Savourer les beaux moments

CHRONIQUE / Dans la vie, je suis beaucoup plus chialeux que dans mes chroniques.

Pour vous donner un petit exemple, je suis ce gars lourd qui, lorsqu’il regarde les nouvelles à la télé, a toujours son petit commentaire cynique à rajouter alors que je peux vous assurer que personne à la maison ne m’en a jamais fait la demande. En fait, même lorsque je suis seul et que j’écoute les nouvelles à la radio, je fais des commentaires à voix haute, sans même m’en rendre compte.

Ça m’a frappé l’autre fois, alors que je venais de garer ma voiture dans le stationnement de l’épicerie et qu’une fois de plus, j’étais en train de faire de l’ironie à voix haute en commentant la dernière actualité. Le truc, c’est qu’étant donné que je n’avais pas encore terminé mon commentaire au moment de sortir de la voiture, je l’ai donc conclu quand je fermais la portière et c’est en confrontant le regard d’un gars à côté de moi, qui rentrait ses sacs d’épicerie dans son auto, que j’ai réalisé à quel point la ligne qui nous sépare de la folie est mince.

Ce qui est plutôt pratique avec le fait de conserver ses petits commentaires d’actualité dans la sphère privée, c’est qu’ils ne vous reviennent pas en plein visage par la suite. Du moins, tant qu’on garde en tête qu’il vaut mieux les conclure avant de sortir de la voiture.

Mais puisque rien ne se perd et rien ne se crée, il faut donc s’attendre à ce que parfois, les choses qu’on pensait avoir déclarées en étant à l’abri de tout revirement finissent par nous revenir quand même en plein visage.

Tout récemment, alors que nous venions de finir de souper et que nous parlions du cours de natation de Charlot qui avait lieu le lendemain, je faisais part à mon amoureuse que c’était un de mes moments préférés de la semaine. Je me suis donc laissé emporter dans une envolée de louanges à l’égard des cours de natation, expliquant que ce que j’appréciais par-dessus tout de ce rendez-vous, c’est qu’il me permettait de passer une heure avec mon amoureuse, tandis que nous savions tous les deux que notre enfant avait beaucoup de plaisir.

Mais de penser que je m’arrêterais là serait mal me connaître, car bien entendu, il fallait bien un pot pour contenir toutes ces fleurs : « Je trouve ça vraiment plate quand je vois que des parents passent leur temps à checker des trucs sur leur téléphone pendant le cours de natation de leur enfant. Tsé, chaque fois, je vois des pauvres enfants sur le bord de la piscine qui regardent leurs parents dans les gradins en espérant qu’ils s’intéressent à ce qu’ils font et ça me brise le cœur. T’as le reste de ta vie plate pour checker ton téléphone, c’est quoi de le garder dans tes poches pendant l’heure où ton enfant fait enfin un peu de sport ? »

Le lendemain, mon amoureuse et moi étions donc dans les gradins en train de regarder fièrement notre fils donner son 100 % dans la piscine, puis Julie m’a fait remarquer : « Hey ! Je ne m’étais jamais attardée là-dessus, mais je dois t’avouer que tu avais raison. C’est vrai qu’il y a des parents qui se ploguent tout de suite sur leur téléphone dès qu’ils s’installent sur le banc et ils ne le quittent pas des yeux jusqu’à la fin du cours. »

Je tentais alors de cacher ma fierté, mais entre vous et moi, c’était un véritable petit moment de gloire. Non pas que mon amoureuse n’est jamais d’accord avec mes points de vue, mais sur ce coup-là, j’étais particulièrement satisfait d’avoir raison.

Puis, c’est là que j’ai senti mon téléphone vibrer pour une troisième fois en quelque chose comme deux minutes. Les deux premières fois, ça ne m’avait pas perturbé, mais là, je trouvais ça drôlement curieux de recevoir autant de notifications d’un seul coup. Un proche avait-il besoin de moi pour une urgence ?

J’ai donc subtilement fait glisser mon téléphone de la poche de mes pantalons juste pour jeter un rapide coup d’œil à l’écran afin d’évaluer l’urgence de la situation et c’est là que Julie m’a dit : « Ton gars est en train de te faire “salut”, lâche ton téléphone. »

Et évidemment, ce n’était pas un truc important.