Sébastien Pierroz
Le premier ministre ontarien Doug Ford accompagné de Rod Phillips, Vic Fedeli et Christine Elliott
Le premier ministre ontarien Doug Ford accompagné de Rod Phillips, Vic Fedeli et Christine Elliott

Deux ans en dents de scie pour Doug Ford

CHRONIQUE / Il y a deux ans jour pour jour, le 7 juin 2018, les progressistes-conservateurs mettaient fin à 15 ans d’hégémonie libérale à Ontario. Une large majorité obtenue avec 76 députés qui s’expliquait en partie grâce au discours pugnace de Doug Ford.

Les promesses d’un assainissement des finances publiques couplées au style volontiers populiste de la «Ford Nation» apparaissent alors comme l’alternative le plus crédible à un gouvernement libéral à bout de souffle.

À mi-mandat, on peut résumer ces deux premières années en trois actes. D’abord, les premiers mois où le premier ministre n’a guère différé de son personnage rugueux et fonceur de la campagne électorale.

Bière à un dollar, fin du monopole de la Régie des alcools de l’Ontario sur la vente de cannabis, retrait de l’Ontario du marché du carbone, réduction de la moitié du conseil municipal à Toronto, ou encore, suppression de trois des neuf commissaires, tout allait décidément bien vite dans la maison bleue.

Deuxième acte à partir de l’été 2019, où Doug Ford a dû prendre acte de la grogne populaire, matérialisée par des sondages peu flatteurs. Bon gré mal gré, le premier ministre s’est fait plus centriste, en repoussant la promesse d’équilibre budgétaire, tout en se rabibochant avec son homologue fédéral, Justin Trudeau. Au passage, le gouvernement reculait partiellement face aux syndicats enseignants au terme d’un conflit historique de plusieurs semaines.

Dernier acte, enfin, depuis mi-mars avec la crise inédite de la COVID-19, où M. Ford a dû adopter une image rassembleuse et empathique, aux antipodes du ton belliqueux de juin 2018.

Ces changements, au moins de la forme, laissent penser que Doug Ford peine à trouver sa véritable identité politique. En deux ans, le chef du gouvernement a donné l’impression d’évoluer au gré des événements, en multipliant les volte-faces. Une «flexibilité» certes bien différente de la rigueur trop intransigeante de Mike Harris, et du pragmatisme «centriste» d’un Bill Davis.

Sébastien Pierroz est rédacteur en chef et journaliste pour la production #ONfr du Groupe Média TFO.