Sébastien Pierroz

Quand Wynne part en guerre

CHRONIQUE / Il n’a fallu que quelques heures à Kathleen Wynne pour se distinguer en 2018. Début janvier, la première ministre de l’Ontario a fustigé sévèrement Tim Hortons, et n’y est pas allée de main morte.

Sa déclaration à l’intention des enfants du fondateur du restaurateur est pour le moins pugnace. « Ce n’est ni décent ni juste. C’est un geste d’intimidateur. Si M. Joyce veut partir une bagarre, je l’invite à le faire avec moi »

Kathleen Wynne ne digère pas la manœuvre « d’intimidation » de couper dans les avantages sociaux des employés. Une décision à la suite de la hausse du salaire minimum dans la province à 14 $ l’heure, début janvier.

Ron Joyce Jr., fils de Ron Joyce, et Jeri-Lynn Horton-Joyce, fille de Tim Horton, avaient envoyé une lettre aux employés d’une franchise dans la banlieue de Toronto, début janvier, pour les en informer. Dans d’autres franchises, des histoires semblables ont été rendues publiques.

Si Restaurant Brands International (RBI) s’est empressé de dénoncer les succursales récalcitrantes à adopter le fameux « 14 $ l’heure », la décision passe plutôt mal, et donne pour le coup le beau rôle à Kathleen Wynne.

Le geste de la première ministre n’est pas anodin. En tirant la première contre Tim Hortons, la chef du Parti libéral de l’Ontario a choisi son propre combat. Et non des moindres puisqu’il s’agit ici de l’un des symboles de la restauration rapide. D’autres entreprises dans la province ont certainement recours à ces pratiques, loin des lumières médiatiques. Les employés, souvent jeunes ou issus de l’immigration, bénéficient bien souvent de moyens très limités pour défendre leurs droits.

À cinq mois d’élections provinciales probablement difficiles pour son parti, la première ministre doit exister, quitte à « créer les événements ». Les libéraux n’ont pas le temps d’attendre la rentrée parlementaire le 20 février pour distribuer leurs flèches.

Kathleen Wynne sait aussi qu’elle doit absolument cajoler sa base de gauche pour se démarquer de son rival, Patrick Brown.

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Sébastien Pierroz

Le Centre Jules-Léger

CHRONIQUE / La loi «omnibus» du 14 décembre dernier à Queen’s Park a marqué deux avancées pour les Franco-Ontariens: l’Université de l’Ontario français et un nouveau statut pour le bilinguisme à Ottawa. On a moins parlé d’un troisième pas en avant tout aussi important. Celui de la gouvernance du Centre Jules-Léger dont la gestion est maintenant assurée par les conseils scolaires de langue française.

L’avenir de ce centre pour enfants francophones sourds, aveugles, sourd-aveugles ou ayant un trouble d’apprentissage d’Ottawa, était jusque-là incertain. En octobre dernier, le gouvernement de l’Ontario avait savamment mis en scène cette sauvegarde lors d’une annonce dans l’établissement. On promettait alors cette gestion par les conseils scolaires, moyennant la future loi.

À quelques mois des élections, le geste n’était pas anodin. D’autant que le dossier traînait depuis très longtemps. Dès février 2015, le Regroupement des parents et amis des enfants sourds et malentendants franco-ontariens (RÉSO) montait aux barricades. La raison? Le lancement d’un processus de consultation par le ministère de l’Éducation sur les écoles provinciales et d’application. Un processus qui ne présageait rien de bon et ravivait l’une des vieilles revendications, dont celle que le Centre Jules-Léger s’émancipe de la Division de l’apprentissage et du curriculum. Une division… de langue anglaise.

Tout est bien qui finit bien, mais qu’en apparence. Car comme dans la plupart de ses annonces pour les Franco-Ontariens en 2017, le gouvernement n’a livré qu’une partie de la marchandise. Ce transfert de gestion vers les conseils scolaires ne s’est pas accompagné d’une nouvelle enveloppe budgétaire. Dans les coulisses, on dit même que le financement alloué au centre a baissé au cours des dernières années, et demeure somme toute très loin de celui des établissements anglophones.

D’autres zones d’ombres persistent. De qui dépendront les enseignants et le personnel de soutien du Centre Jules-Léger? La meilleure option semble ici de les placer sous la coupe de l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO). De même, le terrain et l’édifice seront-ils inclus dans le transfert de gestion? Dans le cas contraire, tout ajout au bâtiment existant pourrait complexifier un peu plus les procédures.

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Sébastien Pierroz

Consolider l’élan de 2017

ÉDITORIAL / Les cadeaux ont plu sur les francophones en 2017, entre le nouveau statut bilingue à la Ville d’Ottawa, le projet d’université franco-ontarienne, et l’autonomie du ministère des Affaires francophones. Le gouvernement a fait preuve d’empathie envers les 622 000 Franco-Ontariens.

À la veille d’un scrutin provincial crucial, le parti de Kathleen Wynne a soigné sa relation avec cet échantillon électoral qui vaut de l’or. Ottawa-Sud, Glengarry-Prescott-Russell, Ottawa-Orléans, ou encore Sudbury, ces circonscriptions où les francophones dépassent les 20 % ne sont pas certaines de rester dans le giron libéral, en juin.

Les libéraux ont certes livré la marchandise dans les derniers mois, mais pas entièrement. Le vote du projet de loi pour Ottawa bilingue le 14 décembre le démontre: ce n’est pas tant une amélioration pour le bilinguisme, mais un «statu quo enchâssé» qui a été donné. Et derrière les victoires se cachent aussi plusieurs zones d’ombres que la ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, devra éclaircir en 2018.

L’Université de l’Ontario français est le premier point. Après la conception du projet, place maintenant à l’opérationnalisation. La présidente du comité de mise en œuvre, Dyane Adam, et son équipe, devront déterminer le lieu, la structure du bâtiment, et les cours qui y seront donnés.

Or, le plus dur commence, et Dyane Adam marchera probablement sur des braises. D’une, les militants continuent à espérer une université qui intégrerait les programmes postsecondaires en français des autres établissements. À commencer par le Collège Glendon. Par ailleurs, 2018 n’éteindra probablement pas les critiques de ceux qui pensant que l’UOF n’est guère légitime en tant que lieu de rassemblement franco-ontarien.

Second dossier à surveiller: le développement du ministère des Affaires francophones. Annoncé sans tambour ni trompette au cours de l’été 2017, la création de ce ministère en lieu et place de l’Office des Affaires francophones (OAF) n’a pour l’instant pas été suivi de fonds supplémentaires. On se rappelle que le budget du ministère des Personnes âgées, devenu autonome en janvier dernier, a vu son montant passé dans le même temps de 19,6 à 35 millions $.

Marie-France Lalonde sera enfin attendue au tournant quant à la refonte de la Loi sur les services français. Au nom de son gouvernement, elle s’y était déjà engagée formellement il y a un an. Depuis, les choses traînent… le gouvernement n’a manifestement pas mis ce dossier sur la liste de priorités

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Sébastien Pierroz

L’impossible relance de Wynne

CHRONIQUE / L’année 2016 fut pour les libéraux une annus horribilis marquée par la controverse des factures d’électricité, les scandales, et la sérieuse opposition des progressistes-conservateurs. 2017 aura été le calque de l’année précédente du côté de Queen’s Park. Les problèmes de 2016 ont simplement perduré.

La vente d’Hydro One décidée il y a maintenant un an et demi a continué de hanter les bureaux de la première ministre. Touchés à leur portefeuille par des tarifs augmentés, les Ontariens en majorité restent dubitatifs sur les bénéfices de cette vente.

Et l’acte de contrition de Kathleen Wynne, suivi en mars d’une baisse de 25 % des factures d’électricité n’a pas ramené le calme espéré. Car cette baisse représente pour le Bureau de la responsabilité financière un cadeau empoisonné, qui se traduira dans quelques années par une nouvelle hausse.

« La crise de l’hydro » n’a pas été le seul boulet accroché aux pieds de la première ministre cette année. 

Le « Sudburygate » reste une histoire sans fin. En septembre, le début du procès des deux organisateurs libéraux pour corruption électorale à Sudbury n’a pas fait les affaires de la première ministre. Ironie du sort, ces deux mêmes organisateurs ont pourtant été blanchis aux termes d’un procès très médiatisé. Mais l’issue heureuse pour les libéraux reste secondaire en comparaison au sentiment de confusion, et des épithètes de « scandales » qui ont entouré le Sudburygate.

Troisième mauvaise nouvelle pour les libéraux : la confirmation que Patrick Brown est plutôt bien parti dans sa quête du pouvoir en juin 2018. Le chef progressiste-conservateur n’a pas flanché au cours des 12 derniers mois. Dans un parti aux idées très éclatées, M. Brown est parvenu à mettre en sourdine ses députés très à droite sur les questions de l’avortement et de l’éducation sexuelle… au risque d’écarter les très dérangeants Jack MacLaren, député de Carleton-Mississipi Mills, dans l’ouest de la capitale.

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Sébastien Pierroz

Des défis pour le bilinguisme

CHRONIQUE / Le père Noël est passé avant le 31 décembre 2017 pour les militants francophones. Le rêve de voir la capitale nationale devenir officiellement et symboliquement bilingue en 2017 est exaucé. Ou presque.

La validation du fameux projet de loi 177 à Queen’s a priori réalise le souhait tant espéré. C’est vrai qu’il y aura du changement, que le travail de l’ombre de la députée d’Ottawa-Vanier Nathalie Des Rosiers a payé.

La Ville d’Ottawa devra maintenant rendre des comptes à la province en vertu de la Loi sur les services en français. C’est évidemment un avantage. D’autant que le « chien de garde » qu’est le Commissaire aux services en français François Boileau pourra désormais enquêter sur les ratés du bilinguisme officiel.

Autre ajout et non le moindre : il sera maintenant impossible pour la Ville d’Ottawa de se passer d’une politique sur les services en français. Un petit doute subsiste : à défaut d’être supprimés, les services pourraient-ils être réduits ? Les militants demeurent flous sur cette question.

Pour l’exercice de « réjouissance » vendredi, seul Mathieu Fleury représentait les élus d’Ottawa. Entre les félicitations et le champagne, l’élu de Rideau-Vanier a été peut-être le plus lucide sur la situation du bilinguisme à Ottawa. 

« Nous avons gagné la bataille de l’officiel, il faut maintenant gagner celle du pratico-pratique. »

Si cette désignation officielle est un pas en avant majeur, rien n’est encore joué du côté de l’amélioration des services en français dans la capitale du Canada. Pis encore, la loi 177 a dilué pas mal des projets initiaux des militants.

Au moment de la relance du projet en 2014, ne parlait-on pas par exemple d’une possible révision de la politique sur les services en français tous les cinq ans ? D’une politique d’offre active des services en français plus élaborée notamment pour les bibliothèques, les pompiers ou bien les policiers ? Les rapports sur la progression du français et de l’anglais sur la Ville étaient aussi demandés.

À cet égard, les 3 millions $ alloués annuellement dans le budget de la Ville d’Ottawa à la Direction des services en français sont bien trop faibles...

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Sébastien Pierroz

Le dur rappel de la vérificatrice

CHRONIQUE / L’exercice est une habitude du côté de Queen’s Park. La vérificatrice de l’Ontario a encore épinglé les comptes du gouvernement, la semaine dernière.

Ce rapport annuel de Bonnie Lysyk intervenait à un moment crucial du calendrier : celui des six mois quasiment jour pour jour avant les élections de juin. Une sorte de dernière ligne droite dans laquelle les troupes libérales n’ont plus le droit à l’erreur.

On ne peut pas dire que les chiffres annoncés par la vérificatrice générale soient mirobolants. Les 1 119 pages du document sont même assez sévères pour le gouvernement de Kathleen Wynne.

Le thème de l’électricité, le talon d’Achille des libéraux depuis deux ans, se retrouve de nouveau dans les pages du rapport. On apprend par exemple que neuf exploitants de centrales au gaz ou au charbon ont demandé le remboursement de frais de l’ordre de 260 millions $ de 2006 à 2011.

La vérificatrice jette par ailleurs un pavé dans la mare lorsqu’elle parle des conseils scolaires. Les 32 milliards $ que se partagent les 72 institutions ne sont pas exempts de gaspillages. L’augmentation des jours de congés de maladie des enseignants peine de ce fait à être financé.

L’immigration, sujet cher à la communauté francophone, n’échappe pas à la loupe de la vérificatrice. Le gouvernement aurait renouvelé des contrats d’organismes qui accompagnent les immigrants, sans même vérifier s’ils méritaient un nouveau financement.

L’exercice de relation publique voulant que le gouvernement accepte les recommandations de la vérificatrice, pendant que l’opposition grince, n’a pas échappé à la règle. Mais la sortie de Mme Lysyk confirme ce que beaucoup d’Ontariens pensent à tort ou à raison depuis des mois : le gouvernement libéral est dépensier et tarde à faire des suivis sur la gestion financière.

Toujours est-il que le malaise entre Bonnie Lysyk et le gouvernement est aujourd’hui plus profond. 

L’agente parlementaire et les libéraux ont passé les derniers mois à s’écorcher sur l’ampleur du déficit, la première parlant d’un budget déficitaire de 2,4 milliards $, quand le gouvernement libéral indique avoir ramené celui-ci à moins de 1 milliard $. Au cours de la même période, la dette provinciale a dépassé les 300 milliards $.

Difficile de trancher dans cette passe d’armes. D’un côté, Kathleen Wynne et son ministre des Finances, Charles Sousa, ont les mains sur les feuilles de compte pour lesquelles la vérificatrice doit souvent lutter pour les obtenir. Reste que Mme Lysyk, de par sa fonction d’agente parlementaire, représente une neutralité.

Ce genre de bisbille a son historique dans les couloirs de l’Assemblée législative. En 2003, le vérificateur général de l’époque avait découvert un « déficit caché » de 5,6 milliards $, laissé par les progressistes-conservateurs de Earnie Eves. S’il remporte les élections en juin prochain, Patrick Brown pourrait aussi grincer des dents dans le cas où Mme Lysyk dit vrai. D’autant que la plateforme dévoilée par le PPC il y a 15 jours table sur un déficit de 2,8 milliards $ en 2018-2019… le tout en se fiant aux chiffres des libéraux.

Le parti de Kathleen Wynne n’a plus que quelques semaines pour éteindre les nombreux soupçons pesant sur leur administration. Un défi de plus, dans une élection, qui s’annonce chaque semaine un peu plus compliquée.

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Sébastien Pierroz

La tâche ardue de Dyane Adam

CHRONIQUE / Il n’y a pas eu de surprise pour la présidence du comité de mise en œuvre pour l’Université de l’Ontario français. Dyane Adam en prendra la tête. La ministre des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, l’a confirmé la semaine dernière.

Ancienne commissaire aux langues officielles, et déjà à la tête du précédent comité pour imaginer la future université, Dyane Adam est un visage rassurant et respecté de l’Ontario francophone. Sauf que la tâche qui lui incombe cette fois-ci sera bien plus complexe que la précédente.

Oui, l’Université de l’Ontario français entre dans le vif du sujet. Oui, il faut maintenant s’atteler à la manière d’attirer des professeurs ou étudiants, le choix des cours. Mais Mme Adam devra surtout composer avec les ambitions divergentes du collège universitaire Glendon et des organismes militants pour conquérir le marché du postsecondaire en français.

Car la sortie commune il y a quelques jours de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO) et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) a mis un peu plus d’huile sur le feu. En demandant « l’exclusivité de l’enseignement universitaire en français à Toronto », les militants ont jeté un pavé dans la mare, et surtout visé Glendon.

Affilié à l’Université York depuis son ouverture en 1966, le collège Glendon est souvent vu comme l’héritage « pearsonien » d’un bilinguisme aujourd’hui malmené. Un peu moins de 20 % de ses étudiants y seraient francophones. Les programmes sont bel et bien bilingues sur le campus, ce qui ne veut pas dire que tous les cours sont donnés dans la langue de Molière.

Résultats : les programmes transférés vers la future Université de l’Ontario français seraient incomplets, et nécessiteraient alors la création de nouveaux cours. Une responsabilité de plus pour le comité de mise œuvre qui démontre que de simples transferts ne répondent pas au besoin.

L’idée que l’Université de l’Ontario français pourrait « avaler » facilement Glendon reste un leurre. Si beaucoup dénoncent « le bilinguisme de façade » opéré par l’établissement, certains restent tout de même très attachés au collège. Toronto, ville de choix pour de nombreux nouveaux arrivants francophones, peut séduire pour sa capacité à étudier en anglais.

Dans une autre mesure, les organismes ont, par cette sortie, de nouveau montré que l’Université de l’Ontario français doit voir plus loin que le campus pressenti sur les bords du lac Ontario. Pour le président de l’AFO, Carol Jolin, et ses alliés, l’édifice proposé pour 2020 au centre-ville demeure plus une rampe de lancement pour fédérer les différents programmes en français à travers la province.

Reste les cours donnés dans la future université. À cet égard, le premier rapport de Dyane Adam publié en août mettait surtout l’accent sur l’innovation. On y trouvait en autres quatre programmes « phares » : pluralité humaine, environnements urbains, économie mondialisée et cultures numériques.

Principale du collège Glendon dans les années 1990, Dyane Adam pourrait s’y prendre à deux fois avant de faire ombrage à son ancienne institution. Et la première ébauche de programmes dans le rapport montre que la concurrence entre les deux institutions serait a priori limitée.

Pour ces raisons, le comité de mise en œuvre, dont les noms restent inconnus, devra sans doute ménager la chèvre et le chou. Au risque pour Dyane Adam de ne pas faire que des heureux.

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Sébastien Pierroz

Pas de gagnants dans la grève des collèges

CHRONIQUE / À condition exceptionnelle, situation exceptionnelle. L’une des plus longues grèves des dernières années dans les collèges de l’Ontario s’est achevée par le vote d’une loi spéciale, la semaine dernière. Objectif: remettre immédiatement au travail les travailleurs.

Une directive qui concernait quand même les 12 000 professeurs, instructeurs, conseillers et bibliothécaires de 24 collèges en Ontario. Ce n’est pas rien. D’autant que trois jours avant, le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO) avait voté pour la poursuite de la grève.

Les cinq semaines d’un conflit qui a fini par s’enliser n’ont pas fait de gagnants. Certains ont quand même beaucoup plus perdus que d’autres. À commencer par les étudiants. Un nombre estimé à 500 000 dans tout l’Ontario.

La plupart commençaient à perdre patience devant ces cours qui ne reprenaient pas. Des cours retardés, c’est le risque pour beaucoup de perdre leur session, pour les étudiants internationaux de ne plus pouvoir retourner dans leur pays. Des congés qui peuvent parfois servir à financer les études.

C’est justement la grogne des étudiants, relayée sur les médias sociaux, qui a peut-être apporté un tournant dans le conflit. Et fait pencher l’opinion publique du côté d’une fin de grève.

Dans ces conditions, le vote d’une loi spéciale par les libéraux, aussi contestable fut-elle, n’a pas provoqué beaucoup d’indignation dans la province. À l’Assemblée législative, l’opposition des néo-démocrates n’a pas généré beaucoup d’émotion.

Dans un dossier sensible, les libéraux sont parvenus à saisir la balle au bon moment, du moins stratégiquement. Le parti de Kathleen Wynne a su donner l’impression qu’’il laissait du terrain aux revendications des enseignants, tout en sortant les griffes, une fois la colère accentuée.

À six mois d’une élection compliquée, les libéraux ne sortiront ni grandis, ni forcément diminués par cette manœuvre. La première ministre de l’Ontario sait probablement que ce type de loi est à utiliser avec parcimonie.

Il serait tout de même faux de laisser le gouvernement s’ériger comme le sauveur des étudiants. Les cordons de la bourse restent à Queen’s Park, et les collèges ne sont ni plus ni moins que des créatures provinciales. À défaut d’être coupable, le gouvernement a une part de responsabilité dans le conflit.

Reste les principaux acteurs de cette grève: le personnel enseignant. La plupart espérait des meilleures conditions de travail: plus d’embauches de professeurs à temps plein, une diminution des contractuels, et une augmentation salariale. Les voilà pour la plupart bredouilles, et délestés d’une partie de leur salaire. La grève n’est pas gratuite, et l’énergie dépensée peut laisser des traces.

On pourrait croire que cette «officialisation du statu quo» fait les affaires des directions des collèges. En réalité, ce genre de confrontations place bien souvent la haute gestion dans des situations inconfortables, et ne font que repousser les problèmes.

Tout n’est pas terminé. Et il faudra bien que les parties s’entendent. Les questions non réglées seront très vite envoyées à une médiation-arbitrage exécutoire. Entre temps, le SEFPO a d’ores et déjà fait savoir qu’elle contesterait la loi devant les tribunaux.

Quant aux étudiants, les plus grands perdants du conflit, ceux-ci seront admissibles à un montant 500 $ s’ils décident de poursuivre le semestre de l’automne. Un dédommagement qui, après cinq semaines de grève et de stress, fait figure pour beaucoup de goutte d’eau.

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Sébastien Pierroz

Place au vif du sujet

CHRONIQUE / Il faudra désormais s’habituer à ce nom : l’Université de l’Ontario français. L’institution de langue française qui ouvrira ses portes à Toronto, probablement vers 2020, répondra à cette appellation.

Pour cette mention, il fallait effectivement se pencher sur le vaste projet de loi « omnibus » dévoilé la semaine dernière à Queen’s Park. Une chose certaine tout de même : l’Université de l’Ontario français paraît maintenant une formalité devant les chances très réduites que le projet ne meure au feuilleton. 

Une fois passé le vote final, l’Université de l’Ontario français connaîtra un comité de mise en œuvre, le tout vraisemblablement de nouveau sous la houlette de Dyane Adam. La dernière étape en somme avec le conseil des gouverneurs.

Cette succession de comités pour une université qui n’existe pas encore peut paraître laborieuse et suspecte. En réalité, le précédent comité de planification dont le rapport final a été rendu fin août avait pour mission la conceptualisation de l’édifice. Celui-ci sera beaucoup plus concret et tourné vers les opérations. On rentre directement dans le vif du sujet… et aussi les défis propres au démarrage.

Les premières années seront même cruciales pour l’établissement. Car il ne suffira pas d’ouvrir les portes d’un bâtiment orné d’un drapeau franco-ontarien en 2020. Encore faut-il que cette ouverture génère un intérêt.

Le lieu d’établissement est le premier enjeu. On vise le centre-ville de Toronto, semblait dire Mme Adam en entrevue pour #ONfr. Les rumeurs pour le projet Waterfront Innovation Center le long du lac Ontario vont bon train. Mais rien encore de confirmé.

Si la nomination d’acteurs sur les conseils des gouverneurs ne devrait pas poser de problèmes, il faudra tout de même penser à l’embauche de professeurs. D’autant qu’une centaine est escomptée pour 2028. Qui seront ces professeurs ? Comment attirer ces pépites dans la Ville reine ? Voilà les questions auxquelles devront répondre les membres du comité de mise en œuvre.

La question sera grosso modo la même pour attirer les étudiants. Pour les jeunes de la région du Centre-Sud-Ouest, l’enjeu des distances sera bel et bien présent...

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Sébastien Pierroz

Des organismes qui souffrent

CHRONIQUE / L’acronyme ne dit pas grand-chose pour bon nombre de francophones. Le RESDAC, mieux connu comme le Réseau pour le développement de l’alphabétisme et des compétences, vit pourtant des temps extrêmement difficiles, laissant présager le pire.

Il y a quelques semaines encore, avant de ne plus pouvoir payer sa contribution, l’organisme était encore membre de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA). Un cercle assez fermé des gros organismes en milieu minoritaire où l’on retrouve par exemple l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Pour la première fois depuis des décennies, l’un de ces gros joueurs pourrait donc disparaître. Car depuis le 31 octobre, le RESDAC n’a officiellement plus d’employés ni de locaux. Une nouvelle étape sombre pour l’organisme dont le financement fédéral, jusque-là distribué par l’intermédiaire du ministère Emploi et Développement social Canada, a été supprimé en 2014. Les réserves sont aujourd’hui épuisées.

Pourquoi donc une situation si critique? 

En vérité, les organismes pancanadiens, et même les organismes provinciaux, sont souvent des porte-voix d’une multitude d’organismes. Ce rôle de «parapluie» les oblige à multiplier les déplacements et les ressources sur le terrain pour satisfaire les demandes.

Dans ces conditions, la somme de 150 000 $ exigée annuellement par le RESDAC pour survivre est même une peau de chagrin. Pour les plus nantis à l’instar de l’AFO, dont la subvention de base approche les 700 000 $, il faut bien souvent rivaliser d’ingéniosité pour chercher des fonds additionnels… au risque de devoir se passer de personnel.

Sans compter que les disparités géographiques obligent à revoir la donne. Le coût de la vie en Alberta ou en Colombie-Britannique n’est pas celui des Maritimes. Et dans ces mêmes provinces de l’Ouest, l’arrivée prochaine d’un salaire minimum à 15 $ de l’heure représente un mauvais signal pour la direction des organismes.

La semaine dernière, la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique se fendait elle aussi d’un communiqué dans lequel elle faisait mention d’un «contexte d’urgence et de détresse».

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