Vivre sans cellulaire

CHRONIQUES / « Les choses que tu possèdes finissent par te posséder. » – Tyler Durden, dans Fight Club

J’ai lu avec intérêt la chronique de mon collègue Patrick Duquette du Droit, dans laquelle il nous explique pourquoi il ne pourrait pas se passer de son cellulaire. En fait, peut-être le pourrait-il, mais il ne le souhaite tout simplement pas. Il assume qu’il en est venu à voir son cellulaire comme un prolongement de lui-même, une sorte « d’excroissance de [s]on propre corps ». Et si j’ai bien compris son texte, son principal argument consiste à dire qu’en soi, la technologie n’est ni bonne ni mauvaise, mais que tout dépend de l’usage que nous en faisons. 

En lui-même, l’argument est bon. En effet, rien ne me lasse plus que ces gens qui diabolisent les nouvelles technologies, comme si ces dernières allaient faire de nous des bêtes sans âme, ou pire encore nous pousser à notre propre destruction. À bien des égards, le progrès technologique nous a rendu la vie meilleure, nous ne pouvons le nier. Mais depuis toujours, l’être humain entretient aussi un rapport trouble à la connaissance et à la technique, qu’il considère tantôt comme des bénédictions, tantôt comme des malédictions. Il suffit de lire des mythes comme Prométhée, Frankenstein ou même la Bible pour s’en convaincre. 

Personnellement, je n’ai pas de cellulaire et je ne souhaite pas vraiment en avoir un. Cela dit, je n’entretiens pas un rapport conflictuel avec la technologie pour autant. Je ne suis pas technophobe, bien au contraire. Je dirais même que les nouvelles technologies sont très présentes dans ma vie. 

À la maison, par exemple, nous avons un ordinateur de bureau, deux ordinateurs portables et deux tablettes numériques. Et au bureau, j’en suis arrivé au point où je n’utilise pratiquement plus de papier. De nos jours, presque tout peut se faire à partir d’un ordinateur ou d’une tablette, et c’est très bien ainsi. 

Bref, je n’ai aucun problème avec les nouvelles technologies, sauf lorsque celles-ci sont utilisées de manière immodérée, au point où elles en viennent à nuire aux relations humaines, voire carrément à la santé. 

Et c’est là que le bât blesse, car pour une majorité d’utilisateurs, il semble très difficile de garder la juste mesure. 

D’ailleurs, en tant que professeur au cégep, j’en aurais long à vous dire au sujet des cellulaires et de leur impact sur les étudiants, notamment dans la salle de classe. Dire que cela perturbe le processus d’apprentissage serait un euphémisme. 

N’empêche, je comprends les gens qui sont attachés à leur cellulaire. Je reconnais l’utilité de la patente. Mais trop, c’est trop ! 

Et quand je calcule la balance des bienfaits et des méfaits du cellulaire sur ses utilisateurs, je ne peux faire autrement qu’en arriver à la conclusion qu’il fait plus de mal que de bien. 

Oui, grâce à votre cellulaire, vous pouvez être joints partout et n’importe quand. Oui, grâce à votre cellulaire, vous pouvez suivre l’actualité en temps réel. Oui, vous pouvez faire votre magasinage en ligne pendant que vous attendez l’autobus. 

Mais à quel point tout cela est-il vraiment nécessaire ? Et à quel point ces avantages supplantent-ils les inconvénients, à savoir tous ces moments que vous perdez à scroller passivement plutôt que vivre le moment présent ? Tous ces moments que vous passez à « parler » à travers vos écrans, ne vaudrait-il pas mieux les prendre pour converser avec les gens autour de vous ? Réflexion faite, si je devais avoir un téléphone cellulaire, ce serait un bon vieux « flip-flop ». Vous savez, ces téléphones qui ne servaient qu’à téléphoner ? ! 

Je doute que nous ayons réellement besoin de plus que cela, de toute façon. 

Finalement, bien que je sois d’accord pour dire que le cellulaire n’est pas mauvais en soi, je demeure d’avis que son impact est généralement néfaste. 

Évidemment, il revient à chacun de nous de tracer la ligne entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, mais en sommes-nous capables ? 

Malheureusement, il semblerait que l’emprise du cellulaire sur ses propriétaires soit telle qu’ils en perdent parfois le contact avec la réalité. 

Dans ces conditions, il vaudrait peut-être mieux apprendre à vivre sans cellulaire.