Quelque deux millions d’élèves – près de 110 000 dans les écoles francophones – sont concernés par la rentrée scolaire.

Rentrée scolaire: du bruit pour pas grand-chose

On annonçait une rentrée des classes 2019 en Ontario particulière, voire explosive. Il n’en sera rien. Les principaux changements annoncés par le gouvernement progressiste-conservateur affecteront peu les élèves des écoles élémentaires et secondaires.

Le premier ministre, Doug Ford, et son ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, savent qu’ils marchent sur des œufs. Quelque deux millions d’élèves – près de 110 000 dans les écoles francophones – sont concernés par la rentrée scolaire.

Ce ministère « mastodonte » a beau être sous le feu des projecteurs et représenter environ 30 milliards de dollars, c’est-à-dire des pistes intéressantes pour des coupes, Doug Ford a finalement privilégié la douceur à la force.

Première indication : le curriculum d’éducation sexuelle. Les changements dévoilés par le gouvernement sont ici extrêmement mineurs. À quelques exceptions près, comme l’année d’enseignement de l’orientation sexuelle et l’identité de genre, ce programme d’éducation sexuelle reste un calque de celui instauré par le précédent gouvernement libéral en 2015.

On est ici bien loin des promesses électorales de Doug Ford, soucieux de séduire la droite catholique, qui promettait alors de répudier l’ancien programme dans son ensemble.

Une autre volte-face du gouvernement a marqué les derniers jours précédant la rentrée. Sur le dossier de la taille des classes de 9e à la 12e année, M. Lecce a laissé savoir que le nombre d’élèves ne passera pas à 28 pour cette rentrée. Une augmentation en somme progressive jusqu’en 2022.

Reste que cette annonce aurait peut-être gagné à être faite plus tôt, d’autant que des ressources humaines et pédagogiques entrent en jeu. Dévoilée en mars dernier au moment de la grande réforme du gouvernement sur l’éducation, l’idée vise surtout à faire des économies en se débarrassant d’enseignants.

On pourra toujours affirmer que le gouvernement n’a pas reculé d’un iota sur la question de l’interdiction du cellulaire en classe à partir de novembre. Chiffres à l’appui, le ministère de l’Éducation a même rappelé que 97 % des sondés dans les différentes consultations étaient favorables aux « restrictions ». Ce n’est pas faux, mais là encore, il n’y aura pas grand changement, puisque beaucoup d’établissements refusent déjà les cellulaires dans les classes.

Sylvain St-Laurent

Le Vieux-Bob au temps de Bob

CHRONIQUE / Jean-François Plante m’avait prévenu. En tant que journaliste affecté à la couverture du hockey junior, au Droit, Jean-François a eu le bonheur d’établir un lien privilégié avec Bob Bissonnette. On peut même dire qu’ils étaient amis.

JF a donc fait partie des chanceux qui ont pu voir ROCKSTAR. Pis pas à peu près, le documentaire qui rend hommage à l’ancien hockeyeur devenu chanteur.

Chasse et pêche

Fiasco faunique à Grenville-sur-la-Rouge

CHRONIQUE / Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a annoncé des mesures draconiennes de dernière minute, le 30 août dernier : une chasse sportive pour une période de 58 jours consécutifs, dans un périmètre de 2200 km², à l’intérieur des zones de chasse 8, 9 et 10 Est.

Cette initiative de ratissage du cheptel de cerfs touche principalement les secteurs des Basses-Laurentides et l’Outaouais. De plus, le ministère permet l’utilisation de tous les types d’armes de chasse en tout temps à l’intérieur des secteurs visés. Pas surprenant que cette règlementation de chasse exceptionnelle, qui vise à contrer la propagation de la maladie débilitante chronique des cerfs, a soulevé toute une controverse dans les territoires visés.

Patrick Duquette

Il reste la peur du ciel gris

CHRONIQUE / Quelle est la probabilité qu’une tornade frappe, à un an d’intervalle, le même quartier, le même jour ? À peu près nulle. Et pourtant…

Et pourtant, en ce samedi 21 septembre, vers 17 h, bien des habitants du quartier Daniel-Johnson scruteront le ciel avec angoisse, à l’affût du moindre tourbillon suspect.

Patrick Duquette

Le coassement des grenouilles

CHRONIQUE / En lisant mon journal, jeudi matin, je ne donnais pas cher de la peau des rainettes qui coassent dans le secteur de la Cité à Gatineau. À supposer qu’il en reste quelques-unes !

Le maire et son administration, de même que le député provincial, se rangent derrière les promoteurs qui souhaitent développer les grands champs situés derrière la Maison de la culture. On voudrait y construire des milliers d’unités de logements et des commerces.

Chronique

Tenez bon, M. le ministre

CHRONIQUE / Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, dit vouloir resserrer la garde en milieu familial. Enfin, la Coalition avenir Québec (CAQ) se soucie de protéger les enfants, de leur fournir un service de garde éducatif et sécuritaire, plutôt que de défendre un «modèle d’affaires» comme elle le faisait dans l’opposition.

Dans un Québec qui se prétend «fou de ses enfants», il est nécessaire d’avoir un permis pour vendre de la crème glacée et pour garder des animaux, mais non pour «garder» six enfants de 0 à 5 ans à la maison.

Qui plus est, le Québec accorde des crédits d’impôt — des millions de dollars par année — aux parents qui optent pour des services de garde non régis pour lesquels le ministère de la Famille a bien peu d’exigences et dont il n’évalue pas la qualité. 

Les personnes qui offrent des services de garde non régis doivent fournir une attestation d’absence d’empêchement d’antécédents criminels, une attestation de réussite d’un cours de secourisme adapté à la petite enfance, une police d’assurance responsabilité, et le comble, elles doivent par écrit aviser les parents utilisateurs de leurs services qu’elles ne sont pas soumises à l’entièreté de la Loi sur les services de garde éducatifs à l’enfance.

Il y a longtemps que ce non-sens est dénoncé, notamment par le Parti québécois et sa députée Véronique Hivon. 

Le ministre Lacombe a manifesté mardi l’intention d’apporter les correctifs, car il juge qu’on a «un fichu problème de qualité et de sécurité» dans les services de garde en milieu familial qui ne sont pas régis par son ministère. 

Obligation dorénavant d’obtenir un permis pour garder des enfants à la maison et d’être rattaché à un bureau coordonnateur pour avoir accès à du soutien pédagogique? Il faudra voir évidemment quels changements administratifs et législatifs le ministre proposera d’ici le printemps pour juger du sérieux de sa volonté. 

Mais déjà, sa préoccupation et ses propos sont rassurants et tranchent avec les positions tenues par sa formation politique lorsqu’elle était dans l’opposition.

En 2017, le chef François Legault et la députée Geneviève Guilbault, alors porte-parole en matière de famille, se montraient plus préoccupés de la tarification des services de garde, du modèle d’affaires et de l’entrepreneuriat des garderies privées non subventionnées que de la qualité des services de garde éducatifs et de la formation du personnel qui veille au quotidien sur des milliers de tout-petits.

Depuis qu’ils ont pris les rênes, les caquistes se déploient sur plusieurs fronts pour améliorer le sort des enfants et assurer leur bon développement.

Le gouvernement veut que chaque enfant puisse exploiter son plein potentiel. Pour ce faire, il met en place un programme de dépistage précoce des troubles du développement, il veut implanter des maternelles 4 ans et non seulement dans les milieux défavorisés, il investit aussi pour créer davantage de places dans les centres de la petite enfance.

Il a également mis sur pied, après le décès d’une fillette de Granby, une Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse — présidée par Régine Laurent — pour éviter que des enfants échappent au système et soient maltraités, négligés au point d’en mourir.

Un gouvernement qui se porte à la défense des enfants et qui souhaite pour eux ce qu’il y a de mieux ne peut fermer les yeux sur la hausse du nombre de plaintes visant des garderies privées en milieu familial.

«Les services éducatifs à la petite enfance engendrent des effets positifs seulement s’ils sont de grande qualité, à commencer par les milieux où l’on retrouve les enfants les plus vulnérables en plus grand nombre. Il est question ici d’équité et d’égalité des chances. Nous sommes d’avis qu’une meilleure qualité sera atteinte si les exigences de formation sont rehaussées et si une évaluation de la qualité, couplée à un accompagnement pédagogique, est réalisée de façon soutenue», écrivait en février 2017 la Commission sur l’éducation à la petite enfance, présidée par André Lebon.

Ce dernier est maintenant vice-président de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse. 

La Presse rapportait en début de semaine que le ministère de la Famille avait retenu un millier de plaintes contre les services de garde non régis en 2018-2019. Il y aurait 15 fois plus de plaintes que dans les milieux de garde régis.

Ces derniers mois, les médias ont fait état de cas troublants. Une gardienne ivre, une autre qui a laissé ses petits clients sous la responsabilité d’un mineur. Ailleurs, trois enfants privés de surveillance. 

Québec évalue qu’il existe entre 3000 et 5000 services de garde non régie et qu’environ 19 000 enfants les fréquentent. 

En 2017, au moment où le ministre libéral de la Famille, Luc Fortin, pilotait son projet de loi 143 sur les services de garde éducatifs, certains groupes évaluaient plutôt leur nombre à 40 000. 

Ce sont beaucoup de jeunes qui passent sous le radar du ministère de la Famille. Espérons que Mathieu Lacombe jouisse d’un soutien indéfectible de la part du premier ministre et de ses collègues pour corriger la situation.

Joël Martel

Le meilleur tireur en ville

CHRONIQUE / Le chasseur tient son énorme fusil entre ses mains et il marche discrètement sur la pointe des pieds afin de ne pas se faire remarquer.

Il y a deux minutes, il a fait feu trois ou quatre fois dans le salon et là, il vient tout juste d’arriver dans la cuisine. Le chasseur s’en doute : il risque d’y avoir beaucoup de gibier.

Denis Gratton

Eh bien dansez maintenant!

CHRONIQUE / La Terre appelle les libéraux d’Orléans. Répondez.

Je n’arrive pas à comprendre ce qui se passait dans la tête des libéraux de la circonscription d’Orléans ces derniers mois. Les élections fédérales se tiendront le 21 octobre prochain, dans 32 jours. La campagne électorale a été officiellement lancée le 11 septembre dernier, il y a huit jours. Mais à Orléans, c’est aujourd’hui qu’aura lieu l’assemblée d’investiture libérale pour élire un candidat à ces élections du mois prochain. C’est ce qu’on appelle «dormir au gaz».

Chronique

Un «mystère Legault»?

CHRONIQUE / On connaissait déjà à peu près les positions des chefs des partis fédéraux avant même que François Legault leur adresse ses demandes «prioritaires». Ce qu’on ne sait toujours pas, c’est ce que lui ferait en cas d’échec avéré sur ce front politique.

Le premier ministre du Québec a placé la barre de ses attentes plus en haut qu’en bas. Pas à la même hauteur que ce que promettait le document Nouveau projet pour les nationalistes du Québec produit par la Coalition avenir Québec en 2015, mais pas mal plus haut que ce que peuvent ou veulent accorder les partis fédéraux.

Les fins de non-recevoir des chefs fédéraux portent soit sur l’ensemble des demandes présentées par M. Legault — c’est le cas pour Justin Trudeau —, soit sur plusieurs ou quelques-unes d’entre elles. C’est vrai pour ses exigences en immigration, en matière de signes religieux, en ce qui a trait à l’élargissement de la loi 101 aux entreprises sous juridiction fédérale, à la déclaration de revenus unique, à l’encadrement du pouvoir fédéral de dépenser ou au fait que le Québec doive avoir le dernier mot en matière d’évaluation environnementale.

Le succès de M. Legault dans l’opinion publique québécoise doit beaucoup à sa casquette de capitaine Québec qu’il s’est vissée sur la tête depuis son arrivée au pouvoir. Il n’allait pas et ne pouvait pas s’arrêter en si bon chemin.

Il sait qu’il ne perd jamais de points en jouant à fond la carte «nationaliste». Elle parvient même parfois à masquer ou à faire oublier d’autres décisions de son gouvernement. C’est gagnant-gagnant pour lui.

De Scheer à Trudeau

En présentant ses demandes, François Legault a insisté sur le fait que le Québec «forme une nation distincte et libre de faire ses choix», paraphrasant une phrase demeurée célèbre de Robert Bourassa — tout en ajoutant les mots suivants : «dans tous les domaines liés à son existence». Il a aussi tenu à dire aux chefs fédéraux que son gouvernement «est de bonne foi», qu’il «veut participer pleinement à la fédération canadienne»; mais qu’un «vrai partenariat, ça commence par le respect mutuel».

Pour l’heure, l’élection des conservateurs d’Andrew Scheer permettrait sans doute plus que celle de tout autre chef fédéral de tendre vers le concept de «nation distincte» qu’il promeut. Mais «tendre» ne veut pas dire «atteindre». Pensons seulement ici à l’oléoduc de M. Scheer. M. Legault demeurera évidemment opposé à un coup de force d’Ottawa.

La réélection de Justin Trudeau, elle, permettrait beaucoup moins de tendre vers le fédéralisme imaginé par M. Legault que l’élection d’un autre chef fédéral. Or, M. Trudeau, qui domine dans les intentions de vote au Québec, pourrait très bien former un deuxième gouvernement cet automne, d’après les enquêtes d’opinion.

Pas une option...

François Legault remporterait un très gros pari en pouvant dire un jour que le rapport de forces qu’il détient est parvenu à faire accepter par Ottawa et les autres provinces la nouvelle donne québécoise qu’il promeut. Peut-être en serait-il le premier surpris.

Mais pour l’heure, rien ne permet de croire qu’il remportera ce pari. Voilà pourquoi, au-delà des réponses qu’il a déjà reçues jusqu’ici, il manque quelque chose. Il manque la réponse à une question qui pourrait lui être adressée. Que ferait-il lui-même en cas d’échec sur ce vaste front?

Un responsable politique ne répond pas à des questions comme celle-là. Pour un premier ministre, l’échec ne doit pas être une option. C’est vrai.

François Legault fait même valoir qu’il a bon espoir d’être entendu à un moment ou l’autre. Or, l’échec est très possible sur ce terrain.

Puisque le premier ministre est très sensible à l’«opinion publique», ce n’est pas en fait, au fond, un «mystère Legault» qui existe. C’est un mystère quant à la suite des choses; quant à la situation politique qui pourrait naître dans quelques années en cas de refus répétés concernant des morceaux importants de la gouvernance autonomiste du gouvernement Legault.

Chronique

Le «système» transfère votre appel

CHRONIQUE / Peut-être ne devrais-je pas y voir une analogie, mais quand j’ai appelé lundi à la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse pour avoir des renseignements, le message a dit : «Veuillez patienter, le système transfère votre appel.»

J’ai été transférée.

Ça a sonné, sonné, sonné, aucune réponse, même pas de répondeur, même pas le classique «votre appel est important pour nous».

Voilà.

Éric Gordon aussi a composé le 1 833 990-2443, option #2, il en a long à raconter sur la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Retiré de sa famille à sa demande à huit ans, il est passé par 37 familles d’accueil, un foyer de groupe et un centre jeunesse, avant qu’on le laisse aller à 18 ans «avec deux sacs à poubelle sur le bord du chemin».

Il avait appelé vendredi, il avait réussi à parler à quelqu’un qui lui avait dit qu’on le rappellerait dans la journée.

On ne l’a pas rappelé. 

Il s’est remis sur le téléphone lundi, s’est buté au téléphone qui sonne.

Éric a aussi envoyé un courriel à votrehistoire@csdepj.gouv.qc.ca, il a reçu un accusé de non-réception en anglais de Mail delivery subsystem lui disant que le service était unavalaible et que l’adresse avait une permanent fatal error, une erreur permanente fatale.

Il a aussi essayé à info@csdepj.gouv.qc.ca, même chose.

Il est impatient de raconter ce qu’il a vécu, comme il me l’avait raconté en juillet dernier. «Je me suis senti comme un enfant payant, je me sentais monnayé comme être humain. Ça marque. […] J’aimerais leur dire [à la commission] comment on se sent comme enfant dans le système, on sent que les rôles sont campés, qu’on ne nous écoute pas.»

Il s’est senti transféré comme un appel.

Au suivant.

Hier encore, il s’est buté au courriel qui ne fonctionne pas, il a finalement réussi à parler à quelqu’un au téléphone, mais n’est pas beaucoup plus avancé. «Il y a eu une réponse, mais la réceptionniste ne savait pas trop quoi répondre, pour finir par me dire : “Monsieur, on va vous rappeler.”»

Rebelote.

Il va réessayer jusqu’à ce que ça fonctionne, mais il craint que des témoignages soient perdus. «J’imagine qu’un jour ça va fonctionner, mais s’il y a des jeunes qui se frappent le nez et que ça ne marche pas, ils vont juste passer à autre chose et ils ne pourront pas donner leur avis.»

J’ai eu plus de succès avec les relations de presse, j’ai pu discuter avec la porte-parole Sylvie Charbonneau, lui signaler que des personnes essayaient de joindre la commission par courriel et au téléphone, en vain. «Je vais vérifier ça, c’est supposé fonctionner, merci de me le dire.»

De rien.

J’en ai profité pour poser des questions sur la suite des choses, entre autres sur les audiences qui commenceront au lendemain des élections, littéralement, le 22 octobre. Le calendrier publié sur le site Internet de la commission prévoit pour le moment des rencontres à Mont­réal, à Sept-Îles et à Québec, Mme Charbonneau précise que d’autres régions seront visitées en 2020.

Pas toutes, on ne sait pas encore lesquelles.

Jusqu’ici, 11 journées d’audiences sont prévues, plus quatre avant-midi. «Dans une journée, on prévoit entendre de quatre à six individus ou groupes, ce sera public ou à huis clos selon leur choix. D’ici décembre, il y en a entre 60 et 70 qui devraient être entendus», plus d’individus que de groupes.

La liste sera publiée sous peu.

L’autre tribune, ce sont les forums citoyens qui seront ouverts au public, on en prévoit au moins un par région. «On va réunir les gens en cellules, il y aura un animateur et, à partir de questions, on va faire discuter les gens. Il y aura des rapports qui seront faits, ils seront déposés en preuves à la commission.»

Les forums se mettront en branle dès janvier, le calendrier devrait être bientôt rendu public. «Les gens devront s’inscrire à l’avance, on vise environ une cinquantaine de places pour chaque forum. S’il le faut, on fera plusieurs groupes.»

Mon petit doigt me dit qu’ils seront courus.

La présidente de la commission, Régine Laurent, a lancé les travaux officiellement la semaine dernière, mais plusieurs avaient pris les devants. «On a publicisé comment nous contacter la semaine dernière, mais le site est opérationnel depuis juillet et plusieurs personnes nous ont déjà fait parvenir leur témoignage.»

Combien? 

«Dans les centaines.»

Donc, sans aucune publicité, pendant l’été, des centaines de personnes ont pris le temps d’écrire aux commissaires pour leur raconter ce qu’ils ont vécu. Il y aura du bon, du moins bon, du révoltant, les commissaires devront faire le tri dans tout ça, mettre le doigt sur ce qui va et sur ce qui ne va pas.

Ils sont nombreux, comme Éric, à attendre d’être entendus. 

Espérons qu’ils soient écoutés.

Télé et radio

Anxiété généralisée

CHRONIQUE / De quoi souffre-t-on le plus sur la planète? Pas de cancer ou de maladie cardiaque, mais d’anxiété. Et ça ne fait qu’augmenter, particulièrement chez les enfants et les adolescents. Télé-Québec y consacre une partie de sa programmation mercredi soir, avec comme pièce de résistance le documentaire «Génération d’anxieux», porté par Claire Lamarche, réalisé par Stéphanie Couillard et diffusé à 20h. Un deuxième documentaire, «Prisonniers de l’anxiété», est consacré aux adultes, mercredi prochain à la même heure.

Pourquoi est-on aussi anxieux? Les spécialistes ciblent notamment notre «hyper connectivité» aux téléphones et aux réseaux sociaux, notre obsession de la sécurité et le fait de protéger nos enfants à l’excès. Un parent qui est anxieux peut transmettre son anxiété à son enfant.

Ce qui frappe dans ce documentaire, c’est de voir la maturité de ces enfants qui vivent avec l’anxiété. Peut-être justement parce que cet état leur a volé une partie de leur enfance et les a fait grandir trop vite. Parce qu’ils connaissent parfaitement leur situation, sont capables de l’expliquer. Ce sont souvent des premiers de classe, très conscients de la réalité. Surtout pas des enfants qui inventent leur malheur, comme on a pu le croire par le passé. «T’es pas souffrant, c’est juste que t’as pas de volonté», cite une mère, qui a trop souvent dû vivre avec cette forme d’indifférence. L’humain est dur parfois.

À l’école, on nous apprend le théorème de Pythagore, mais «on ne nous apprend pas comment gérer nos émotions», dira une adolescente, de qui bien des nuits blanches auraient pu être sauvées si on lui avait fourni les bons outils. Étonnamment, les jeunes ont moins de rapports sexuels que les générations précédentes, et la solitude est l’une des principales causes de leur anxiété. Les intervenants chez Tel-jeunes reçoivent des appels d’enfants aussi jeunes que six ou sept ans, déjà capables d’identifier leur problème. C’est inquiétant.

L’anxiété chez l’enfant prend toutes sortes de formes. Antoine a peur la nuit. Pas du noir, mais d’une personne. Une personne dont il a tellement peur qu’il ne veut pas la nommer. Comme Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom dans Harry Potter. Sa solution : faire semblant d’être mort. «Tu veux que je t’explique une de mes peurs?» demande le garçon à son père, avant d’avouer : «[J’ai peur] du vide.» Kylianne, elle, est si anxieuse avant une évaluation à l’école qu’elle se cache sous un bureau et se mord le bras.  Au point que ça va rester une semaine», dit-elle de sa morsure. Les deux fréquentent l’Atelier Les gardiens du trésor à l’école primaire Sauvé, à Deux-Montagnes.

On a beaucoup à apprendre de Génération d’anxieux. Intéressant mais bourré d’entrevues avec des spécialistes, le documentaire est par moments aride et même didactique, beaucoup plus que les précédentes séries de Mme Lamarche, dont Soins intensifs et TDAH mon amour. Mais ce que j’aime de tout ça, c’est qu’on en parle, que la détresse de ces enfants et de leurs parents est nommée, expliquée. On sent aussi Claire Lamarche toujours aussi humaine, rassurante.

Dès 19h30, Format familial se consacre entièrement à l’anxiété chez les jeunes, avec la psychologue Florence Marcil-Denault et la comédienne Sandrine Bisson, elle-même anxieuse, qui montre du doigt la surprotection des enfants. Puis, à 21h aux Francs-tireurs, une table ronde sur l’anxiété des adolescents réunit la Dre Christiane Laberge, la sexologue Julie Pelletier et le neuropsychologue Benoit Hammerenger. Le second documentaire, Prisonniers de l’anxiété, mercredi prochain à 20h, souligne qu’on ne donne pas assez congé à notre tête, et se demande s’il est possible de guérir de l’anxiété.

Denis Gratton

Le train léger: wow!

CHRONIQUE / J’étais âgé dans la jeune vingtaine lorsque OC Transpo a inauguré ses premiers autobus articulés, ou les autobus accordéon comme on les appelle. J’étais émerveillé.

En 1983, on terminait la construction du Transitway à Ottawa, l’équivalent du Rapibus de Gatineau. Encore une fois, j’étais impressionné.

Patrick Duquette

Equifax: erreur sur la personne

CHRONIQUE / Deux dames de Gatineau aux noms presque identiques, Joanne Bertrand et Johanne Bertrand, ont vécu une mésaventure pour le moins inusitée. La firme Equifax a confondu leurs dossiers de crédit et transmis à l’une des informations confidentielles destinées à l’autre.

Troublant, vous dites? Surtout quand on sait qu’Equifax est cette même firme appelée à la rescousse l’été dernier, afin de mieux protéger les dossiers de crédit des millions de membres du Mouvement Desjardins touchés par une fuite de données personnelles.

Télé et radio

En direct de... tant de beauté

CHRONIQUE / On connaissait le savoir-faire et l’efficacité de l’équipe d’«En direct de l’univers». Mais samedi, on a eu la preuve la plus spectaculaire de sa débrouillardise et de sa capacité à se réorienter en un temps record. À peine cinq jours après l’annulation de Patrick Bruel, on a kidnappé Normand Brathwaite pour lui proposer un spectacle qui n’avait rien d’improvisé. Pour vrai, j’étais sans mots au générique.

Parce qu’aucun détail dans cette heure ne laissait entrevoir l’état de nervosité qui a dû habiter l’équipe de France Beaudoin depuis moins d’une semaine. Celle-ci s’en est plutôt servi comme levier pour offrir le meilleur spectacle possible. «Qui a le droit?» a fredonné à la blague Normand Brathwaite, quand l’animatrice est allée le réveiller à sa résidence de Saint-Paul-d’Abbotsford. On a eu droit à de grands moments, comme Claude Dubois, venu reprendre l’une de ses plus belles, J’ai souvenir encore, malgré la maladie. Et l’arrivée surprise de la divine Sarah Slean, devant qui l’invité a échappé : «m’as mourir, câlisse!» Voir Normand incrédule d’entendre son fils Édouard — «tu chantes?» le voyait-on articuler — faisait partie des moments uniques de cette émission. Et pour nous «achever», Richard Séguin est apparu devant un immense chœur pour clore l’émission avec Chanson pour durer toujours, plus belle chanson d’amour de tous les temps selon Brathwaite. Comment ne pas verser une larme devant tant de beauté?

L’absence de Patrick Bruel a bien entendu attiré la curiosité; 926 000 téléspectateurs étaient au rendez-vous, samedi sur ICI Télé. Pas un record, mais presque — seules la spéciale de Céline Dion et les émissions pour Luc Dionne, Guy A. Lepage et L’auberge du chien noir ont fait mieux. À Télé-Québec, la première de Cette année-là a rallié 123 000 fidèles et la spéciale Festival de montgolfières de Gatineau reçoit Belle et Bum, 113 000. Vendredi, la première de Faites-moi rire! avec Pénélope McQuade a retenu 364 000 téléspectateurs sur ICI Télé, contre 542 000 pour Du talent à revendre : le championnat mondial à TVA.

VÉRO DE RETOUR AUX GÉMEAUX

Animé par Véronique Cloutier, le Gala des Prix Gémeaux a fait un bond spectaculaire dans les sondages, attirant dimanche 1539 000 téléspectateurs, contre 1291 000 l’année dernière. En trois ans, la soirée a gagné 500 000 téléspectateurs sur ICI Télé. Pas étonnant que le diffuseur ait déjà annoncé que Véronique Cloutier sera de retour à l’animation l’année prochaine. L’avant-gala a aussi connu une bonne augmentation, retenant 1017 000 curieux, comparativement à 796 000 l’an dernier. Quant à L’après-gala, il a quant à lui attiré 164 000 couche-tard. À TVA, l’émission spéciale Au cœur de Révolution : la saison 1 a été vue par 666 000 téléspectateurs.

Sylvain St-Laurent

Pareil, mais différent

CHRONIQUE / Heureusement, la menace d’un nouveau conflit de travail paralysant les activités de la Ligue nationale de hockey aura duré quelques heures, à peine.

L’Association des joueurs a vraiment pris la bonne décision, en optant pour la paix et la stabilité jusqu’en 2022.

Chronique

La place de Legault n’est pas dans la rue

CHRONIQUE / La place du premier ministre du Québec n’est pas dans la rue. François Legault n’a pas à participer à la grande mobilisation du 27 septembre aux côtés de la militante écologiste Greta Thunberg, comme le réclame Québec solidaire. Lui et son gouvernement ne doivent pas être dans la représentation, mais dans l’action — dans une véritable et forte action.

C’est tellement vrai que, dans un autre contexte, l’annonce de sa présence aurait été vue par plusieurs comme une façon pour lui de chercher à récupérer à son profit la cause de l’urgence climatique. Si M. Legault avait annoncé qu’il prendrait part à cette grande marche avant que la solidaire Manon Massé le somme d’y être, celle-ci n’aurait d’ailleurs pas été la dernière à l’accuser de vouloir se faire du «capital politique».

Ne soyons pas naïfs : s’il y allait, ce serait dans l’espoir de servir ses propres intérêts politiques. 

Or, ce qui est essentiel pour nous tous, que l’on soit d’ici ou d’ailleurs, c’est l’instauration de politiques et de mesures vigoureuses de lutte contre les changements climatiques.

De l’action

Ce que l’on attend du premier ministre du Québec, comme des autres chefs de gouvernement et leaders du monde, ce sont des lois et de vraies mesures de lutte.

Il est là le boulot de M. Legault, ainsi que celui de son gouvernement — si l’on s’en tient au Québec. C’est là-dessus qu’ils doivent œuvrer. C’est là-dessus qu’ils devront être jugés. Pas sur le fait que le premier ministre québécois marchera ou pas dans la rue le 27 septembre.

On n’attend pas des postures de sa part. On n’attend pas de la communication. On n’attend pas une belle image un vendredi de septembre. On attend de l’action.

Dans l’évaluation qui devra être faite des politiques du gouvernement Legault pour répondre à l’urgence climatique, mentionnons entre autres la réforme du Fonds vert, le plan de gestion des matières résiduelles que son ministre Benoit Charette présentera d’ici la fin de l’année, ainsi que le plan de lutte contre les changements climatiques, qui sera dévoilé au début de l’année prochaine. Pour réellement viser une réduction de 37,5 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, ce plan devra nécessairement être costaud.

Secondaire

La suspension de tous les travaux parlementaires le 27 septembre est une question secondaire. Car l’Assemblée nationale n’aurait pas perdu grand-chose en accédant à cette demande de Québec solidaire, puisqu’il y a très peu d’activités parlementaires le vendredi — et qu’aucune n’est encore programmée pour cette journée.

Cela dit, en ne les suspendant pas, on ne clouera pas beaucoup d’élus sur place, puisque très peu d’entre eux seront retenus par l’activité ou les activités qui pourraient être programmées d’ici là. Le vendredi est une journée beaucoup plus tranquille que d’autres au Parlement québécois. La très grande majorité des élus sont dans leur circonscription ce jour-là, même lors des semaines où ils siègent.

Pour ce qui est des manifestations du 27 à proprement parler, la présence du ministre québécois de l’Environnement, d’autres ministres et de députés suffira largement pour la représentation gouvernementale québécoise. Plus que cela, c’est-à-dire en présence du premier ministre Legault lui-même, on glisserait dans une manœuvre politicienne.

Opinions

Innover avec l’écologie

CHRONIQUE / L’écologie industrielle est un mode de pensée inspiré du développement durable. Dans les écosystèmes, les éléments sont recyclés localement alors que l’énergie et les matériaux sont consommés par les relations alimentaires entre les organismes vivants qui se partagent l’espace.

Par analogie, un parc d’entreprises qui sont situées à proximité les unes des autres et qui coopèrent dans la transformation d’une même ressource pour en tirer plus de produits et de services font partie d’un même écosystème industriel. 

On pourrait aller loin. En Islande, par exemple, où le volcanisme permet de capter de l’eau souterraine très chaude, une centrale géothermique qui produirait de l’électricité et de l’eau chaude pourrait alimenter un parc d’entreprises comprenant un complexe de serres, une pisciculture, une conserverie et créer ainsi un pôle bioalimentaire qui utilise l’énergie et les matériaux en s’alimentant les unes les autres et en recyclant sur place un maximum de matériel. Plus près de nous, on peut citer l’exemple de la scierie de La Doré qui valorise la totalité des grumes de bois en alimentant d’autres entreprises de la région.

Chronique

Surplus budgétaires: ni aux syndicats ni à la CAQ

CHRONIQUE / Remplir des engagements électoraux paraît plus important pour le gouvernement Legault que de s’assurer que les conditions de travail des employés du secteur de la santé, de l’éducation et de la fonction publique sont à la hauteur et permettent à l’État de tirer son épingle du jeu dans un contexte de rareté de main-d’œuvre. Un choix discutable.

Non, les surplus budgétaires du Québec n’appartiennent pas aux syndicats et aux groupes de pression. 

Mais, ils n’appartiennent pas non plus aux caquistes pour leur permettre de dire à la fin de leur mandat qu’ils ont livré toutes les promesses qu’ils ont formulées lors de la campagne électorale de 2018.

Les intérêts partisans de la Coalition avenir Québec (CAQ) ne doivent pas faire perdre de vue aux députés l’intérêt public et le bien commun. 

Le premier ministre François Legault a déjà avisé les employés du secteur public et les syndicats les représentant qu’ils devaient limiter leur appétit dans le cadre du prochain renouvellement des conventions collectives. Ils devront se contenter de hausses salariales limitées au taux d’inflation. 

M. Legault prévoit des exceptions pour les préposés aux bénéficiaires et pour les enseignants en début de carrière.

C’est de bonne guerre une telle mise en garde. Les organisations syndicales préparent leur cahier de revendications et les négociations débuteront au cours des prochains mois. Québec tente de guider l’opinion publique et d’avoir la population de son bord si un affrontement survient lors des discussions.

Les propos de M. Legault font cependant sourciller lorsqu’il explique que malgré les importants surplus budgétaires (4,4 milliards $ l’an dernier), il n’a pas de marge de manœuvre une fois qu’il a rempli des engagements électoraux plus coûteux que prévu (et mal évalué), comme de baisser la taxe scolaire, d’augmenter les allocations familiales, de mettre fin à la modulation des tarifs de services de garde et d’implanter des maternelles 4 ans sur tout le territoire.

Le gouvernement Legault ne voit aucun problème à retourner de l’argent dans les poches de contribuables riches et bien nantis, notamment par des baisses de taxes scolaires. Il vit bien également avec un coûteux dédoublement de services pour les enfants de 4 ans. 

Mais, il se soucie peu de bonifier et d’améliorer les conditions de travail — non seulement les salaires — des employés de l’État pour s’assurer d’avoir une main-d’oeuvre compétente et stable pour donner des services aux Québécois dans les établissements de santé et de services sociaux, les écoles, les cégeps, les ministères et les organismes publics. 

Comme si le défi d’attractivité et de rétention de la main-d’œuvre s’arrêtait aux dirigeants de sociétés d’État et ne concernait pas aussi des salariés syndiqués.

Pourtant, comme employeur, le gouvernement ne doit pas devenir un club-école où les municipalités, l’administration fédérale et les entreprises privées viennent recruter les employés expérimentés dont elles ont grandement besoin.

Comme employeur, le gouvernement ne peut non plus être indifférent aux importants coûts reliés à l’assurance salaire et aux congés de maladie de longue durée. Le ratio d’heures en assurance salaire a augmenté de 18 % en 2017-2018 par rapport à 2015-2016 dans le secteur de la santé. Une facture supplémentaire de 555 millions $ pour l’État mais qui ne se traduit pas par plus de services pour les Québécois. 

On peut également se demander comment les caquistes feront pour stabiliser les équipes de professionnels travaillant à la protection de la jeunesse s’ils ne rendent pas la charge et les conditions de travail de ces derniers plus attrayantes. 

En novembre dernier, l’Institut de la statistique du Québec a relevé que le salaire des employés de l’administration québécoise était inférieur de 13,7 % à celui des autres salariés québécois, et de 10,6 % à celui des salariés du secteur privé œuvrant dans des entreprises de 200 employés et plus. 

Certes, l’écart rétrécit ou disparaît lorsque l’Institut considère la rémunération globale par heure travaillée (salaire, avantages sociaux et heures de présence au travail). L’écart s’avère de 6,6 % par rapport à l’ensemble des autres salariés , et une parité est observée avec le secteur privé. 

Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, dans un contexte où les millénariaux n’ont pas les mêmes attentes et le même rapport au travail que les générations précédentes, le gouvernement devrait faire preuve de plus de doigté et de vision lors des prochaines négociations avec les syndicats d’employés. 

Il peut difficilement se limiter à améliorer les conditions de travail des préposés aux bénéficiaires et de hausser les salaires des enseignants qui entrent dans la profession. 

Dans le cas de ces derniers, Statistique Canada indiquait en 2017 que les enseignants du Québec étaient les moins bien payés au Canada en début de carrière, mais aussi les moins bien payés après 10 ans de pratique et au maximum de l’échelon. 

Des difficultés de recrutement et de rétention n’existent pas uniquement non plus pour les préposés aux bénéficiaires. Informaticien, ingénieur et comptable trouvent souvent plus avantageux de travailler dans le secteur privé que dans le secteur public.

Rappelons que la perte d’expertise dans le secteur public peut s’avérer coûteuse pour le gouvernement et les contribuables. La commission Charbonneau sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction a très bien exposé les dangers qui guettent un ministère des Transports lorsqu’il perd ses ingénieurs d’expérience au profit du privé.

M. Legault a également indiqué la semaine dernière qu’il était favorable à des «augmentations différenciées» selon les catégories d’emploi et qui tiennent compte notamment de la réalité du marché du travail.

Pour qu’une telle approche soit appliquée, encore faut-il qu’elle soit transparente et basée sur des faits et des indicateurs fiables. Il faut également que les syndicats soient partie prenante. Sinon, l’exercice risque d’être arbitraire et encore là, de répondre davantage à des intérêts partisans qu’à l’intérêt public.

Chroniques

Facebook passe la gratte

CHRONIQUE / Les grands stratèges politiques utilisent à outrance les médias sociaux afin de cibler avec précision les électeurs. Ils peuvent ainsi nous proposer des publicités adaptées en temps réel, selon nos préférences et convictions. Ce qui est dévastateur dans cette tactique, c’est la façon insidieuse d’utiliser les demi-vérités, voire le mensonge, afin d’alimenter la haine qui deviendra par la suite le carburant de l’électeur pour se rendre aux urnes le jour du vote.

De nombreux organismes tiers possédant des moyens financiers énormes s’immiscent dans la campagne. À l’aide de messages provocateurs souvent ponctués de vidéos ou d’images, ils tentent de séduire un auditoire soigneusement ciblé dont le profil correspond à certains critères très précis. En sachant systématiquement que le message en question est ingurgité sans broncher et surtout sans vérification par les heureux ciblés, ils s’assurent d’un effet viral dudit message, car les ciblés ont également le partage facile.

Chronique

Nouveau mode de scrutin: un référendum pour sauver la face

CHRONIQUE / Il est compréhensible que le gouvernement Legault songe à soumettre à un référendum son projet de scrutin proportionnel. Et qu’il envisage que cette consultation se déroule en même temps que les prochaines élections, en 2022. Mais tout n’est pas compréhensible dans cette histoire.

Compréhensible, d’abord, parce qu’il s’agit de notre mode de scrutin après tout. Ce n’est pas rien. Il est à la base de tout le reste. Passer par une consultation référendaire peut donc parfaitement se justifier.

Compréhensible aussi, parce que là où l’on a débattu de cette question dans le reste du Canada, c’est par référendum qu’elle a été tranchée. En sa défaveur, certes, mais il n’empêche qu’elle a été soumise à l’appréciation des électeurs.

Compréhensible, enfin, car, c’est toujours au nom d’un idéal démocratique que l’on promeut un mode de scrutin proportionnel. Il est donc normal de pousser la logique jusqu’au bout en demandant aux citoyens s’ils sont pour ou contre.

Mais ce qui est totalement incompréhensible est que le gouvernement Legault joue avec ses engagements — sur un élément fondamental, qui plus est.

Jouer

Pas plus tard que le 16 mai, dans un communiqué de presse signé par la ministre Sonia LeBel, on pouvait lire ceci : «Le gouvernement ayant signifié sa volonté de tenir les prochaines élections en vertu du nouveau mode de scrutin, le DGE [le Directeur général des élections] a envisagé divers scénarios pour accélérer le processus...»

«Le gouvernement ayant signifié sa volonté de tenir les prochaines élections en vertu du nouveau mode de scrutin...» C’était encore très clair il y a quelques mois à peine, non?

Voilà pourquoi il est totalement incompréhensible que le gouvernement Legault joue ainsi avec ses engagements.

Non, en fait, cela se comprend. C’est malheureusement bien trop compréhensible.

Une découverte?

Je l’ai écrit au printemps et je le redis cette fois encore en passant par un questionnement. Il faudrait passer par un référendum parce que de nombreux membres du gouvernement n’y voient plus leur propre intérêt? Parce que la Coalition avenir Québec (CAQ) aurait plus de difficulté à retrouver une majorité parlementaire?

Je le rappelle aussi : les avantages d’un mode de «scrutin proportionnel mixte», comme celui envisagé, sont connus depuis longtemps. Ses désavantages le sont aussi. Aucun caquiste ne peut réellement les découvrir, à moins de ne pas s’être intéressé à la vie politique québécoise depuis une quarantaine d’années.

En soi, il est parfaitement légitime d’estimer qu’un tel changement devrait être tranché par référendum. Le problème n’est pas là. Le problème est que ce n’est pas ce qu’a proposé la CAQ.

Estimant que le Québec souffrait d’un «déficit démocratique», elle a au contraire soutenu que l’appui à ce projet par trois partis sur quatre à l’Assemblée nationale était suffisant pour aller de l’avant sans référendum.

C’est en toute connaissance de cause que les élus de la Coalition avenir Québec se sont engagés dans cette voie. 

Dans ce dossier, la CAQ, qui a pourtant fait de la lutte contre le «cynisme» son pain et son beurre, nous rappelle que ce qui est vrai dans l’opposition ne l’est pas nécessairement une fois au pouvoir. Tout ça est malheureusement tellement compréhensible.

Chronique

On répare, puis on brise

CHRONIQUE / Johanne Gagnon était contente, son fils Frédéric allait «super bien» dans sa nouvelle résidence, il ne faisait presque plus de crises, n’avait plus besoin de médicaments pour le calmer.

Et qu’est-ce qu’on a fait?

On l’a changé de place.

La maison de Frédéric était une Résidence d’accompagnement continu (RAC) à Saint-Georges de Beauce, il y est resté d’octobre 2018 à juillet dernier. «Le psychiatre disait qu’il ne fallait pas le changer de place, nous aussi on leur disait aussi qu’il fallait le laisser là. Mais ils nous ont dit : “Il va bien, on a besoin de la place, on va réessayer de le placer dans une ressource familiale.”»

C’est de là qu’il arrivait, ça ne marchait pas. 

On lui avait donc trouvé une place en RAC. Mais les RAC, dans notre système, sont des ressources temporaires où les personnes sont prises en charge le temps qu’elles se portent mieux.

Et quand elles vont mieux, on les envoie ailleurs.

Frédéric, 22 ans, est une pièce d’homme. Autiste non verbal, il a toujours fait des crises, que ses parents ont toujours réussi à contrôler. Jusqu’à ce que l’épilepsie vienne jouer les trouble-fête, le 25 décembre 2017 — Joyeux Noël —, la veille de ses 21 ans. «Depuis qu’il y a de l’épilepsie, son caractère a changé. Avant, c’était de l’automutilation, il pouvait briser des murs, une télé, mais maintenant, il attaque, il nous attaque pour nous faire mal.»

Sans aucun signe précurseur.

Une bombe.

Il vivait dans une ressource familiale, mais à cause de la violence des crises, les choses ont dégénéré. «On nous disait que ça allait bien, mais quand il est sorti de là, on a su que lorsqu’il était en crise, les personnes s’enfermaient dans la salle de bain. La résidence a changé de propriétaire, la nouvelle a levé le flag, c’était un cas trop lourd.»

Après, Frédéric est allé un mois en psychiatrie.

Après, on l’a retourné là.

Après, il est retourné en psychiatrie.

«Après ça, la propriétaire a dit qu’elle ne le reprendrait pas, ce n’était pas une place pour lui, elle a dit qu’il fallait qu’il aille dans une RAC. Ils ont réussi à trouver une place à Saint-Georges, c’est un milieu adapté pour lui, avec une salle d’isolement, avec du personnel qui est présent.»

En juillet, après 10 mois, on l’a retourné dans une ressource familiale. 

Parce que tout allait bien.

Arriva ce que Johanne craignait. «Ça n’a pas été long qu’il a fait des crises, les gens ne voulaient plus le garder, ils disaient : “On a bien trop peur.” Dès le début, ils n’étaient pas certains, ils avaient demandé de garder sa place à la RAC pendant un mois, ils voulaient juste des cas calmes…»

Mais la place de Frédéric était déjà prise. «On voit que c’est du patchage, on fait juste éteindre des feux.»

On a parlé à Johanne des RIS, pour Ressource intermédiaire spécialisée, un type de résidence avec un plus grand encadrement, qui pourrait être mieux adaptée pour son grand garçon. Un seul hic, il n’y a pas de RIS sur la Rive-Sud. «On a rencontré deux jeunes gestionnaires très allumées, elles nous ont expliqué qu’on n’avait pas besoin de nouvelles infrastructures, qu’il y avait assez d’endroits qu’on pourrait convertir en RIS.»

Et? «Il n’y a rien qui se passe.»

Au CISSS de Chaudière-Appalaches, on confirme qu’il n’y a pas de RIS, mais on indique que l’intention y est. «Nous n’avons pas de RIS actuellement, mais nous sommes en appel d’offres afin d’en développer une.» Il y a quatre RAC qui offrent 36 places pour l’ensemble du territoire.

Sur la Rive-Nord, il y a 21 RAC et 12 RIS, 207 places.

Le temps pressait pour Frédéric, les gens qui l’hébergeaient étaient au bout du rouleau. «Ils avaient trouvé une place à Montmagny pour mardi dernier [3 septembre], mais le jeudi avant, Frédéric a fait une crise et les gens ont appelé l’ambulance, qui l’a conduit à l’urgence en psychiatrie.»

Je passe sur le fait que la propriétaire a fait une «session d’énergies» avec Frédéric, qu’elle a «entendu une voix qui lui disait qu’il avait choisi de se réincarner dans ce corps-là, qu’il n’aimait pas les carottes parce qu’il ne s’était pas enraciné dans sa réincarnation, parce que nous ne l’acceptions pas».

Un peu de culpabilité avec ça?

Le mardi, Frédéric a emménagé dans un nouvel endroit, un autre. «Ce sont des chambres de dépannage, il y en a deux, au sous-sol. Et à l’étage, ce sont des résidents qui ont une déficience physique. Il a pris la place d’un autre jeune qu’on a envoyé dans une ressource familiale, en espérant que ça se passe bien pour lui…»

C’est la chaise musicale.

Et dire qu’on a mis tant d’efforts avant que Frédéric ne souffle ses 21 bougies, il a fréquenté une école, dans une classe spéciale avec d’autres autistes comme lui, avec une prof formidable et dévouée qui a travaillé fort pour le faire progresser. Il ne disait que ketchup elle lui a montré à dire aider, quand il a besoin de quelque chose.

C’est énorme.

Maintenant, on le pitche à droite et à gauche comme une patate chaude dont personne ne veut. «Les psychiatres nous disent qu’ils ne savent pas trop quoi faire avec. S’il pouvait parler, je suis sûre qu’il nous dirait que ce n’est pas facile pour lui. Il a besoin de stabilité, de routine.»

Johanne a saisi le Commissaire aux plaintes du dossier. «Le problème, ce ne sont pas les individus, les gens sont pleins de bonnes intentions, ils font leur possible. Mais le système ne marche pas, il y a une perte de contrôle. On ne répond pas aux besoins de ces gens-là, il y a un risque de sécurité pour lui et pour les autres.»

Elle espère que le pire n’arrivera pas.

«Des cas comme Frédéric, il va y en avoir de plus en plus. Les professeurs nous le disent, les cas sont de plus en plus lourds. On va avoir un gros problème si on ne s’occupe pas sérieusement de ces personnes-là. Dans le milieu où Frédéric était, ça arrivait qu’il y avait de jeunes enfants. S’il était arrivé quelque chose, une catastrophe, Frédéric se serait retrouvé en milieu carcéral…»

Et dire que ça allait si bien jusqu’en juillet.

Affaires

Hameçonnage et vente à pression: pratiques d’un autre âge, dit le tribunal

CHRONIQUE / Fidèle à l’approche souventes fois utilisée par les promoteurs de vacances à temps partagé ou time-sharing, celui qui est impliqué dans la cause dont il est question ici avait distribué à l’occasion d’événements comme un salon ou un festival, des coupons de participation à un tirage. Un participant pouvait le remplir dans l’espoir de gagner un bon - d’une valeur de 1500 $ dans le cas présent - pour de l’hébergement dans un site touristique.

Lorsque le nom d’un participant était sélectionné par le promoteur, l’heureux gagnant pouvait aller recueillir son prix sous réserve de participer, avec son conjoint ou sa conjointe, à une présentation obligatoire d’une durée prévue d’environ une heure. Dans les faits communs aux quatre dossiers, souligne la juge qui a présidé l’audience, cette présentation dure beaucoup plus longtemps, habituellement de trois à quatre heures.

Sébastien Pierroz

Le bilinguisme mérite mieux

CHRONIQUE / La semaine dernière, il n’y en avait décidément que pour le déclenchement des élections fédérales.

Depuis mercredi, les publications sur Justin Trudeau et les autres chefs des partis inondent les médias sociaux. Ce qui fait passer au second plan d’autres nouvelles. À commencer par la nomination d’une lieutenante-gouverneure unilingue anglophone au Nouveau-Brunswick.

Patrick Duquette

Prêter ses jambes à son amie

CHRONIQUE / L’amitié est parfois le point de départ de bien belles choses.

Au départ, tout ce que voulait Sonia Béland, c’était partager son plaisir de courir avec sa meilleure amie Karine Dupuis, paraplégique depuis l’âge de 18 ans. Une idée qui a finalement mené à la création des Courses partagées de Gatineau. Mais n’allons pas trop vite !

Denis Gratton

La petite histoire d’un « carré »

CHRONIQUE / Il y a ce petit lopin de terre abandonné en plein cœur du quartier Vanier. Abandonné depuis des décennies.

Je ne sais trop pourquoi ce terrain est resté vide toutes ces années. Il est pourtant bien situé pour tout commerçant qui voudrait y faire des affaires. Il se trouve sur le chemin de Montréal, à l’angle de la rue Dupuis, voisin de la pharmacie Jean-Coutu, d’une succursale de la LCBO et de l’ancien hôtel de ville de Vanier converti depuis en de luxueux condominiums. Une place de choix, quoi.

Patrick Duquette

Dans les méandres d’un centre de tri [VIDÉO]

CHRONIQUE / Le centre de tri Tricentris ouvre ses portes au grand public ce samedi à Gatineau. J’ai eu droit à une visite en avant-première cette semaine. Ce qui m’a le plus impressionné ? Le tas. Le gros tas de déchets recyclables à l’entrée de l’usine.

C’est fou ce qu’on en consomme des pots de margarine, des sacs en plastique, des bouteilles de détergents, des bouteilles de vin, des rebuts métalliques, des circulaires en papier, des boîtes de carton. Trop ? Sans aucun doute, oui.

Patrick Duquette

Une idée à pousser plus loin

CHRONIQUE / La Ville de Gatineau a inauguré lundi son tout premier « parcours d’exercices » en plein air au parc Lavictoire. Ce que j’en dis ? Bravo. Des parcours semblables, il en faudrait dans tous les quartiers.

J’irais plus loin : il ne faut pas s’arrêter à concevoir des parcours destinés aux plus vieux, comme celui-là. Dans une région comme l’Outaouais, où le surpoids et le tabagisme font des ravages, il faut concevoir des « parcours santé » en fonction d’une clientèle de tous les âges. Jeunes et moins jeunes.