Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Ron Fournier
Ron Fournier

Salut mon Ron!

CHRONIQUE / Je me souviens très bien de la première fois.

J’étais à Buffalo.

C’était la veille d’un match entre les Sénateurs et les Sabres, à l’automne 2006.

Je me souviens de l’année parce que les Sénateurs connaissaient un très difficile début de saison. Ce n’était pas normal. Ils avaient terminé au deuxième rang du classement général, la saison précédente.

Bref, j’étais à Buffalo et mon portable a sonné. Un numéro, dans le 514, que je reconnaissais pas.

«Sylvain? On ne comprend pas trop ce qui se passe avec les Sénateurs et Ron aimerait t’en parler. Serais-tu disponible pour venir faire un tour, ce soir, dans son émission?»

C’est simple. En 2006, je suis âgé dans la fin de la vingtaine. Ça fait déjà quatre ans que je gagne ma vie en écrivant des articles sur le hockey, dans le journal.

Je n’ai pas vraiment besoin de validation. Mais là, Ron - son producteur, en fait - vient d’appeler.

C’est dur à expliquer.

J’étais fier. Peut-être un peu trop.

Mon collègue Chris Stevenson était à mes côtés. Ma réaction l’a sans doute fait rigoler, parce qu’il en a jasé avec Bryan Murray.

Bryan s’est foutu de ma gueule. C’était sa spécialité.

Il m’a aussi dit tout le bien qu’il pensait de Ron.

Bryan aimait Ron, l’arbitre, parce qu’il y avait toujours moyen de «jaser avec lui».

Le Québec au grand complet le savait, ça, que Ron a de la jasette. Des centaines de milliers de personnes se sont branchés, religieusement, pendant 33 ans, pour l’écouter.

Ron Fournier a arbitré pendant une dizaine d'années dans la Ligue nationale de hockey au cours de sa carrière.

***

Ron accroche son micro. Après 33 ans. C’est une bien triste nouvelle.

C’est triste, parce qu’il aurait pu continuer à nous divertir et nous informer pendant quelques années, encore.

Il a encore le feu sacré. Il est toujours animé par cette énergie unique.

Si ça se trouve, il continue de s’améliorer.

Il fallait l’écouter, mardi matin, faire le bilan de sa carrière, à l’émission de son ami Paul Arcand, au 98,5 FM, à Montréal. Lucide, il a identifié deux grandes parties.

J’avais un peu l’impression qu’il avait atteint le statut de légende au début des années 2000. Son show a passé au niveau supérieur, durant cette période où le Canadien de Montréal atteignait des sommets inégalés de popularité.

Ce n’est pas un accident. Il explique:

«Il y a 12, 13, 14 ou 15 ans, je suis devenu moi-même. Tu sais ce qu’on dit des personnes âgées? On dit qu’elles disent toujours la vérité. Elles disent toujours ce qu’elles pensent, comprends-tu? Elles ne tournent pas autour du pot.»

«Moi, il y a environ 15 ans, je suis vraiment devenu Ronald. Je suis devenu le Ronald qui chante sous la douche, sauf que Ronald ne chantait plus exclusivement sous la douche. Je suis devenu le Ronald qui ne parle pas exclusivement de sport. J’ai réalisé que mon émission, c’était plus qu’une émission de hockey. Je suis là pour vous, public. Je vais vous donner ce que je peux vous donner dans le bonheur, dans l’allégresse. Je vais vous donner ma joie de vivre. C’est ça, Ron.»

Ron Fournier accroche son micro après 33 ans de carrière.

***

Ron m’a fait le bonheur de m’inviter à son show assez souvent. Assez souvent pour que j’arrête de compter.

C’était toujours spécial.

C’était spécial pour plusieurs raisons. Je parle par exemple de raccrocher à la fin de l’entrevue pour ensuite recevoir, dans la minute, un texto d’un cousin qui vit à Matane, en Gaspésie.

Ça fait longtemps qu’on s’est vus! Je pensais à toi, récemment. En plus, je viens de t’écouter à la radio...

Depuis son grand studio, à Montréal, Ron parlait vraiment à tout le monde. Les stations affiliées au réseau Cogeco à Québec, en Outaouais, en Mauricie ainsi qu’en Estrie diffusent Bonsoir les sportifs.

D’autres stations, qui n’appartiennent pas nécessairement au groupe, relayaient quand même le signal. C’est ainsi que, chaque soir, Ron recevait des appels qui provenaient de Chandler ou de Rouyn-Noranda.

Parler avec Ron, c’était toujours spécial, parce que c’était chaque fois une nouvelle aventure. Il pouvait emmener ses invités absolument n’importe où.

Comme cette fois où il m’a chanté bonne fête, en ondes.

Je ne sais plus trop comment on est arrivés là. Tout ce que je sais, c’est que je m’étais enfermé dans mon bureau, au sous-sol, pour faire ce petit bout de radio.

Quand il s’est mis à pousser la note, je suis pas mal certain qu’on a entendu ma blonde, éclater de rire, en ondes.

Elle écoutait l’émission avec son téléphone. Dans la chambre à coucher. Au deuxième étage de notre maison.