<em>La belle vie avec Go-Van</em> présente du monde ordinaire comme Julien Roussin Côté dont vous envierez le lâcher-prise.

La belle vie avec Go-Van: la série zéro stress

CHRONIQUE / Je suis zen. Bon, ça va durer cinq minutes, mais c’est toujours bien ça de gagné. Pourquoi cette zénitude soudaine? Parce que je viens de regarder trois épisodes de La belle vie avec Go-Van, qui commence jeudi à 20h sur Unis TV. Adieu stress et contraintes, bonjour la liberté.

Je vais me contenir un peu, parce que je suis d’un enthousiasme débordant, moi qui n’ai pourtant aucun talent pour le camping. Mais voir ces gens qui abandonnent tout pour refaire leur vie loin du tumulte des grandes villes donne des ailes. Pas des granos bizarres, des weirdos semblant sortis tout droit d’une secte, dont la béatitude finit par irriter; plutôt du monde ordinaire qui aime la vie, dont vous envierez le lâcher-prise.

À commencer par celui qui porte la série de 13 demi-heures, Julien Roussin Côté, qui a lui-même vendu son condo dans Rosemont il y a six ans pour partir dans sa maison roulante. Un jeune entrepreneur dynamique, qui a juste envie de profiter de la vie sans consommer à outrance. Go-Van, c’est sa plateforme qui sert de point de rencontre à ceux qu’on appelle les vanlifers, qui ont adopté ce mode de vie. Dans La belle vie, Julien va à la rencontre de gens qui ont tout quitté pour repartir de presque zéro. Ça donne une série réjouissante d’Émilie Ricard Harvey et Ariane Moisan, aussi disponible en ligne.

Premier arrêt chez Francis et Marie, qui vivent dans une habitation en matériaux recyclés, construite en partie sous terre, avec leur fille de six ans dans Chaudière-Appalaches. C’est rudimentaire, mais autosuffisant, sans nuire à l’environnement. Pas de facture d’Hydro, les panneaux solaires font le travail. L’eau de pluie fera aussi l’affaire pour toute la consommation du foyer. Et vous savez quoi? Ça ne ressemble en rien à la petite maison dans la prairie, c’est même très attrayant. Quand on voit toute l’ingéniosité dont ces gens sont capables, on ne peut que dire : «respect».

Le cas de Jeremy et An est particulier : le couple d’hommes vit dans un véritable village gai en pleine forêt, dont la population se résume à sept habitants, à Snow Lake dans la vallée d’Annapolis en Nouvelle-Écosse. Une mini communauté qui s’entraide, prend les décisions par consensus, partage chaque semaine un repas, s’engueule parfois. 

«Mais c’est moins pire que des copropriétés de condos», dit l’un d’entre eux. Encore là, on est loin de l’image d’ermite qui ne veut voir personne, c’est tout le contraire. La débrouillardise est au rendez-vous.

Dominick Ménard, qui a fait tous les métiers dont celui de mannequin et entretient une passion pour le vélo de montagne, a opté pour une vie de nomade, comme Julien. Avant de mourir d’un cancer généralisé, sa marraine Rita l’a convaincu d’écouter ses rêves et d’acheter sa van, ce qu’il a fait il y a trois ans. Une question qu’il se fait souvent poser : comment tu gagnes ta vie? D’abord, le train de vie dans une van entraîne beaucoup moins de coûts. Puis, le mot-clic #domatoutfaire sur les réseaux sociaux lui permet d’enchaîner les «jobines» sans problèmes. On verra aussi comment Jacob a converti un bus scolaire en maison et studio de son, baptisé le Mixbus, qu’il habite avec sa conjointe Isabelle. Encore là : débrouillardise 101.

L’enrobage musical de Clay and Friends rend l’ensemble dynamique, moderne, tout à fait 2020. La série est extrêmement bien réalisée, les images sont superbes et accrochent l’œil autant que l’esprit. Le procédé, si efficace, rappelle qu’on peut se laisser emporter par le tourbillon professionnel. Vous savez, cette impression de passer parfois à côté de la vie? Je ne serais même pas étonné que la série donne à certains le petit coup de pied qui leur manquait pour tout quitter et partir. Parce que ces gens-là ont choisi de ne pas se laisser atteindre par toute forme d’anxiété, de panique. Mais s’il fallait qu’ils manquent d’eau? Et voilà que je recommence à m’énerver.