Après le Parti québécois qui a eu du plomb dans l’aile en 2014, avec son projet de Charte des valeurs québécoises, c’est la Coalition avenir Québec de François Legault qui se retrouve en difficulté en 2018 avec son projet de test des valeurs.

Qu’est-ce qui se passe?

CHRONIQUE / On finira peut-être par en tirer une leçon politique. En 2014, le Parti québécois a été plombé par son projet de Charte des valeurs québécoises. Cette année, c’est la Coalition avenir Québec (CAQ) qui se retrouve en difficulté avec son projet de test des valeurs. Dans un cas comme dans l’autre, les deux partis avaient misé sur les inquiétudes d’une partie de la population à l’endroit des immigrants. Et dans un cas comme dans l’autre, les avenues proposées ont été et sont encore mal accueillies, se heurtant à de nombreux obstacles.

Comment expliquer cette réaction de l’électorat? C’est peut-être que les Québécois ne veulent pas sacrifier leur réputation de générosité et d’hospitalité à des discours qui leur semblent parfois teintés de préjugés. On n’en parle plus aujourd’hui, mais le test des valeurs de la CAQ, présenté en août 2016, trouvait prétexte, par exemple, dans le désir d’interdire le burkini aux femmes de confessionnalité musulmane. François Legault disait alors «qu’il y a des vêtements qui sont un peu extrêmes qui, pour certaines femmes, peuvent être interprétés comme un geste de soumission. C’est important de s’assurer que les nouvelles personnes qu’on accueille au Québec croient à l’égalité entre les hommes et les femmes».

Deux ans plus tard, la CAQ n’exploite plus ces craintes. Mais la proposition d’expulser les gens qui ne passent plus son test des valeurs et de la langue est devenue un boulet au pied du chef, tout comme la Charte des valeurs de Bernard Drainville aux élections de 2014. 

Il reviendra aux sociologues et aux politicologues d’étudier ce phénomène, mais un changement important permettra peut-être de l’expliquer. La pénurie de main-d’œuvre qui frappe tout le Québec fait que les immigrants sont devenus essentiels pour combler des postes vacants dans tous les domaines d’activités, jusque dans les CHSLD où nos aînés manquent de soins. Elle est bien révolue, cette époque où les immigrants étaient perçus comme des «voleurs de jobs». Le débat ne porte donc plus sur l’opportunité d’accueillir des immigrants, mais sur la nécessité de mieux les intégrer, notamment en favorisant davantage leur apprentissage du français. C’est assez fascinant comme situation, et ça forcera le prochain gouvernement, quel qu’il soit, à y consacrer des énergies et des budgets supplémentaires. Et ça convaincra peut-être les politiciens à y penser deux fois plutôt qu’une la prochaine fois, avant de s’aventurer dans la démagogie facile sur l’immigration. C’est un dossier qui soulève les passions populaires, mais qui s’avère très complexe lorsqu’on y met le petit doigt.