Karine Trudel

Une campagne inspirante

CHRONIQUE / Celles et ceux qui me connaissent le savent, avec les années, je suis devenu extrêmement cynique de la chose politique. D’ailleurs, j’écris de moins en moins sur le sujet, sauf lorsque les circonstances l’imposent.

Bref, aussi bien vous dire que le titre de cette chronique ne réfère pas à la campagne électorale fédérale, qui n’a pour moi rien d’inspirant – pour le moment, du moins. Cela dit, j’aimerais vous parler de Karine Trudel, la candidate du Nouveau Parti démocratique (NPD) dans Jonquière, qui a décidé de mener une campagne un peu à part.

D’entrée de jeu, que ce soit clair, ce texte ne constitue pas une prise de position en faveur du NPD ni même de Mme Trudel, que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam. Ce que je vais dire à son propos pourrait tout aussi bien s’appliquer à n’importe quel autre candidat de n’importe quel autre parti, pour peu qu’il remplisse à peu près les mêmes conditions. Et pour tout dire, j’espère que ça s’applique à d’autres candidats et que Mme Trudel n’est pas unique en son genre. Mais qu’est-ce que la campagne de Karine Trudel a de si spéciale, me demanderez-vous ? Je vous explique.

Ce qui a d’abord attiré mon attention, c’est l’humilité et la proximité de Karine Trudel avec ses électeurs. Et pour bien souligner cela, la candidate néo-démocrate s’est d’ailleurs dotée de son propre slogan électoral, « Votre voix ». La beauté de ce slogan, c’est qu’il est simple et limpide, mais surtout qu’il nous ramène à ce qu’il y a de plus fondamental en démocratie, à savoir le travail de représentation. En effet, parmi leurs diverses responsabilités, les députés ne devraient jamais oublier qu’ils sont avant tout les représentants du peuple, et plus particulièrement de leurs électeurs, dont ils doivent porter les préoccupations et les revendications jusqu’au Parlement.

Malheureusement, il se trouve que notre démocratie représentative est largement mise à mal par le pouvoir démesuré des lobbys, mais aussi par les partis politiques eux-mêmes. Dans ce contexte, le pouvoir des députés devient bien relatif. On parle même de « simples députés », comme s’il s’agissait d’un rôle mineur ou sans grande importance. Permettez-moi de penser qu’il s’agit là d’une erreur et, qui plus est, d’une des principales causes du cynisme ambiant.

La solution consiste donc à revaloriser le travail de ces « simples députés », qui sont finalement les mieux placés pour comprendre la réalité et les préoccupations des gens qu’ils représentent. Il n’y a pas de secret ; il faut miser sur la proximité et la connaissance des enjeux locaux. Une démocratie de terrain, autrement dit. Les gens doivent se sentir investis par la politique ou, du moins, sentir que la politique investit en eux.

Il faudrait aussi moins de lignes de parti, voire pas de lignes du tout. J’en viens d’ailleurs parfois à penser que les partis politiques ne servent à rien, qu’ils sont nuisibles. Évidemment, cela impliquerait tout un changement de culture politique, mais après tout, pourquoi pas ? Quoi qu’il en soit, ce serait bien de donner aux députés la possibilité de contredire leur propre parti lorsque l’une de leurs positions va clairement et ouvertement à l’encontre des intérêts de leurs électeurs.

Sans dire qu’elle va aussi loin, on peut malgré tout affirmer que le type de campagne que mène Karine Trudel va clairement dans le sens du renouveau de la démocratie représentative dont nous avons tant besoin. Sa présence et son engagement sur le terrain transcendent d’ailleurs largement les positions de son parti. Après, pour ce qui est de ses idées et de ses promesses, je ne sais pas ; je vous laisse juger par vous-même. Mais disons qu’à défaut d’avoir une campagne électorale enlevante, nous avons à tout le moins une candidate qui mène une campagne inspirante. Et ça, pour le cynique que je suis, ça fait du bien !