Sauvés de la rue par Vallée Jeunesse, Mathieu Roy et Mathieu Bertrand redonnent aujourd’hui au suivant.

Sauvés de la rue

CHRONIQUE / Sans le centre d’hébergement pour jeunes Le Belvédère, Mathieu Bertrand et Mathieu Roy se seraient retrouvés à la rue. Ils en sont convaincus.

Le Belvédère de l’organisme Vallée Jeunesse du secteur Hull est menacé de fermeture, alors que le Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) veut lui retirer 180 000 $ de son budget annuel de 250 000 $. « Si on nous enlève cette somme, on nous ferme », laisse tomber la coordonnatrice clinique à Vallée Jeunesse, Annie Castonguay.

Le Belvédère offre aux jeunes de l’Outaouais âgés de 16 à 24 ans l’opportunité d’accéder à une démarche vers l’autonomie. Il s’agit d’une résidence volontaire de 16 lits où « le jeune doit apprendre à subvenir à ses propres besoins dans une perspective de prise en charge de son projet de vie », peut-on lire sur le site Web de l’organisme à but non lucratif.

« Le Belvédère aide à prévenir l’itinérance et à développer l’autonomie chez les jeunes pour les aider à partir vivre en appartement et voler de leurs propres ailes », résume Mme Castonguay.

Fondé il y a 15 ans, Le Belvédère a aidé au fil des années d’innombrables jeunes — garçons et filles — à se prendre en main et à éviter l’itinérance, la rue, la misère et le désespoir. Des jeunes comme Mathieu Bertrand et Mathieu Roy.


Mathieu Bertrand, 23 ans, s’est retrouvé à la rue à l’âge de 15 ans.

« Mes parents se sont séparés à ma naissance, raconte-t-il. Je vivais avec ma mère qui avait de graves problèmes d’alcool. On déménageait aux trois mois et l’atmosphère qui régnait chez nous était malsaine. Ce n’était plus vivable. J’ai donc quitté, j’avais 15 ans. Je me suis retrouvé dans un abri d’autobus, la nuit, avec un sac de poubelle qui contenait mes vêtements. Je n’avais pas de problèmes d’alcool ou de drogue, et je n’en ai jamais eu. Parce que j’ai choisi de faire le contraire de l’image que j’ai reçue toute mon enfance. Mais je ne pouvais plus vivre à la maison. Et je me suis retrouvé à Héberge-Ados. Puis, quand j’ai eu 16 ans, je suis venu ici, au Belvédère de Vallée Jeunesse. »

Mathieu Bertrand a habité pendant deux ans au Belvédère. « Et grâce à Vallée Jeunesse, dit-il, j’ai pu découvrir une passion qui est le slam-poésie. Ç’a donné un sens à ma vie. »

Mathieu est déménagé en appartement au bout de ces deux ans. Mais il est retourné vivre au Belvédère deux ans plus tard. Mais comme employé cette fois-ci.

« Le Belvédère cherchait un étudiant accompagnateur. Alors je vis ici depuis, je suis logé et nourri en échange de mes services. Je travaille à temps partiel et je poursuis des études collégiales en soutien informatique. Donc si je ne peux pas vivre de mon art, j’ai un plan B.

«Vallée jeunesse m’a fait découvrir un potentiel qui existait en moi, mais que j’ignorais. Et aujourd’hui, je tente de redonner aux autres ce que j’ai obtenu ici».


Mathieu Roy, 28 ans, est arrivé au Belvédère en juin 2007, à l’âge de 18 ans.

Avant ça, il avait vécu tantôt chez son père en Abitibi, tantôt dans le minuscule appartement de sa mère à Gatineau, puis tantôt dans un logement minable du Vieux-Gartineau qu’il partageait avec 14 personnes ! «Là où j’étais logé et drogué», lance-t-il en riant, puisqu’il peut en rire aujourd’hui. 

«J’avais des problèmes de consommation, dit-il, d’alcool et de drogue, mais surtout de drogue. Alors je suis venu au Belvédère en juin 2007 et j’ai habité ici pendant six mois. Durant cette période-là, j’ai appris à payer un loyer, établir un budget, faire une épicerie. À être autonome, bref. J’ai pu me reprendre en main durant ces six mois. Puis je suis déménagé en appartement avec mon frère, ici à Gatineau, tout en sachant que j’avais un filet de sécurité au Belvédère. Si ça ne marchait pas avec mon frère, je savais que j’avais une place à aller et que je ne me retrouverais pas dans la rue.

«Ce filet de sécurité, c’est habituellement quelque chose que les parents seraient censés offrir à leur enfant. Mais ce n’est pas une option pour nous. Notre filet de sécurité, c’est ici, au Belvédère», ajoute-t-il. 

Mathieu ne consomme plus. Et il travaille depuis 10 ans au Belvédère à titre d’intervenant ressource, en plus d’être membre du conseil d’administration.

«Je suis ici pour éviter que des jeunes des centres jeunesse se retrouvent dans la rue à l’âge de 18 ans, une fois devenu adulte, avec un sac de poubelles sur l’épaule. Mais si le Belvédère ferme, combien de jeunes de 18 ans se retrouveront dans la rue ? Je n’ose même pas y penser.»