Prêts à passer à une autre vitesse dans la lutte aux changements climatiques?

Se ralentir le conditionnement

CHRONIQUE / « Ouin. Là, je veux bien, mais ça c’est un bout où je ne pense pas te suivre. C’est too much… »

Elle, c’est Jess, extraordinaire amie et collègue photographe, une fille qui fait donc beaucoup de route, toujours très pressée entre deux assignations, la job, les enfants, les courses, les projets pis toutes les autres affaires. 

Je venais de lui annoncer mon intention de faire passer ma vitesse de croisière sur l’autoroute de 120 à 100 km/h, c’est ce que j’ai trouvé de plus créatif et efficace pour réduire ma consommation d’essence et par conséquent l’empreinte de mes déplacements entre la maison et le boulot, deux trucs que j’adore, mais qui sont situés à 50 kilomètres l’un de l’autre.

C’est aussi une façon comme plein d’autres de passer à une autre vitesse dans cette lutte aux changements climatiques.

Bref, Jess trouvait que non. Juste non. 

Et je n’ai pas trop insisté parce que, très honnêtement, ça me saoule un peu d’impatience de rouler à 100 km/h sur l’autoroute quand je suis passagère. 

Et plus honnêtement encore, même derrière le volant, les premières fois que j’ai bloqué la vitesse à 100 km/h, j’avais cette impression étrange et franchement désagréable que je n’arriverais jamais nulle part, que mon esprit se détachait de mon corps et allait me dépasser par la droite en me faisant un doigt d’honneur.

J’sais pas si l’image est claire, mais c’est dire à quel point c’est souvent question de conditionnement. Parce que concrètement, après deux semaines, le corps et l’esprit ont fait la paix, ça roule merveilleusement à 100 km/h, j’écoute une toune de plus pendant le trajet et je suis arrivée partout où je voulais vraiment aller. (Avis aux autres, arrêtez de m’attendre.)

Le conditionnement, que je disais.

L’habitude d’aller vite, de chercher à aller plus vite encore, de se faire répéter que c’est comme ça de façon généralisée, que c’est très bien ainsi, qu’on est dans la norme, normaux donc, et d’y trouver une certaine valorisation.

Conditionnés sur l’autoroute. Pis dans la vie.

Si vous avez amorcé un virage un peu plus écologique, une réflexion sur votre rapport à la consommation ou au travail, ou encore une remise en question du grand culte de la vitesse et de la performance, ça vous aura sans doute sauté aux yeux.

Et pour peu que vous soyez sensible à l’environnement, sans égard pour la teneur du virage que vous avez décidé de négocier, peu importe que vous trouviez votre motivation dans un pacte, une lecture de chevet, des changements climatiques qui vous font suer, les remontrances de vos enfants ou l’avenir de vos petits-enfants, vous savez que vous devez d’abord vous déconditionner.

Et se déconditionner, c’est casser des réflexes et des habitudes. Désapprendre. 

Puis apprendre autre chose, d’autres choses, d’autres façons de faire, de penser, de dépenser, de posséder, d’être même, carrément.

C’est non seulement décider de reprogrammer à la baisse son régulateur de vitesse, mais prendre plaisir à le faire.

Je vous laisse ici pour l’instant, pas que je m’ennuie, mais je pense que je vais allez prendre une bière avec Jess. Faut qu’on rejase...

Pour la petite histoire...

Faire passer sa vitesse de 120 à 100 km/h sur l’autoroute permet de réduire sa consommation d’environ 20 pour cent. 

Sur ma voiture pas particulièrement écoénergétique, ça réduit ma consommation hebdomadaire de 55 à 40 litres pour les allers-retours boulot/dodo.

Économies hebdomadaires moyennes : 18$ - 34,5 kg de CO2 *

Évaluation des économies annuelles : 936$ - 1794 kg de CO2

                                                                                                             * (1 litre=2, 3 kg)