Mme Adam devra surtout composer avec les ambitions divergentes du collège universitaire Glendon et des organismes militants pour conquérir le marché du postsecondaire en français.

La tâche ardue de Dyane Adam

CHRONIQUE / Il n’y a pas eu de surprise pour la présidence du comité de mise en œuvre pour l’Université de l’Ontario français. Dyane Adam en prendra la tête. La ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, l’a confirmé la semaine dernière.

Ancienne commissaire aux langues officielles, et déjà à la tête du précédent comité pour imaginer la future université, Dyane Adam est un visage rassurant et respecté de l’Ontario francophone. Sauf que la tâche qui lui incombe cette fois-ci sera bien plus complexe que la précédente.

Oui, l’Université de l’Ontario français entre dans le vif du sujet. Oui, il faut maintenant s’atteler à la manière d’attirer des professeurs ou étudiants, le choix des cours. Mais Mme Adam devra surtout composer avec les ambitions divergentes du collège universitaire Glendon et des organismes militants pour conquérir le marché du postsecondaire en français.

Car la sortie commune il y a quelques jours de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) a mis un peu plus d’huile sur le feu. En demandant « l’exclusivité de l’enseignement universitaire en français à Toronto », les militants ont jeté un pavé dans la mare, et surtout visé Glendon.

Affilié à l’Université York depuis son ouverture en 1966, le collège Glendon est souvent vu comme l’héritage « pearsonien » d’un bilinguisme aujourd’hui malmené. Un peu moins de 20 % de ses étudiants y seraient francophones. Les programmes sont bel et bien bilingues sur le campus, ce qui ne veut pas dire que tous les cours sont donnés dans la langue de Molière.

Résultats : les programmes transférés vers la future Université de l’Ontario français seraient incomplets, et nécessiteraient alors la création de nouveaux cours. Une responsabilité de plus pour le comité de mise œuvre qui démontre que de simples transferts ne répondent pas au besoin.

L’idée que l’Université de l’Ontario français pourrait « avaler » facilement Glendon reste un leurre. Si beaucoup dénoncent « le bilinguisme de façade » opéré par l’établissement, certains restent tout de même très attachés au collège. Toronto, ville de choix pour de nombreux nouveaux arrivants francophones, peut séduire pour sa capacité à étudier en anglais.

Dans une autre mesure, les organismes ont, par cette sortie, de nouveau montré que l’Université de l’Ontario français doit voir plus loin que le campus pressenti sur les bords du lac Ontario. Pour le président de l’AFO, Carol Jolin, et ses alliés, l’édifice proposé pour 2020 au centre-ville demeure plus une rampe de lancement pour fédérer les différents programmes en français à travers la province.

Reste les cours donnés dans la future université. À cet égard, le premier rapport de Dyane Adam publié en août mettait surtout l’accent sur l’innovation. On y trouvait en autres quatre programmes « phares » : pluralité humaine, environnements urbains, économie mondialisée et cultures numériques.

Principale du collège Glendon dans les années 1990, Dyane Adam pourrait s’y prendre à deux fois avant de faire ombrage à son ancienne institution. Et la première ébauche de programmes dans le rapport montre que la concurrence entre les deux institutions serait a priori limitée.

Pour ces raisons, le comité de mise en œuvre, dont les noms restent inconnus, devra sans doute ménager la chèvre et le chou. Au risque pour Dyane Adam de ne pas faire que des heureux.

Pour lire l'analyse de Sébastien Pierroz dans son intégralité, rendez-vous sur le site Web d'#ONfr.