Le député provincial d’Orléans, Stephen Blais, n’a jamais oublié ses racines francophones, lui qui a grandi dans une famille avec deux parents anglophones.
Le député provincial d’Orléans, Stephen Blais, n’a jamais oublié ses racines francophones, lui qui a grandi dans une famille avec deux parents anglophones.

Renouer avec ses racines francophones

Denis Gratton
Denis Gratton
Le Droit
CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / «L’histoire de ma famille est un exemple parfait de l’assimilation. De la facilité avec laquelle on peut perdre sa langue et sa culture. »

Si le député provincial d’Orléans, Stephen Blais, est aujourd’hui bilingue, c’est grâce à sa détermination et à sa volonté d’apprendre et de comprendre le français. Conseiller municipal du quartier Cumberland de 2010 à 2019, M. Blais a succédé en novembre dernier à Marie-France Lalonde à titre de député libéral d’Orléans, l’une des circonscriptions ontariennes qui comptent le plus grand nombre de francophones.

Mais c’est bien avant de se lancer en politique que ce natif d’Orléans a compris que le bilinguisme était un atout, et non une obligation.

« Mon nom est Blais, mon patrimoine familial est francophone, dit-il. Mais mes parents et grands-parents étaient anglophones. Quand mon grand-père paternel était enfant, sa mère est décédée. Et il était adolescent quand son père est mort. C’était une grosse famille de la Basse-Ville d’Ottawa et tous les enfants ont été séparés à la mort de leur père. La moitié des enfants ont été adoptés par des familles francophones, et l’autre moitié par des familles anglophones. Mon grand-père s’est retrouvé chez des anglophones et il a perdu tout contact avec la communauté franco-ontarienne. Puis il a marié une anglophone. Donc mon père, comme ma mère, sont anglophones. »

« Je peux donc comprendre comment il est très facile de perdre sa langue et sa culture et d’être assimilé. Ça peut arriver très rapidement. Ça n’a pris qu’une seule génération dans ma famille. »

Stephen Blais n’a cependant jamais oublié ses racines francophones. Et il n’était surtout pas question de les renier ou de les ignorer. Il a appris la base de la langue française dans une école d’immersion élémentaire et à l’école secondaire. Et il a suivi de cours de français toute sa carrière, de ses débuts comme agent de communications à l’Université Carleton, à Ottawa, jusqu’à aujourd’hui, comme élu à Queen’s Park.

« Et quand j’ai été élu conseiller municipal en 2010, j’ai voulu atteindre un niveau beaucoup plus élevé, se souvient-il. C’était primordial pour moi. Je ne voulais pas juste savoir parler et lire en français. J’ai aussi voulu comprendre et apprendre la culture, les nuances, l’histoire. Et aujourd’hui, mon fils de 10 ans fréquente une école de langue française, l’école Notre Place, et son français est meilleur que le mien, ajoute-t-il fièrement.


« Je peux comprendre comment il est très facile de perdre sa langue et sa culture et d’être assimilé. Ça peut arriver très rapidement. Ça n’a pris qu’une seule génération dans ma famille. »
Stephen Blais

— Vous connaissez un peu l’histoire de la chanson Notre Place ?

— Oui, bien sûr. C’est l’hymne officiel des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes. J’ai d’ailleurs eu la chance de rencontrer l’auteur de cette chanson (feu) Paul Demers, à l’inauguration de cette école. »

Déjouer la mort

Stephen Blais affirme qu’il n’a qu’une devise dans la vie : « il n’y a pas de temps à perdre ». Pour lui, chaque moment compte, chaque minute est précieuse. « Chaque jour j’essaie de faire avancer quelque chose, que ce soit au niveau professionnel, personnel ou familial, dit-il. La vie est courte, on ne sait jamais ce qui nous attend et il n’y a pas de temps à perdre. »

Cette devise l’habite depuis huit ans. Depuis qu’il a frôlé la mort, pour ne pas dire déjoué la mort. Il n’avait que 32 ans lorsqu’il a été terrassé par une crise cardiaque et hospitalisé pendant quatre mois.

« J’étais au gymnase quand c’est arrivé, raconte-t-il. J’avais un blocage complet de l’artère majeure du cœur. J’ai été transporté à l’Hôpital Montfort où les médecins ont tenté de me réanimer pendant une heure. Un médecin m’a dit que son équipe s’était donnée jusqu’à 10 h 15 pour tenter de me réanimer. Lorsque mon cœur a recommencé à battre, le médecin a regardé l’horloge au mur et il était 10 h 14. »

« J’ai été mis en hypothermie thérapeutique pendant trois jours pour protéger mon cerveau. Et j’ai été dans un coma pendant presque un mois. J’ai été transféré de Montfort à l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, puis ensuite au Centre de réadaptation de l’Hôpital d’Ottawa où j’ai dû réapprendre à marcher parce que tous mes muscles étaient atrophiés. J’ai été chanceux. Et j’ai changé ma façon de voir la vie. »

Stephen Blais a remporté l’investiture libérale dans Orléans en novembre dernier, mais son assermentation à Queen’s Park a été retardée de quelques mois en raison de la pandémie. Il a enfin pu prendre sa place à l’Assemblée législative de l’Ontario en mai.

« C’était difficile au début parce que je ne pouvais pas rencontrer mes collègues en personne, dit-il. Et les séances d’information sur les dossiers, sur le fonctionnement à Queen’s Park et le reste se faisaient en ligne. Mais maintenant je siège à Toronto et ça va bien. »

— Si vous aviez une note sur une échelle de 1 à 10 à donner au premier ministre Doug Ford en ce qui a trait à sa gestion de la crise ?

— Le score a changé au fil des mois, laisse-t-il tomber. On a vu ce qui s’est produit dans les centres de soins de longue durée de l’Ontario. Ici, à Orléans, 20 % des résidents de la Résidence Madonna sont décédés de la COVID-19. C’est une catastrophe. Et je crois que c’est en partie la faute du gouvernement qui a coupé dans les inspections de ces résidences et qui n’a pas investi dans la santé publique. Tu peux bien avoir des règlements en place, mais s’il n’y a pas d’inspecteurs pour assurer que ces règlements soient respectés, ça donne les résultats qu’on a vus.

« Je crains aussi un tsunami d’expulsions de locataires à l’automne, ajoute-t-il. Au début de la crise, le gouvernement a imposé une interdiction d’expulsion aux propriétaires d’immeubles à logements. Cette interdiction est maintenant levée, mais il n’y a aucun plan de transition pour les locataires, ni pour les propriétaires. Nous nous retrouvons donc dans une position où il y a un potentiel énorme pour un tsunami d’expulsions, partout en province. Il faudrait un plan de transition. »

Et il n’y a pas de temps à perdre…