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Claude Villeneuve
Le Quotidien
Claude Villeneuve

Que nous a appris 2020?

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CHRONIQUE / Sous le signe de la conjonction de Jupiter et Saturne au solstice d’hiver, les Anciens auraient prédit un grand changement à venir. De manière plus prosaïque, on peut s’interroger sur les leçons de l’année qui s’achève pour envisager celles qui viennent. L’année 2020 aura-t-elle été un hiatus dans la course folle du consumérisme irresponsable ou, au contraire, l’occasion de remettre en question les forces motrices du développement non durable ?

D’abord, s’il était encore besoin de preuves, le réchauffement climatique est bien installé. Les températures dans l’Arctique et l’Antarctique ont connu des records absolus et des moyennes très élevées. La couverture de glace de l’océan Arctique a été la plus petite jamais enregistrée, tout juste derrière 2012. La moyenne de température planétaire qui sera connue le 15 janvier se situera dans les trois premières positions depuis 1880. Par convention, la saison cyclonique de l’Atlantique Nord débute le premier juin, mais en 2020, après la tempête tropicale Arthur survenue le 16 mai, Cristobal était le troisième cyclone enregistré à cette date. Avec 31 tempêtes tropicales, 2020 a marqué un record égalant 2005. La chaleur latente accumulée dans les océans, qui était un record en 2019, explique en bonne partie cette intense activité. Les feux d’une intensité rarement vue en Australie et en Californie complètent le portrait. Bref, comme le chantait Robert Charlebois dans Fu Man Chu, « On est d’dans jusqu’aux dents ! »

La pandémie a affecté l’activité humaine à un tel point que les émissions globales de gaz à effet de serre (GES) d’origine fossile ont connu une baisse évaluée à 7%. Cela n’a toutefois pas affecté de façon significative l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère. Cinq ans après les engagements de l’Accord de Paris, les pays semblent prendre conscience qu’il faut faire quelque chose. Plusieurs ont promis la carboneutralité pour 2050, mais à part l’Europe, personne n’a vraiment de plan crédible pour se mettre sur cette voie en 2030. Le rendez-vous de Glasgow a été reporté à 2021. L’élection de Joe Biden est porteuse d’espoir.

De manière intéressante, toutefois, certaines grandes entreprises et quelques secteurs industriels ont pris le même engagement. Certaines ont même été plus ambitieuses, comme Microsoft qui propose d’être carbonégatif en 2030 ou comme Signify, l’ancienne division d’éclairage de Philips, qui a réussi à atteindre cet objectif en 5 ans. Autre signe intéressant, de grands fonds d’investissement comme Blackrock et la Caisse de dépôt et placement du Québec ont pris l’engagement de décarboniser leurs actifs, c’est-à-dire de se départir de leurs investissements dans le secteur des carburants fossiles et des secteurs industriels à haut niveau d’émissions, comme le ciment. Le monde des affaires s’intéresse de plus en plus au développement durable, comme en témoignent les réflexions qu’on peut suivre sur le site du Sommet économique de Davos.

Selon l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (IRENA), les prix des services énergétiques à faibles émissions de GES sont de plus en plus compétitifs avec les carburants fossiles. Peut-être que les bêtes calculs économiques pèseront plus dans la balance que les manifestations des militants les plus engagés. Mais cela n’est valable que pour les ajouts de nouvelles sources. L’infrastructure déjà existante continuera de polluer pendant des décennies si on n’impose pas un prix du carbone aux frontières pour rétablir une certaine équité dans le commerce international.

L’année qui se termine nous a appris que le désastre climatique n’est pas inéluctable. Il faudra toutefois un effort concerté qui va bien au-delà des engagements politiques. Il faudra pour arriver à contenir la crise du réchauffement un effort coordonné des nations, des entreprises, des scientifiques et des citoyens. Un peu comme celui qui a permis en une année de passer de l’identification d’un virus jusqu’à la vaccination de masse. Ce qui était improbable hier est possible aujourd’hui. Voyons si le redémarrage post-COVID saura éviter les ornières du passé.

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