Steve Bergeron

Moins de futur à l’avenir

CHRONIQUE / J’aimerais que vous m’aidiez à différencier «avenir» et «futur». J’ai lu qu’«on pense à l’avenir et qu’on imagine le futur». Ça ne me satisfait pas. Il me semble que les francophones utilisent trop souvent le mot «futur» et que l’avenir est en voie de disparition (Louise Lévesque, Québec).

Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de gens qui connaissent cette subtile différence de sens entre «avenir» et «futur». J’ai plutôt l’impression que la plupart des personnes pensent qu’il s’agit de deux parfaits synonymes. 

Au moins, en français, nous avons deux mots pour exprimer cette réalité à peu près pareille. Les anglophones, eux, n’en ont qu’un seul: «future». Il est donc fort probable que, lors du passage de l’anglais vers le français, on traduise tout simplement «future» par «futur» (vous vous rappelez, la loi du moindre effort...), et que le mot «avenir» soit trop vite écarté.

Je remarque aussi que, hormis le Petit Robert, on ne parle pas de cette confusion entre «avenir» et «futur» dans les principaux ouvrages de difficultés édités en France. Le problème semble donc se poser surtout ici.

Quand on regarde dans les dictionnaires, on s’aperçoit qu’en français, «futur» est surtout employé comme adjectif, en tant que synonyme de «prochain, ultérieur, suivant, ce qui sera tel dans l’avenir» («futur emploi», «future année», «futurs mariés», etc.). La définition comme adjectif arrive même en premier dans le Petit Robert et le Petit Larousse.

Comme nom, le mot est le plus souvent utilisé pour parler des temps de conjugaison (futur simple, futur antérieur), de même que du «temps à venir».

Vous n’aimez pas le truc de la Banque de dépannage linguistique (penser à l’avenir, imaginer le futur)? Pour ma part, je le trouve très bien. Du moins, quand je compare aux explications données par d’autres ouvrages, c’est la distinction qui m’apparaît la plus claire. Dire qu’on pense à l’avenir et qu’on imagine le futur sous-tend que le premier mot s’emploie quand il est question de choses plus concrètes, alors que le second «renvoie à un temps à venir imaginé, lointain, sans référence particulière à ce qui adviendra dans ce temps à venir». Autrement dit, le futur est souvent plus éloigné dans le temps que l’avenir.

Un autre petit truc qui pourrait vous aider : «avenir» vient du verbe «advenir», qui signifie «arriver», «survenir», «se produire», et qu’on utilise aussi dans un contexte beaucoup plus concret et plus proche de nous. Alors que le mot «futur» fait le plus souvent référence à une époque où nous ne serons plus là.

Qu’est-ce que cela signifie pour le choix du vocabulaire? Par exemple, que l’on prépare ou que l’on craint davantage l’avenir que le futur, puisque cela se rapporte à notre vie dans ce moment qui sera. On pense à son avenir, on veut assurer l’avenir de ses enfants, on se demande ce que l’avenir nous réserve, on dit de quelqu’un qu’il est plein d’avenir, que son métier est un métier d’avenir, ou, au contraire, qu’il n’y a pas d’avenir dans ce métier. 

Une voyante tentera de prédire votre avenir, alors que ceux et celles qui cherchent à savoir comment vivront les humains de demain essaient de prédire le futur.

Mais il y a un cas où il y a très certainement anglicisme: lorsque la locution «dans le futur» prend la place d’«à l’avenir», c’est-à-dire au sens de «désormais, dorénavant, à partir de maintenant».

«J’ai encore oublié mon masque dans ma voiture. À l’avenir [et non «dans le futur»], je vais toujours le garder dans ma poche.»

Perles de la semaine

La suite des perles du jeu-questionnaire «Le maillon faible» («The Weakest Link»). Au Québec, cette émission se serait appelée «Le travail à la (dé)chaîne».

«Qui était surnommé le roi Soleil?»

François Mitterrand.

«Quel fleuve traverse Budapest, la capitale de la Hongrie?»

Le Rio Grande.

«En quel animal le vilain petit canard se transforme-t-il dans le conte d’Andersen?»

En lapin.

«Quel roi mage accompagne Melchior et Balthazar?»

Edgar.

«Qui fut maire de Paris de 1977 à 1995?»

Louis XVI.

Questions ou commentaires? Steve.bergeron@latribune.qc.ca.


C’est l’heure d’une pause pour «Séance d’orthographe». Vous pouvez quand même m’envoyer vos questions au cours des prochaines semaines, j’y répondrai tout au long de l’automne. Je vous donne rendez-vous en septembre. Bonne fin d’été à tous et à toutes!