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Steve Bergeron
La Tribune
Steve Bergeron

Un billion sur le billard

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«On parlait récemment des 1900 milliards de dollars du plan de relance américain. En français, ne devrait-on pas dire plutôt 1,9 billion de dollars? Est-ce notre proximité avec la langue anglaise qui nous empêche d’utiliser ce terme [Benoît Bouffard, Lévis]?»

Le problème, c’est que les francophones et les anglophones ne nomment pas les grands nombres de la même façon. Et comme ce ne sont pas tous les gens qui sont au courant de ces différences, les risques d’erreur de traduction entre le français et l’anglais sont très élevés.

Tellement que la Banque de dépannage linguistique, qui a publié une fiche détaillée sur le sujet, recommande, pour éviter toute confusion, d’accompagner ces grands nombres de leur équivalent en notation scientifique, soit le chiffre 10 avec un exposant, lequel représente le nombre de zéros suivant le chiffre 1. Ainsi, un million, c’est 10 exposant 6, un milliard, 10 exposant 9, et mille milliards (ou un billion, les deux façons de dire sont correctes), 10 exposant 12.

L’erreur la plus courante est de traduire le billion anglais par «billion» en français, alors qu’en réalité, c’est le mot «milliard» qu’il faut employer.

Le billion français, lui, vaut, comme vous le mentionnez, mille milliards, ou un million de millions. Ce qui, en anglais, se traduit par… «trillion»!

Vous êtes déjà perdu? C’est de ma faute, j’ai un peu commencé par la fin. Disons d’abord qu’il y a deux systèmes. Le premier, que l’on appelle échelle courte, est utilisé notamment aux États-Unis, au Canada anglais et, depuis les années 1970, au Royaume-Uni. Le second, l’échelle longue, est en vigueur en France et dans plusieurs autres pays européens.

En échelle courte, on compte par mille, et en échelle longue, on compte par millions.

Sachant cela, en échelle courte, un billion, c’est mille millions, alors qu’un trillion, c’est mille billions. Et ainsi de suite pour «quadrillion», «quintillion», «sextillion»...

Mais en échelle longue, un billion, c’est un million de millions. Et un trillion, c’est un million de billions.

C’est ce qui explique qu’en français, nous avons eu besoin de créer des mots qui se terminent par le suffixe «-ard»: pour exprimer les multiples de 1000 intercalés entre les multiples de 1 000 000.

En échelle longue, nous avons donc un million, puis un milliard (mille millions), puis un billion (mille milliards ou un million de millions), puis un billiard (mille billions), puis un trillion (mille billiards ou un million de billions), puis un trilliard (mille trillions), etc.

Sachez toutefois que, hormis «milliard», les autres chiffres se terminant par «-ard» ne font pas l’unanimité. Ils sont absents des dictionnaires usuels comme le Petit Robert, le Petit Larousse et Usito. Antidote les déconseille à cause de leur rareté et propose plutôt de dire «mille billions», «mille trillions», etc. Seuls la BDL, le Grand dictionnaire terminologique et Termium n’y voient rien de répréhensible. 

Robert frileux

Évidemment, l’échelle courte s’avère beaucoup plus simple, puisqu’on passe du million, au billion, au trillion, au quadrillion, en multipliant chaque fois par mille, ce qui est bien plus facile à retenir. Je ne serais d’ailleurs pas étonné que l’échelle courte finisse par l’emporter en français aussi, par souci de simplicité et d’uniformité.

Mais notez que le Petit Robert, décidément très frileux, déconseille même «billion», «trillion» et compagnie à cause du risque de confusion, sans préciser, toutefois, ce que l’on devrait dire à la place.

Le plus drôle dans tout ça, c’est que les deux échelles ont vu le jour en France, l’échelle longue étant plus ancienne (XVe siècle) que l’échelle courte (XVIIe siècle), explique la BDL. Je vous invite d’ailleurs à lire la fiche sur ce sujet pour de plus amples détails, notamment pour découvrir les noms de nombres encore plus grands, comme le décillion et le googol (ou gogol), ce dernier correspondant à 10 exposant 100 et ayant inspiré les inventeurs de Google au moment de baptiser leur moteur de recherche.

Le dictionnaire d’Antidote compte un article plus complet sur le sujet dans sa section «Point de langue». On y apprend notamment que, pour contourner le problème, la Conférence générale des poids et mesures a décidé de privilégier l’emploi de préfixes d’origine grecque et des symboles correspondants.

Ainsi, un million correspond à «méga» (M), un milliard, à «giga» (G), un billion, à «téra» (T)... Cette façon de faire est bien implantée avec plusieurs unités de mesure. Vous avez sûrement déjà entendu parler de mégawatts, de gigahertz ou de téraoctets.

Pour ce qui est des sommes d’argent, on abrégera «1900 milliards de dollars» soit en «1900 G$», soit en «1,9 T$».


PERLES DE LA SEMAINE

Quelques proverbes revisités et expressions «idiot-matiques»…

  • «Ça risque d’être reporté aux quarante Grecs.»
  • «C’est quelque chose qui fait vibrer ma corne sensible.»
  • «Il ne faut pas courir deux chèvres à la fois.»
  • «Rien ne sert de courir, il faut partir à poil.»
  • «On n’est jamais si bien servi que par sa mère.»


Source: «Le sottisier du bac», Philippe Mignaval, Hors Collection, 2007.

Questions ou commentaires? 

Steve.bergeron@latribune.qc.ca