Mais les mesures édictées et envoyées aussitôt aux différents centres par le gouvernement n’ont pas été mises en place en une nuit. Il a fallu trois, quatre, voire cinq semaines pour appliquer les directives.

D’autres questions restent en suspens. Qui donnera les cours en ligne, considérant que les enseignants seront en classe ? Que feront les parents qui travaillent dans le cas d’un apprentissage à distance ? La rentrée sera-t-elle repoussée ?

Ce sentiment de dernière minute déclenche une salve de critiques contre M. Ford. Dans le contexte où les bars et restaurants ont bénéficié d’un plan rapide de réouverture, la prudence du gouvernement sur le dossier des écoles est mal vue. Des accusations dont le premier ministre se défend, invoquant la santé des élèves.

Les relations entre l’équipe conservatrice et le monde de l’enseignement sont houleuses. La réforme de l’éducation contestée, puis la grève massive au cours de l’hiver ont laissé des cicatrices profondes dans la relation entre les deux camps.

Les enseignants dénoncent souvent le manque de consultations. En témoigne, encore cette semaine, l’annonce gouvernementale de la prise en charge des cours en ligne par le Groupe Média TFO qui n’a pas été accueillie avec des roses.

Si le gouvernement Ford n’est pas exempt de critiques durant cette crise sanitaire, il en va de même de quasiment tous les dirigeants au pouvoir, tant la COVID-19 a bousculé les certitudes, et jeté une ombre sur chaque hypothèse.

Avec 195 cas recensés ce vendredi, on pourrait même dire que l’Ontario s’en sort plutôt bien. Dévoilant une image plus empathique, Doug Ford a su s’adapter — parfois avec du temps — en se rendant à la raison sur le déconfinement géographique, mais aussi lever les barrières pour les tests.

En revanche, sur l’ultra-sensible dossier des écoles, le gouvernement devra faire preuve de rapidité et d’écoute. Au risque d’entacher un bilan de gestion de la COVID-19 jusque-là assez positif.

L’auteur est rédacteur en chef et journaliste pour la production #ONfr du Groupe Média TFO.