La chute des prix du baril de pétrole sur les marchés et le virage international vers les énergies vertes font que l’exploitation de nouveaux projets de sables bitumineux n’est plus rentable.

Rabaska, TransCanada, bon débarras!

CHRONIQUE / On se doutait bien que ça s’en venait, mais ça mérite d’être souligné: le projet Énergie Est vient de rendre l’âme. Son promoteur TransCanada a pris prétexte des nouvelles exigences environnementales de l’Office national de l’énergie, mais la vraie raison n’est pas là. La chute des prix du baril de pétrole sur les marchés et le virage international vers les énergies vertes ont fait que l’exploitation de nouveaux projets de sables bitumineux n’est plus rentable.

Il aurait été fou, dans les circonstances, d’investir des milliards de dollars dans la construction d’un nouveau pipeline pour amener ce pétrole de l’Alberta jusqu’au Nouveau-Brunswick. D’autant plus fou que ce pipeline était tellement contesté qu’il n’aurait jamais obtenu l’appui du gouvernement du Québec et des municipalités concernées, dont la ville de Montréal.

L’abandon de ce projet rappelle celui du terminal méthanier Rabaska sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, en face de l’île d’Orléans. Un projet tout aussi insensé, qu’on a tenté de nous enfoncer dans la gorge, sous prétexte qu’il était nécessaire à notre économie. Piloté par Gaz Métro, Enbridge et Gaz de France, le projet visait à importer du gaz naturel liquéfié par voie maritime, afin que l’approvisionnement du Québec et de l’Ontario ne dépende plus uniquement du réseau de gazoducs de TransCanada. En réalité, c’est l’exportation de gaz vers les États-Unis que l’on visait. Mais l’expansion rapide de l’approvisionnement en gaz de schiste au sud de la frontière et la baisse des prix ont eu raison du projet. Il a été abandonné en 2013, mais la population du territoire visé, à Lévis et à Beaumont, a vécu dans l’incertitude et l’angoisse pendant une décennie. Le plus incroyable, dans cette saga, c’est que le BAPE et le gouvernement Charest aient autorisé ce projet, avant que les lois du marché ne dictent son abandon.

Tout aussi incroyable est le fait que les gouvernements successifs à Ottawa aient appuyé ou lésiné aussi longtemps sur le projet Énergie Est, à une époque où tous promettent de lutter contre les changements climatiques. Lorsqu’on écrira ce chapitre de l’histoire du Canada, on aura peine à croire que les élus aient songé sérieusement à autoriser la construction d’un pipeline qui aurait franchi plusieurs centaines de cours d’eau au Québec, dont le fleuve Saint-Laurent. Incroyable, mais vrai.