Steve Bergeron

Nom de nom

CHRONIQUE / « J’aimerais bien savoir pourquoi (surtout au Québec, je présume), neuf fois sur dix, quand je demande son nom à quelqu’un, il me donne son prénom. » - Benoît Beaulne, Gatineau

Quand on regarde la définition du mot prénom dans le Petit Robert, on trouve ceci : « Nom particulier joint au nom patronymique et servant à distinguer les différentes personnes d’une même famille. »

Donc, si on se fie au dictionnaire, un prénom, c’est quand même un nom. Avec une définition plus précise, certes, mais pas exclusive. Un nom, c’est quelque chose dont on se sert pour nommer les gens, et on ne peut pas dire qu’un prénom déroge à ce sens plus large.

Effectivement, dans le vocabulaire administratif, les mots nom et prénom sont constamment mis en opposition, d’abord et avant tout pour une question de clarté. Cela peut nous laisser croire qu’ils ne servent qu’à désigner spécifiquement ces deux réalités.

Mais la vie de tous les jours n’est pas un formulaire ni l’en-tête d’une copie d’examen (heureusement!). Nous avons beaucoup plus de latitude.

Ainsi, la première définition que donne le Petit Robert au mot nom, c’est : « Mot ou groupe de mots servant à désigner un individu et à le distinguer des êtres de la même espèce. » Un peu plus loin, la deuxième sous-définition est carrément : « Prénom. » Elle est accompagnée des exemples « noms de garçons », « noms de filles », « chercher un nom pour un bébé », « Louis, treizième du nom » (treizième roi de France à porter le nom de Louis).

Voilà donc qui devrait vous rassurer : considérer un prénom comme un nom n’est pas une exclusivité québécoise.

Ce n’est qu’à la troisième sous-définition que le Petit Robert parle du « nom de famille » pour caractériser le mot « nom » (« nom de jeune fille d’une femme mariée », « être le dernier de son nom », « nom noble », etc.).

Remarquez, il est possible que, dans certains pays ou cultures, on réponde d’abord par son nom de famille, ou alors en donnant nom et prénom en même temps. Cela ne veut pas forcément dire que cette coutume soit meilleure ni que tout autre soit fautive.

Il y a également toujours la possibilité, de votre côté, de poser la question d’une façon plus précise pour dissiper toute ambiguïté, en demandant le prénom ou le nom de famille.

Et puis, n’oublions pas le contexte. Au policier qui sollicite notre nom après nous avoir arrêté, peut-être donnerons-nous d’abord notre patronyme. Mais à une jolie dame ou à un joli monsieur qui nous pose la même question dans un bar en souriant...

Tout ça me fait penser à une ancienne chronique, publiée le 23 janvier 2009, sur la différence entre un chiffre et un nombre. Il y a des ressemblances sur plusieurs points, par exemple sur le fait qu’on nous apprend à l’école à distinguer les deux, mais que, dans l’usage courant, cette différence semble tomber. Voici ce que j’avais répondu à l’époque. 

« Comme à moi, on vous a appris qu’il y a dix chiffres, de 0 à 9. À partir de 10, ce sont des nombres composés de deux chiffres ou plus. Telle est la distinction qu’on nous enseigne au primaire, correcte et facile à comprendre pour nos petites caboches. Maintenant que nous sommes de grandes personnes, laissez-moi compliquer tout ça.

Serez-vous surpris si je vous dis que huit peut être un nombre? Si vous avez invité huit amis, je ne vous demanderai pas le chiffre de convives, mais bien le nombre, n’est-ce pas?

C’est parce que le nombre est une réalité mathématique et le chiffre, une représentation graphique.

Aujourd’hui, le maître d’école vous dit donc que 8 est un chiffre, mais peut aussi être un nombre, représenté graphiquement par un seul chiffre. Avec 22 et 101, nous avons des nombres représentés par deux et trois chiffres.

Serez-vous découragé si je vous dis que cent peut être un chiffre? C’est que la langue française accepte que l’on dise chiffre quand il est question d’un montant ou d’un total (le chiffre des naissances, le chiffre d’affaires, un chiffre rond, etc.).

Autre exemple : RDS a longtemps eu une chronique qui s’intitulait Le match en chiffres. Pourtant, les commentateurs y analysaient le plus souvent une partie de hockey à partir de nombres.

Sauf que ces nombres sont quand même constitués graphiquement de chiffres. Pour parler en prof de maths, l’ensemble des nombres inclut l’ensemble des chiffres. »

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