Steve Bergeron

Un futur si proche

CHRONIQUE / Quel délice de lire votre chronique sur notre langue! Faites maintenant l’exercice, au prochain bulletin de nouvelles, de compter le nombre de fois où le verbe «va» est utilisé. Si vous réussissez à convaincre les journalistes du Québec que le futur est un temps de verbe qui existe, peut-être serons-nous moins affligés par ces «ça va être» ou «il va faire» et que les «ce sera» et «il fera» retrouveront la place qui leur est due. (François Simard, Bromont)

Même si un plus grand emploi du futur simple sera souhaitable dans nos médias, le verbe «aller» au présent suivi d’un infinitif a quand même son rôle à jouer dans notre langue. Voici une chronique datant du 16 janvier 2015, dans laquelle je traitais de cette question.


                                             ***


«Steve, as-tu déjà entendu parler de ça, le futur proche?

– Le quoi? 

– Le futur proche. C’est une question qui a été posée la semaine dernière à «L’union fait la force» : conjuguez le verbe «aller» à la première personne du singulier du futur proche.

– Et c’était quoi, la réponse?

– Je vais aller.

– Mais c’est pas du futur, ça : c’est du présent!»

Vous vous doutez bien que j’ai fait ma petite recherche quand ma marraine a sorti cette question de sa manche durant les Fêtes. Je n’ai quand même pas fait 20 ans de journalisme en ignorant complètement l’existence d’un temps de conjugaison!

Recherches faites, il apparaît que nous nous servons tous du futur proche, des dizaines de fois par jour, sans savoir que c’en est. Et que ce n’est pas un temps de conjugaison au même titre que les autres. Parce que le futur proche est toujours... au présent!

Le futur proche se construit avec le semi-auxiliaire «aller» conjugué au présent de l’indicatif, suivi d’un infinitif. Ce qui donne «je vais aller», «tu vas faire», «nous allons dire», «vous allez partir», «ils vont chanter».

Pourquoi a-t-on senti le besoin de baptiser cette construction? Parce qu’elle est très courante et qu’elle entre fortement en compétition avec le futur simple, surtout à l’oral. Elle indique que l’action exprimée dans le futur se fera très bientôt et qu’elle est plus certaine de se réaliser, justement parce que le verbe «aller» au présent est lié au moment de parole. Voyez la différence.


«Je vais déneiger l’entrée.»

«Je déneigerai l’entrée.»


La première phrase pourrait être dite par quelqu’un qui a déjà mis ses bottes et son manteau, alors que le deuxième interlocuteur est probablement encore en train de prendre son café, ne vous laissant aucune idée du moment précis où votre entrée sera dégagée.

C’est la raison pour laquelle le futur proche s’invite plus volontiers à l’oral, car il se rattache souvent à l’action que l’on s’apprête à poser au moment où l’on parle.

Plus utilisé à l’écrit, le futur simple porte une charge plus hypothétique. Par exemple, écrirez-vous instinctivement «je vais avoir ma propre entreprise dans cinq ans» ou plutôt «j’aurai ma propre entreprise dans cinq ans»?

Le futur proche a aussi son équivalent passé: le passé récent, qui se construit avec le verbe «venir de» et l’infinitif. 


«Je viens d’arriver.»

«Nous venons de le faire.»


PERLES DE LA SEMAINE


Finalistes de la Coquille d’or 2019 des journalistes de La Tribune, suite et fin.

«Il a déjà reçu quelques offres au sud de la frontière, mais tient mordicus à s’encrer au Québec pour l’instant.»

«Temps que les gens en veulent, ça nous fait plaisir d’y aller.»

«La Ville a pris les devants pour répandre un abrasif qui permet de rendre les chaussées glissantes.»

«Parmi les gains à noter, il y a la création d’un plus grand nombre de portes à temps complet.»

«De plus, les policiers appliqueront la loi sur l’interblocage d’intersection. "C’est une amande de 103 $."»

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.