Sébastien Pierroz
ONFR+ / Collaboration spéciale
Sébastien Pierroz

Cours de français à Toronto : un avertissement pour les Franco-Ontariens

CHRONIQUE / La tempête médiatique n’aura duré qu’une journée. En annonçant, mercredi, la possibilité de supprimer ses cours de français et d’immersion à la rentrée en septembre, le Toronto District School Boarld (TDSB) a déclenché l’ire des francophones.

Motif principal invoqué plus gros conseil ontarien : la limitation des élèves dans les salles de classe pour cause de pandémie obligerait à plus de recrutement d’enseignants francophones. Un obstacle supplémentaire à l’heure où les institutions éducatives doivent compter leurs sous.

Devant la pléiade de réactions, dont celle de la ministre des Langues officielles, Mélanie Joly, le TDSB a calmé le jeu. Pas question de supprimer les cours en français et d’immersion, auraient dit finalement les conseillers scolaires pendant des débats, mercredi soir. En attendant, le TDSB dit chercher des solutions « acceptables ». Des propos qui ont fait retomber la tension d’un cran.

Ce n’est pourtant pas la première fois que le conseil scolaire anglophone cible ses cours d’immersion en français. En mai 2019, le TDSB avait évoqué la possibilité de sabrer l’enveloppe des cours. Devant le tollé suscité, les dirigeants avaient fait marche arrière.

Si les déclarations du TDSB suscitent un tel émoi, c’est surtout en raison des chiffres qu’il représente. Quelque 29 600 élèves fréquentent les programmes d’immersion et de français intensif. Avec près de 250 000 élèves scolarisés, le conseil scolaire a sensiblement « la taille » des villes de Gatineau, Saskatoon, ou Windsor.

À quel degré les francophones seront sacrifiés quand viendra l’heure des choix ? La pandémie pourrait-elle servir de prétexte à certaines coupes «politiquement incorrect» lors d’une période de croissance économique ?

Les analystes restent divisés sur la sortie du TDSB. Pour certains, le conseil scolaire obéissait à un calcul politique. Concrètement, susciter l’émoi sur la place publique pour obtenir plus de fonds additionnels. Pour d’autres, il a au contraire fait preuve de transparence, là où justement la majorité des institutions éducatives restent frileuses à dévoiler leur plan pour la rentrée scolaire.

Il s’en dégage surtout l’impression que les conseils scolaires marchent sur des œufs au niveau financier.

L’auteur est rédacteur en chef et journaliste pour la production ONFR+ du Groupe Média TFO.