La Ville de Gatineau a été la risée du Québec concernant son règlement sur le jeu libre dans la rue.

Réglementite aiguë

CHRONIQUE / Gatineau a été la risée du Québec cette semaine à cause de son incapacité à réglementer le jeu libre dans la rue. Si une ville comme Belœil l’a fait, pourquoi pas Gatineau ?

Une parodie circule même sur les réseaux sociaux depuis l’entrevue que la conseillère gatinoise Renée Amyot a donnée à Paul Arcand de la station montréalaise 98.5. On y prétend qu’à Gatineau, les enfants doivent jouer dans leur entrée de cour. Et que la police ira te voir si la balle dépasse du trottoir…

Alors j’ai ri en entendant la chansonnette. En me disant que si on ne vaut pas une risette, on ne vaut pas grand-chose. Je suis moi aussi stupéfié devant l’incapacité de réglementer une activité aussi naturelle que de jouer dans la rue. Même si, à Gatineau, je n’ai jamais vu de policier sortir son carnet de contraventions parce qu’un ballon a roulé au-delà d’une entrée de cour.

Quand j’étais petit, on jouait au hockey dans la rue. Le vieux grincheux du coin appelait parfois la police pour se plaindre. La fois d’après, on allait jouer un peu plus loin.

Et on continuait de se prendre pour Guy Lafleur ou Brad Park, en se tassant sur les côtés quand on voyait des autos arriver en notre direction.

Dans notre esprit, pratiquer le sport national sur l’asphalte était un droit inaliénable. Tous les champions de la Coupe Stanley étaient passés par là avant de soulever le prestigieux trophée. À part les vieux grincheux, tout le monde comprenait cela. Pas besoin de règlement !

On se paye la tête de Gatineau ces jours-ci, et c’est un peu injuste. J’ai lu et entendu que Gatineau « interdisait » le jeu libre dans ses rues. C’est inexact. Gatineau n’interdit rien. C’est le code de la sécurité routière, qui relève du gouvernement du Québec, qui proscrit le jeu libre dans la rue.

Les villes ont toutefois la possibilité de se soustraire à l’interdiction générale. Et c’est ce que Gatineau tentait de faire : permettre le jeu libre dans les rues afin d’encourager l’activité physique chez les jeunes. Au moins, Gatineau a essayé alors que d’autres villes demeurent les bras croisés.

L’erreur de Gatineau, c’est peut-être précisément d’avoir voulu réglementer une activité alors que ce n’était pas nécessaire. La réglementite aiguë est une maladie contagieuse. Il vaut parfois mieux s’en tenir loin.

Surtout que le code de la sécurité routière impose toutes sortes de restrictions aux villes qui veulent permettre le jeu libre dans la rue. Par exemple, il demeure interdit de jouer sur des rues très passantes. Ou encore à tant de mètres d’une intersection ou à telle distance d’une courbe.

Ces restrictions, qui se justifient sans doute d’un point de vue de la sécurité, peuvent devenir un véritable casse-tête. Imaginez-vous les policiers se promener avec des rubans à mesurer pour vérifier si le filet de hockey est placé à distance réglementaire d’une intersection ?

Ce serait complètement débile. Nos policiers ont mieux à faire. Des fois, le fait de réglementer crée plus de problèmes qu’il n’en règle.

Là, vous m’excuserez, j’ai à faire.

- Fiston, on va jouer au badminton dans la rue ?

- Ce n’est pas interdit, papa ?

- Si. Mais on ne s’empêchera pas pour si peu. Allez, viens !