Sébastien Lévesque

La science et nous

CHRONIQUE / Avec toutes ces histoires de gens qui croient que la Terre est plate, que les vaccins sont dangereux, que la théorie de l’évolution n’est qu’une simple hypothèse parmi tant d’autres, ou encore que le réchauffement climatique serait une supercherie orchestrée par les « environnementeurs », je me rends compte que la science est généralement mal comprise, pour ne pas dire carrément mal-aimée. En fait, certaines personnes n’y croient tout simplement pas. Mais ce qu’il y a de bien avec la science, c’est que nous n’avons justement pas besoin d’y croire, car elle fonctionne, c’est tout.

Par ailleurs, comme le disait si bien l’astronome Carl Sagan, « la science est une façon de penser beaucoup plus qu’elle n’est un corps de connaissances ». Autrement dit, contrairement à l’image que nous nous en faisons, la science n’est pas un ensemble de connaissances, mais une méthode d’investigation du réel. La science est une façon de regarder le monde et de l’interroger. La science ne prétend donc pas détenir la vérité, comme on l’entend trop souvent, mais simplement nous aider à nous en approcher.

Sébastien Lévesque

Islamophobes, les Québécois ?

CHRONIQUE / En marge de la commémoration du deuxième anniversaire de l’attentat à la grande mosquée de Québec, le premier ministre François Legault a suscité la controverse en affirmant qu’il n’y a pas d’islamophobie au Québec. Considérant le contexte dans lequel il a tenu ces propos, il est assez compréhensible que cela ait causé un certain émoi, d’autant plus que certaines personnes réclament actuellement la création d’une journée nationale contre l’islamophobie. Pour autant, je ne suis pas certain que les critiques à son endroit étaient justifiées.

Dans les jours qui ont suivi, monsieur Legault a bien cherché à s’expliquer et à nuancer son propos, précisant qu’il y a bel et bien de l’islamophobie au Québec, mais pas de « culture islamophobe », mais c’était peine perdue. Pourtant, sur ce point, je suis parfaitement d’accord avec notre premier ministre. Bien sûr qu’il y a de l’islamophobie au Québec, personne ne prétend le contraire, mais là n’est pas la vraie question. La vraie question, c’est est-ce qu’il y a plus d’islamophobie au Québec qu’ailleurs en Amérique du Nord et dans les autres pays occidentaux ? Et à cette question, la réponse est non, résolument non.

Sébastien Lévesque

Le côté sombre du militantisme

CHRONIQUE / Parmi les proverbes populaires, « l’enfer est pavé de bonnes intentions » est certainement celui que je répète le plus souvent. Et même s’il peut paraître un brin pessimiste, je l’aime bien ce proverbe, notamment parce qu’il nous dit que, dans le fond, les méchants ne sont pas vraiment méchants, que le mal n’est qu’une « erreur ». Cette idée est rassurante, certes, mais aussi un peu effrayante, car on se rend alors compte que nous sommes tous plus ou moins enclins à l’erreur, donc au mal, et ce, indépendamment de nos bonnes intentions.

Autrement dit, lorsque nous commettons le mal, nous pensons généralement faire le bien. Et s’il y a bien un groupe de personnes à qui ce principe s’applique, ce sont les militants. De gauche ou de droite, anti-ceci ou pro-cela, les militants forment une catégorie d’individus qui m’est particulièrement insupportable. Et si je les trouve insupportables, ce n’est pas parce que je pense que les militants sont de mauvaises personnes, mais simplement parce qu’ils incarnent, à mes yeux, tout ce qui ne va pas dans nos débats publics, à savoir le refus de dialoguer et de soumettre ses opinions à l’examen critique.

Sébastien Lévesque

Révolution végane? Oui, mais…

CHRONIQUE / Une petite révolution se déroule actuellement sous nos yeux. En effet, il ne se passe pratiquement plus une journée sans que nous entendions parler du véganisme. Même le nouveau Guide alimentaire canadien, bien qu’il ne nous invite pas forcément à devenir végane, nous incite néanmoins à réduire sensiblement notre consommation de viande et de produits d’origine animale. Mais comme il fallait s’y attendre, le débat est très polarisé, et entre les militants véganes et leurs détracteurs, il peut être difficile de s’y retrouver. Dans ce texte, nous tâcherons donc d’y voir plus clair en résumant quelques arguments avancés par les tenants du véganisme.

Par souci de transparence, je dois cependant admettre que je suis moi-même végétarien et en transition vers le véganisme. Et si j’ai fait ce choix, c’est forcément que je considère qu’il existe de bons arguments qui le soutiennent. Pour autant, je veillerai à ce que mon propos soit le plus nuancé et respectueux possible, en me basant sur des données scientifiques fiables, ainsi que sur les plus récentes réflexions en éthique animale.

Opinions

Une Église en faillite

CHRONIQUE / Bien que je ne sois pas à proprement parler un chrétien ni un croyant, je n’ai jamais caché mon attachement aux valeurs chrétiennes et mon admiration pour le Christ, que je considère comme un modèle et une source d’inspiration. Après tout, bien que nous n’en soyons pas toujours conscients, c’est au christianisme que nous devons l’essentiel des valeurs qui définissent notre civilisation, donc les individus que nous sommes. Pour autant, je n’ai jamais ressenti le moindre attachement envers l’Église catholique, que je considère comme une institution vétuste, voire foncièrement malsaine.

Mais n’y a-t-il pas là une contradiction flagrante ? Comment pourrais-je admirer le Christ, mais pas ses représentants ? Et comment notre civilisation pourrait-elle être autant redevable au christianisme, mais pas à l’Église ? Pour répondre à ces questions, il faut selon moi retourner aux sources du christianisme, notamment au message évangélique. Or, si l’on tient compte du Christ lui-même, de sa vie et de son œuvre, on a vite fait de constater que l’Église s’est montrée bien peu digne de lui. Pire, j’irais même jusqu’à dire qu’à bien des égards, l’Église constitue une « perversion », car elle s’est non seulement détournée du message évangélique, mais elle l’a aussi et surtout altéré pour servir ses propres intérêts.

Chroniques

Terra incognita

CHRONIQUE / Si, comme moi, vous êtes des passionnés d’astronomie, je suppose que vous suivez la mission de l’astronaute canadien David Saint-Jacques, actuellement en orbite autour de la Terre dans la Station spatiale internationale. Pendant son affectation dans l’espace, qui devrait durer plus de six mois, ce dernier effectuera une série d’expériences scientifiques, notamment dans les domaines de la robotique et des nouvelles technologies. Mais à quoi bon tout cela, me demanderez-vous ? C’est une question légitime : à quoi sert l’exploration spatiale ?

Il y a plusieurs façons de répondre à cette question. Personnellement, puisque je suis professeur de philosophie, j’ai toujours pensé que l’exploration spatiale répondait à un besoin humain fondamental, soit celui d’explorer et de repousser toujours davantage les limites de la connaissance et du monde connu. À mes yeux, il y a d’ailleurs de nombreuses ressemblances entre la philosophie et l’astronomie, à commencer par le fait que ce sont deux disciplines qui stimulent la réflexion et l’imaginaire. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de se pencher sur la condition humaine, sur notre passé, notre présent et notre avenir, et qui plus est sur la place que nous occupons dans l’univers.

Sébastien Lévesque

À la boxe comme dans la vie

CHRONIQUE / Dernièrement, en raison des blessures subies par Adonis Stevenson, il a beaucoup été question de boxe. L’état de santé de ce dernier inquiète toujours, mais il devrait s’en sortir – non sans séquelles, cela dit. N’empêche que cet incident soulève de nombreuses questions quant aux risques associés à la pratique de ce sport, que certains jugent barbare et rétrograde. Devrait-on bannir ce sport dangereux ?

Personnellement, je m’y connais assez peu en boxe et je n’ai pas du tout envie de porter un jugement de valeur sur le choix de celles et ceux qui, volontairement, s’exposent à de tels risques.

Sébastien Lévesque

Un choix d’avenir?

CHRONIQUE / Le végétarisme, voilà un sujet pour le moins inusité pour une chronique de fin d’année. En effet, alors que vous êtes probablement occupés à préparer vos tourtières et vos pâtés à la viande, est-ce bien approprié de vous parler d’un mode de vie qui consiste justement à ne plus consommer de viande? Mauvais « timing », diront certains. Ou serait-ce que je souhaite gâcher la sauce? Je vous assure que telle n’est pas mon intention, mais il me semble néanmoins qu’un peu de sensibilisation ne peut pas faire de tort. Et au pire, cela vous fera un beau sujet de conversation autour de votre dinde du jour de l’An!

La consommation de viande est profondément ancrée dans notre mode de vie et dans nos traditions, au point où il est difficile de la remettre en question et d’y renoncer sans causer une certaine commotion dans son entourage. Moi le premier, bien que j’aie choisi de ne plus consommer de viande, je vous mentirais si je vous disais que c’est toujours facile, surtout pendant le temps des Fêtes. Même que, pour être parfaitement honnête avec vous, il m’arrive encore d’en manger un peu lorsque mes hôtes m’en offrent. C’est une question de politesse, en quelque sorte. Mais aussi une façon d’acheter la paix. Ceci étant dit, je comprends très bien celles et ceux qui s’y refusent, et je salue leur intégrité.

Sébastien Lévesque

Noël chez les païens

CHRONIQUE / Le terme « païen » n’est plus très commun de nos jours. Autrefois, il était surtout utilisé pour désigner les tenants des traditions religieuses polythéistes, ou plus largement encore tous ceux et celles qui n’adhéraient pas à la religion chrétienne. En ce sens, on pourrait donc dire que, pour la plupart, nous sommes maintenant des païens. Mais des païens de culture chrétienne, tout de même. Une bien étrange combinaison, me direz-vous, mais qui fait cependant écho à nos racines civilisationnelles, qui sont à la fois grecques et chrétiennes.

Évoquer ainsi nos racines et notre identité soulève aussi un important questionnement sur ce que peut bien signifier Noël dans une société séculière comme la nôtre. En effet, pour nous qui ne sommes plus tout à fait chrétiens, est-il toujours pertinent de fêter Noël ? Il n’y a possiblement pas de réponse unique à cette question, mais étant moi-même un de ces « païens de culture chrétienne », j’aimerais tout de même partager avec vous certaines de mes réflexions sur le sujet. Des réflexions qui, comme vous le constaterez, sont empreintes d’une certaine ambiguïté, voire de quelques contradictions.

Sébastien Lévesque

Renoncer, c’est payant!

CHRONIQUE / Rassurez-vous, amis motoneigistes, je n’ai pas l’intention de m’acharner sur votre cas. Il est vrai que, dans une récente chronique, j’ai été un peu sévère à votre endroit, mais vous me l’avez bien rendu ! De toute façon, si j’ai choisi de m’en prendre à vous, sachez que ce n’est pas parce que je vous considère pires que les autres, mais simplement parce que vous incarnez un symbole. Bref, je vous ai cités en exemple, mais il n’en demeure pas moins que la réflexion à laquelle je vous ai soumis, elle s’adresse à nous tous, moi le premier.

En effet, nous avons tous des « plaisirs coupables » dont nous arrivons difficilement à nous passer, même si nous savons pertinemment qu’il s’agit de mauvais choix. Personnellement, j’ai toujours eu un faible pour les avions de chasse. Vous n’imaginez même pas à quel point il me sera difficile de résister à la tentation d’assister au spectacle aérien de Bagotville l’été prochain. Mais puisque le plaisir n’est pas tout dans la vie, je crois que je vais rester chez moi plutôt que de me déplacer pour regarder des avions brûler tout ce précieux carburant, simplement pour me divertir. Je vais essayer, du moins. La malbouffe est aussi un bon exemple. Nous savons tous que c’est mauvais pour notre santé et pour l’environnement, mais puisque ça goûte bon, nous n’arrivons généralement pas à y renoncer. La plupart d’entre nous n’essaient d’ailleurs même pas. Au mieux, nous réduisons un peu notre consommation, mais sans plus. Pourquoi ? Parce que le plaisir que nous procurent ces aliments est si fort que nous sommes prêts à assumer les risques. Comme quoi la quête du plaisir peut parfois nous pousser à prendre des décisions irrationnelles.