Le malaise entre Bonnie Lysyk et le gouvernement est aujourd’hui plus profond.

Le dur rappel de la vérificatrice

CHRONIQUE / L’exercice est une habitude du côté de Queen’s Park. La vérificatrice de l’Ontario a encore épinglé les comptes du gouvernement, la semaine dernière.

Ce rapport annuel de Bonnie Lysyk intervenait à un moment crucial du calendrier : celui des six mois quasiment jour pour jour avant les élections de juin. Une sorte de dernière ligne droite dans laquelle les troupes libérales n’ont plus le droit à l’erreur.

On ne peut pas dire que les chiffres annoncés par la vérificatrice générale soient mirobolants. Les 1 119 pages du document sont même assez sévères pour le gouvernement de Kathleen Wynne.

Le thème de l’électricité, le talon d’Achille des libéraux depuis deux ans, se retrouve de nouveau dans les pages du rapport. On apprend par exemple que neuf exploitants de centrales au gaz ou au charbon ont demandé le remboursement de frais de l’ordre de 260 millions $ de 2006 à 2011.

La vérificatrice jette par ailleurs un pavé dans la mare lorsqu’elle parle des conseils scolaires. Les 32 milliards $ que se partagent les 72 institutions ne sont pas exempts de gaspillages. L’augmentation des jours de congés de maladie des enseignants peine de ce fait à être financé.

L’immigration, sujet cher à la communauté francophone, n’échappe pas à la loupe de la vérificatrice. Le gouvernement aurait renouvelé des contrats d’organismes qui accompagnent les immigrants, sans même vérifier s’ils méritaient un nouveau financement.

L’exercice de relation publique voulant que le gouvernement accepte les recommandations de la vérificatrice, pendant que l’opposition grince, n’a pas échappé à la règle. Mais la sortie de Mme Lysyk confirme ce que beaucoup d’Ontariens pensent à tort ou à raison depuis des mois : le gouvernement libéral est dépensier et tarde à faire des suivis sur la gestion financière.

Toujours est-il que le malaise entre Bonnie Lysyk et le gouvernement est aujourd’hui plus profond. 

L’agente parlementaire et les libéraux ont passé les derniers mois à s’écorcher sur l’ampleur du déficit, la première parlant d’un budget déficitaire de 2,4 milliards $, quand le gouvernement libéral indique avoir ramené celui-ci à moins de 1 milliard $. Au cours de la même période, la dette provinciale a dépassé les 300 milliards $.

Difficile de trancher dans cette passe d’armes. D’un côté, Kathleen Wynne et son ministre des Finances, Charles Sousa, ont les mains sur les feuilles de compte pour lesquelles la vérificatrice doit souvent lutter pour les obtenir. Reste que Mme Lysyk, de par sa fonction d’agente parlementaire, représente une neutralité.

Ce genre de bisbille a son historique dans les couloirs de l’Assemblée législative. En 2003, le vérificateur général de l’époque avait découvert un « déficit caché » de 5,6 milliards $, laissé par les progressistes-conservateurs de Earnie Eves. S’il remporte les élections en juin prochain, Patrick Brown pourrait aussi grincer des dents dans le cas où Mme Lysyk dit vrai. D’autant que la plateforme dévoilée par le PPC il y a 15 jours table sur un déficit de 2,8 milliards $ en 2018-2019… le tout en se fiant aux chiffres des libéraux.

Le parti de Kathleen Wynne n’a plus que quelques semaines pour éteindre les nombreux soupçons pesant sur leur administration. Un défi de plus, dans une élection, qui s’annonce chaque semaine un peu plus compliquée.

Pour lire l'analyse de Sébastien Pierroz dans son intégralité, rendez-vous sur le site Web d'#ONfr.