Quand les «huissiers du dodo» arrivent

CHRONIQUE / Chaque matin de semaine, c’est la même histoire qui se répète.

Tout d’abord, je me réveille en sursaut, étant donné que j’oublie toujours de programmer une alarme en guise de réveil-matin. L’instant d’après, je bondis sur mes vieux jeans qui traînent sur le sol afin de regarder sur mon téléphone l’heure qu’il est et, 99 fois sur 100, je constate avec étonnement que je ne suis pas en retard.

Ça doit bien faire quelque chose comme quatre ou cinq ans que je bosse pour la même entreprise et, pour vous dire vrai, je n’ai jamais vraiment su si j’étais supposé commencer ma journée à 8 h ou à 9 h, mais bon, je considère être en retard lorsque je me réveille et que ça fait plus de 20 minutes que mon collègue m’a écrit sur Messenger pour me souhaiter un bon début de journée.

Je lui réponds alors que je suis là, puis on prend des nouvelles mutuellement et chaque fois, on en vient tous les deux à la même conclusion : on n’a pas assez dormi.

Il faut savoir qu’au fil du temps, on finit par s’habituer au manque de sommeil, mais après près d’une décennie à composer avec un sérieux déficit de dodo, c’est un peu comme si les « huissiers du dodo » commençaient à se manifester par quelques appels téléphoniques afin de vous signifier qu’ils devront vous rendre visite si, par malheur, vous ne vous décidiez pas à acquitter au moins les frais d’intérêt liés à vos crédits de dodo.

Je crois que c’est vers la fin de l’été que j’ai commencé à recevoir des signes en provenance des « huissiers du dodo ». Ç’a commencé par ces films de fin de soirée que je n’arrivais plus à terminer parce que je tombais au combat en plein milieu de l’histoire, puis j’ai compris que quelque chose clochait vraiment cette fois où je me suis endormi en jouant au PlayStation tandis que j’étais au beau milieu d’une fusillade qui aurait dû me fournir une bonne dose d’adrénaline.

Par la suite, comme les « huissiers du dodo » ont déduit que je me croyais au-dessus de leurs avertissements, ils ont commencé à frapper directement à la source, soit dès le réveil. Alors hop, au lieu de seulement être en déficit de sommeil au moment de m’ouvrir les yeux, j’étais désormais littéralement en faillite dès le début de la journée.

Ce que j’ignorais à ce moment-là, c’était que les « huissiers du dodo » avaient encore bien d’autres tours dans leur sac et, justement, le prochain dont ils se serviraient serait d’une efficacité très surprenante.

Ainsi, par un bel après-midi ensoleillé d’octobre, tandis que je marchais dans la rue avec Billy le chien, je me suis soudainement rendu compte que j’avais l’impression de me déplacer dans du Jell-O.

C’était comme si mon corps et ma tête tentaient de s’endormir sans même que je puisse donner mon avis sur le projet.

C’est dans les jours qui ont suivi que je me suis alors rendu compte que le simple fait de penser à ce que je devais faire m’épuisait. Même les trucs qui auraient dû me rendre enthousiaste. « Mon pote, je crois que ton corps et ta tête essaient de t’envoyer un message », que je me suis dit.

Maintenant, je vous mentirais si je vous disais que depuis ce temps, je m’assure quotidiennement de pouvoir profiter d’un bon huit heures de sommeil, mais bon, disons que ça s’améliore et en peu de temps, j’ai ressenti un énorme soulagement en constatant que je remontais la pente.

J’ignore ce qui se serait produit si j’avais décidé de continuer à ignorer ces signes, mais vite comme ça, je serais prêt à parier au moins 20 dollars que mon état de santé aurait dégringolé de façon exponentielle.

Bref, ça va peut-être vous sembler exagéré, mais cette expérience m’a donné l’impression d’avoir effleuré du bout des doigts ce qu’on ressent lorsqu’on fait une dépression ou qu’on subit de l’épuisement professionnel. Mon horaire de vie et mon travail ont fait en sorte que j’ai pu m’organiser rapidement afin de tenter de reprendre le dessus, mais je suis bien conscient qu’à ce titre, je suis très privilégié.

D’ailleurs, avec Noël qui s’en vient, c’est plutôt dommage qu’ils ne vendent pas de cartes-cadeaux pour les crédits dodos dans les magasins.