Denis Gratton
Mercredi dernier, j’ai signé une chronique que j’ai sarcastiquement intitulée «Ces maudits séparatisssses».
Mercredi dernier, j’ai signé une chronique que j’ai sarcastiquement intitulée «Ces maudits séparatisssses».

Rouvrir les ponts

CHRONIQUE / Certains lecteurs ont compris que je blaguais, que j’étais sarcastique. D’autres, non. Et ce sont surtout ces «autres» qui ne se sont pas gênés pour m’écrire et me dire leur façon de penser.

Mercredi dernier, j’ai signé une chronique que j’ai sarcastiquement intitulée «Ces maudits séparatisssses». Dans ce papier, je suis revenu sur les propos du conseiller municipal du quartier Rideau-Vanier d’Ottawa, Mathieu Fleury, qui a déclaré la semaine dernière que la fermeture des ponts entre Ottawa et Gatineau pour contrer la propagation de la COVID-19 était une décision politique prise par des élus québécois aux «affiliations et ambitions séparatistes». Le conseiller Fleury a même nommé le premier ministre du Québec, François Legault, et le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.

J’ai trouvé sa déclaration ridicule et, comme on dit, «tirée par les cheveux». Comment peut-on détecter un complot souverainiste dans une décision réfléchie prise pour sauver des vies tant du côté du Québec que de l’Ontario? C’était de mauvaise foi de sa part, à mon avis, et presque de la provocation.

Mais plutôt que d’y aller d’une chronique «au premier degré» et de dénoncer vivement les déclarations du conseiller d’Ottawa, j’ai plutôt choisi l’humour et le sarcasme en laissant entendre qu’il avait raison. Voici un extrait de cette chronique:

«Eh bien! On connaît enfin la vérité!

Et je suis tellement naïf! Pendant tout ce temps-là, je pensais qu’on avait fermé les ponts pour éviter que le virus mortel se propage d’une province à l’autre. Je regardais les chiffres de semaine en semaine, je voyais tout récemment qu’Ottawa approchait les 200 décès et les 1800 cas pendant que l’Outaouais comptait un peu moins de 400 cas et seulement 10 décès liés à la pandémie, et je me disais: «une chance qu’on a fermé les ponts».

«Mais tout ce temps-là j’étais dans le champ. Complètement dans le champ. On n’a pas fermé les ponts pour sauver des vies, comme je le croyais naïvement, les ‘maudits séparatissses’ ont a fermé les ponts pour faire suer les ‘méchants fédéralisasses’».

Saisissez-vous le sarcasme dans ce passage? Et que dire du titre!? Croyez-vous vraiment que je qualifierais les souverainistes de «maudits séparatisssses»?

Eh bien oui. C’est ce que certains croient, semble-t-il.

— «Je savais déjà que les anglophones aimaient faire du «Québec bashing», mais que ça vienne d’un Franco qui se réclame objectif et informé, ça me dépasse», m’a écrit Jean-Pierre P..

— «Pour votre info, nous ne sommes pas tous des séparatistes parce qu’on veut se protéger de cette terrible maladie», m’a écrit Roger C..

— «Vous perdez la tête avec votre haine des gens qui ne pensent pas comme vous! Votre haine du Québec est flagrante», m’a écrit Rachel S..

—«C’est inacceptable de crier au complot séparatiste. Nous sommes en pleine pandémie et vous n’avez pas l’air de le savoir. C’est insultant, inapproprié et cela démontre votre incompréhension de la société québécoise. Je demande des excuses pour ces propos blessants. Je demande à la direction du journal Le Droit le congédiement de Denis Gratton», a écrit Nicole C.

Misère…

Et ce ne sont qu’une fraction des courriels et messages reçus qui abondaient dans le même sens.

Voici un dernier courriel reçu samedi d’une lectrice prénommée Michèle: «J’ai bien peur qu’une partie de votre lectorat n’ait pas saisi l’humour de votre propos et que beaucoup croient, en vous lisant, que vous êtes totalement d’accord avec Mathieu Fleury. C’est le cas de mes voisins.»

Merci Michèle. Vous avez raison. Certains n’ont pas saisi l’humour dans ce papier. Et j’en accepte entièrement le blâme. Et s’il vous plaît, dites d’abord à vos voisins que je les remercie de lire Le Droit, mais aussi que je ne suis pas du tout d’accord avec les propos de M. Fleury sur la question de le fermeture des ponts. Selon moi, la Santé publique québécoise à pris la bonne décision, statistiques des cas et des décès causés par la pandémie à l’appui.

Cela dit, à tous les lecteurs et toutes les lectrices que j’ai malencontreusement insultés avec cette chronique: toutes mes excuses.

En terminant, ma chère Nicole C., j’ai parlé aux patrons et je regrette de vous annoncer que mon congédiement devra attendre.*

*C’était du sarcasme, ça.