Denis Gratton
Alain Bisson
Alain Bisson

«Retour vers le futur» à la Maison Bisson

CHRONIQUE / C’est un retour dans le temps que Québec a imposé il y a quelques semaines en obligeant la fermeture des épiceries le dimanche. Un retour au XXe siècle.

C’était les belles années, diront les nostalgiques comme moi qui ont connu cette époque. Une époque où les dimanches étaient consacrés à la famille. À l’église aussi, il faut le dire, alors que d’assister à la messe du dimanche était une obligation plutôt qu’un choix. Mais c’était une belle époque.

Mon père était commerçant. Et de savoir qu’il passait les dimanches avec nous, ses sept enfants, avait quelque chose de rassurant. Je garde de beaux et de doux souvenirs de mes dimanches d’enfance. Les dimanches étaient à nous, la famille. Juste à nous.

Puis les temps et les lois ont changé, personne n’a pu arrêter le progrès et, aujourd’hui, ce dimanche autrefois sacré n’est qu’une journée comme les autres aux yeux de la majorité des propriétaires d’entreprises et gens d’affaires. «Si je n’ouvre pas le dimanche, comme tous les autres le font, mes clients iront ailleurs», se sont-ils tous dits.

Et pour les dimanches en famille, on repassera. L’église, quant à elle, nous pardonnera.

FINI LES DIMANCHES

Puis un p’tit maudit virus s’est pointé le nez et, du jour au lendemain, il a obligé les épiceries du Québec à reculer dans le temps en fermant leurs portes les dimanches.

Alain Bisson y a pris goût. Si bien que le propriétaire de la boucherie et épicerie fine, la Maison Bisson, du secteur Manoir des Trembles à Gatineau, a décidé que son commerce restera fermé les dimanches… à tout jamais. Virus pas virus, l’affiche dans la porte de ce commerce indiquera dorénavant «FERMÉ» le dimanche.

La Maison Bisson a pourtant toujours été ouverte sept jours sur sept durant ses 26 années d’existence. Et ironiquement, c’est l’oncle d’Alain Bisson qui a été le premier boucher de Hull à ouvrir son ancien commerce du boulevard Mont-Bleu les dimanches, durant les années 1970.

Mais cette pandémie a le tour de nous forcer à regarder la vie autrement et de remettre certaines choses en question.

«Je m’étais mis en tête que je resterais fermé les dimanches tout le temps de la pandémie, dit Alain Bisson. Mais là, durera-t-elle un autre mois, une autre année ? Personne ne le sait. J’ai enfin pris la décision de fermer les dimanches, tout le temps, et les gens s’habitueront. Ça donnera un congé bien mérité à mes employés parce que lorsqu’on ferme le samedi, ils sont brûlés.

«C’est moi qui joue le portier les samedis pour respecter le nombre de clients permis à l’intérieur, poursuit-il. Les clients semblent bien apprécier le fait que ce soit le propriétaire qui les accueille à la porte. J’en ai profité au cours des dernières semaines pour sonder ma clientèle sur la fermeture le dimanche. Je parle à près de 300 clients par samedi, j’ai un bon son de cloche des gens. Et tout le monde me dit: «vous faites bien, ça devrait toujours être comme ça, on devrait revenir à ça, c’est comme dans le bon vieux temps». Donc je suis très confiant de fermer les dimanches.

—Et si un vaccin pour mettre fin à la pandémie était trouvé «demain matin», M. Bisson, fermeriez-vous tout de même les dimanches ?

—Oui. Définitivement. Et tous mes (13) employés sont contents de cette décision-là. Ils savent qu’ils pourront dorénavant profiter de ce congé. Et si je suis le seul commerçant de Gatineau qui ferme ce jour-là, je serai le seul. Je m’en fiche. Je ne suis pas financièrement indépendant, loin de là. Mais je réalise que je suis capable d’offrir une meilleure qualité de services aux clients en ouvrant six jours plutôt que sept. Comme les clients me disent, ce sera comme dans le bon vieux temps.»

Ce sera donc un retour dans le temps permanent à la Maison Bisson. Ou serait-ce un «retour vers le futur»… ?