Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
«La course folle», série documentaire d’observation de Télé-Québec, fait la part belle aux pêcheurs de homards des Îles-de-la-Madeleine et à leurs expressions locales.
«La course folle», série documentaire d’observation de Télé-Québec, fait la part belle aux pêcheurs de homards des Îles-de-la-Madeleine et à leurs expressions locales.

«La course folle»: je sais pas si tu vas me crère

CHRONIQUE / Les pêcheurs sont tous des menteurs. Des plus amateurs aux plus professionnels. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Maxime, un joyeux pêcheur de la relève qu’on voit dans La course folle, la série documentaire d’observation de Télé-Québec, qui commence le jeudi 6 février à 20h.

Bienvenue aux Îles-de-la-Madeleine, où 325 équipages prennent le large chaque année pour pêcher le homard durant neuf semaines intenses, à partir du mois de mai, une véritable course folle. Et une manne à l’infini, puisqu’il n’y pas de quotas, ce qui ne veut pas dire qu’elle est chaque fois miraculeuse. Oubliez les clichés du capitaine High Liner, des pubs de Fisherman’s Friend et du pêcheur chemise à carreaux, on est ailleurs. L’équipe de Trinôme et filles a voulu éviter les clichés, sortir la pêche du folklore et l’incarner dans toute sa modernité.

C’est réussi, même si la beauté des lieux ne se démodera jamais. La course folle n’est pas une série sur le tourisme des Îles, mais n’échappe à aucune image spectaculaire, l’immensité du panorama aidant. Et comme dans toute bonne série du genre, ça prend des personnages originaux, auxquels on s’attache. Dans ce cas-ci, on suit l’équipage de quatre bateaux de pêche. Sourd à la naissance, et portant un appareil auditif depuis l’âge de neuf ans, Maxime ne s’est jamais arrêté à ça. Capitaine de son propre bateau, il doit toujours être accompagné pour ne courir aucun danger inutile. Le travail reste risqué pour tous les pêcheurs.

Avec une quarantaine d’années d’expérience, Julien, lui, conduit l’Isaac à Charles avec une aisance et un plaisir palpables. Un capitaine coloré, toujours le mot pour rire. Dominic et l’apprenti pêcheur Olivier complètent le quatuor. Même si on verra une femme au troisième épisode, on comprend que la pêche au homard est encore un monde d’hommes. Les femmes de cette série, c’est surtout dans la cuisine qu’on les verra préparer les repas, et les galettes à Thérèse, la mère d’un des capitaines, dont vous trouverez la recette sur le site de Télé-Québec. Tranquillement, ça tend à changer, et les femmes font peu à peu leur incursion dans cet univers masculin.

La course folle c’est aussi et beaucoup la parlure des Îles. La majorité des propos sont sous-titrés, et c’est justifié. Les gens du coin ne s’en sont pas formalisés, bien heureusement, quand on leur a montré la série, après les avoir informés de la chose. Comme nous quand les Français sous-titrent nos séries, les Madelinots sont parfois insultés qu’on dise ne pas tout saisir de leurs propos. Ils ont compris cette fois que c’était nécessaire, et que ça ne dénigrait en rien leur accent, bien au contraire. Il faut dire que le scénariste et producteur au contenu de la série, Hugo Bourque, vient lui-même des Îles, et qu’il a pris toutes les précautions pour que cet aspect soit compris de ses compatriotes. Diplômé de l’École nationale de l’humour, il a quitté les Îles, mais y retourne chaque année, fier de son beau coin de pays.

Vous entendrez une foule d’expressions locales, des mots anglophones surtout. Sachez que «what affaire» veut dire beaucoup, «arriver rack» signifie arriver à la dernière minute, et qu’une «trawlée», comme dans «une trawlée d’enfants», vient du langage des pêcheurs, qui désignent ainsi une enfilade de sept cages à homards.

La pêche est une loterie. Quand une cage contient 30 homards, c’est bien. Imaginez quand elle en compte 47 ou même 55! À la fin de la première journée, 88 725 cages auront été installées au fond de l’eau. Et la pêche est très compétitive, un mot que vous entendrez souvent au cours des huit épisodes. On devine que l’équipe de tournage, même réduite, a dû faire face à des conditions plutôt difficiles, à l’étroit sur les bateaux. Autant pour les caméramans que pour le preneur de son, les patchs contre la nausée, collées derrière l’oreille, s’imposaient, me dit le réalisateur Jean-François Fontaine. Le premier épisode sera disponible gratuitement dès demain (jeudi) sur telequebec.tv, avant la diffusion à la télé une semaine plus tard. Ce jour-là, l’ensemble des huit épisodes sera disponible sur le site Web, une stratégie adoptée pour M’entends-tu? et Le 422 cet hiver.