Richard Therrien
Marie-Ève Lévesque risque de rester longtemps dans le cœur de ses élèves.
Marie-Ève Lévesque risque de rester longtemps dans le cœur de ses élèves.

TLMEP: une enseignante en or

CHRONIQUE / On se souvient toute notre vie de profs qui nous ont marqué, qui ont été inspirants. Parmi eux, Marie-Ève Lévesque risque de rester longtemps dans le cœur de ses élèves. Pas seulement ceux de l'école primaire Sainte-Claire dans le Vieux-Longueuil, mais aussi ces écoliers confinés qui la suivent depuis trois semaines sur le web, donnant ses cours sur son tableau transparent. Sa passion pour le métier et pour ses élèves, sûrement partagée par tant de ses collègues, faisait du bien à voir à Tout le monde en parle.

Alors que l'école en temps de confinement peut donner bien des tracas à plusieurs parents, les capsules de «La classe de Marie-Ève» ont récolté 700 000 visionnements, vues par 230 000 familles de partout au pays. «Une influenceuse avec du contenu», a ironisé Dany Turcotte. Le but: conserver chez les enfants une routine d'apprentissage. Un retour en classe possible pour le mois de mai ne semble pas l'angoisser, même qu'elle croit important de boucler la boucle de l'année scolaire, «que ce soit de façon virtuelle ou non». La distanciation physique sera bien sûr tout un défi, mais elle garde confiance. «Les jeunes ont une très grande résilience. J'ai l'impression qu'ils vont facilement s'adapter à ce qu'on va leur proposer.»

L'urgentologue Dre Mélissa Ranger, qui a contracté la COVID-19, est complètement remise et ne croit pas conserver de séquelles: deux tests négatifs confirment qu'elle est immunisée, du moins pour quelques mois. On lui a reproché de ne pas avoir respecté la quarantaine en revenant de voyage. Mais elle explique que la règle s'appliquait aux retours après le 12 mars, ce qui n'était pas son cas. Comme 2300 de ses collègues, elle ira prêter main-forte dans un CHSLD, mais considère que les médecins spécialistes ne sont peut-être pas les mieux placés pour apporter leur aide, et qu'ils auraient dû être appelés «en dernier recours». Elle craint aussi l'effet pervers de délaisser ses propres patients à l'hôpital. Jugeant odieuse l'idée de se faire payer, elle a invité ses collègues à travailler bénévolement plutôt que d'accepter un forfait de 211$ de l'heure, ce qui a déplu à l'un d'entre eux, qui a menacé de déposer une plainte en déontologie. La Dre Ranger a voulu défendre la présidente de sa fédération, Diane Francoeur, qui a été critiquée pour son ton exaspéré et un malheureux tweet, pour lequel elle s'est excusée. «Qui n'a pas déjà fait ça?» demande l'urgentologue, qui parle d'une période où l'angoisse et l'impatience peuvent prendre le dessus.

Louis Morissette a brossé un portrait pessimiste de la situation du monde du spectacle et de l'édition. En plus de voir la sortie de son film reportée, il doit remettre à l'année prochaine sa tournée des Morissette. Il ne voit pas comment on pourra tourner une scène d'amour avec la règle du deux mètres de distance. Avec l'entrepreneur Benoît Fredette, le président du Groupe KOTV lancera bientôt «L'espace Yoop», une salle de spectacles virtuelle payante, pouvant réunir des milliers de spectateurs et créer une interaction avec eux. «Il y a un point où il va falloir arrêter de donner notre contenu gratuitement aux GAFAs», dit-il, en parlant de ces spectacles spontanés. Ce qui l'angoisse le plus: la Fondation Véro et Louis, qui doit ouvrir une première maison à l'intention de personnes autistes, et dont la levée de fonds est durement atteinte. «C'est un coup de poing dans le ventre pour la fondation», reconnaît Louis Morissette, qui espère néanmoins accueillir les premiers résidents cet automne.

Preuve que le confinement exacerbe les formes de violence conjugale: les appels de femmes en détresse ont augmenté de 20% dans les dernières semaines. Celles-ci appellent en chuchotant dans leur salle de bain, ou quand elles peuvent sortir de la maison. Nathalie Trottier, qui a fui à 11 reprises son foyer dans les 11 dernières années de sa relation, n'ose pas imaginer ce qu'aurait été sa vie si elle avait encore vécu en contexte de violence durant la pandémie, même si sa vie d'avant se résumait beaucoup au confinement, isolée par son ex-conjoint. «Le seul répit que j'avais, c'est lorsque j'allais chez la coiffeuse», confie cette survivante. Directrice de la Fédération des maisons d'hébergement pour femmes, Manon Monastesse rappelle que 15 000 demandes d'hébergement ont été refusées dans la dernière année, résultat d'une situation déjà critique avant la pandémie. Elle encourage fortement les victimes à contacter SOS violence conjugale au 1-800-363-9010.

Très intéressante conversation avec les correspondantes de Radio-Canada à Paris et à Moscou. La Russie affiche deux fois et demi moins de morts que le Québec, des statistiques «qui ne reflètent pas ce qui se passe sur le terrain», observe Tamara Altéresco, de retour de Moscou depuis trois semaines. La journaliste observe aussi que la pandémie déjoue les plans de Vladimir Poutine, très critiqué depuis le début de la crise. «Ça devait être son printemps», dit-elle, alors qu'il avait trouvé un moyen de rester au pouvoir jusqu'en 2026, en changeant la constitution, et qu'un référendum devait avoir lieu le 22 avril. En France, on craint une deuxième vague parce qu'il manque beaucoup de matériel de protection, a expliqué Marie-Eve Bédard, en provenance de Paris. Les Français recommencent à pouvoir rendre visite aux personnes âgées, jusqu'ici isolées pour éviter d'être contaminées. «Ce que beaucoup disent, c'est que si on ne l'attrape pas, si on en meurt pas, c'est de solitude et d'isolement dont ces gens-là vont souffrir et ça va finir par les tuer aussi.»

Autre initiative pour nous faire passer au travers de la crise: le fondateur et PDG de Pur Vodka, Nicolas Duvernois, a utilisé l'alcool qui devait servir à la fabrication de sa vodka à la production de désinfectant à main. La recette, beaucoup plus simple que celle de la vodka, a été élaborée en à peine 48 heures. Le dragon réfléchit à l'idée de poursuivre la production, même une fois la crise passée. «J'aimerais que ce produit-là devienne un symbole. […] C'est inadmissible qu'on n'ait pas des produits de base qui sont faits ici», dit-il. J'ai un peu peur des chirurgiens dentistes, mais certainement pas du Dr René Caissie, spécialiste en chirurgie buccale et maxillo-faciale, qui a développé une cagoule de protection intégrale pour le personnel médical, avec CCM Hockey et Industrie Orkan. Originaire du Nouveau-Brunswick, le chirurgien bricoleur a «bizouné» le prototype dans son garage avec des outils trouvés à la quincaillerie. Parlez-moi d'un généreux débrouillard.

L'émission s'est conclue sur l'air de Si fragile, reprise par le couple Andrea Lindsay et Luc De Larochellière, frissons inclus. «On a de la chance qu'il y ait de l'amour dans la maison», a lancé De Larochellière, qui voit plusieurs bons côtés au confinement, dont la forte solidarité qui nous habite. Tout le monde en parle, qui devait au départ prendre fin cette semaine, se prolongera jusqu'au 24 mai sur ICI Télé.

Louis Morissette a brossé un portrait pessimiste de la situation du monde du spectacle et de l'édition.