Le maire de Clarence-Rockland, Guy Desjardins, aimerait revoir la possibilité de retirer sa municipalité de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO).

Quand la francophonie coûte trop cher

CHRONIQUE / «Révision de budget à Clarence-Rockland : hausse possible de taxes de 3,51 % », titrait-on à la page 12 de notre édition de samedi.

Hé bien… Les résidents de Clarence-Rockland devront fouiller un peu plus creux dans leurs poches en 2019, me suis-je dit. C’est bien plate pour eux.

Mais comme j’allais tourner la page, un sous-titre à la toute fin de ce texte de ma collègue Émilie Pelletier a piqué ma curiosité. « Quitter l’AFMO ? », pouvait-on lire.

Dans les deux paragraphes suivants, on apprenait que le maire de Clarence-Rockland, Guy Desjardins, aimerait revoir la possibilité de retirer sa municipalité de l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO), remettant en question l’efficacité de cette organisation pour sa cité, ainsi que le coût d’adhésion à cette association qui s’élève à 2700$ par année. Ou à un peu plus de 7$ par jour, si vous préférez.

D’ajouter le maire Desjardins : « L’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) est davantage utile pour Clarence-Rockland ».

Ouf ! Quitter L’AFMO pour épargner la maigre somme annuelle de 2700$ ? Misère…

D’abord, M. Desjardins, étiez-vous présent l’été dernier à la réunion annuelle de l’AMO ? Si oui, avez-vous remarqué que tout s’est déroulé uniquement en anglais lors de ce rassemblement de l’« Association of Municipalities of Ontario » (AMO) ? Tout. L’accueil, les présentations, les ateliers, les conférences, la documentation et même le site web de l’événement. Pas un seul mot de français. Et ce, même si de nombreuses délégations de municipalités francophones y étaient. Et sachez que le site web de l’AMO est, à ce jour, uniquement en anglais.

Et vous vous dites mieux servi par cette association, M. Desjardins ?

Plutôt surprenant de votre part quand on sait que plus de 15300 des 24500 résidents de Clarence-Rockland ont coché « Français » comme langue maternelle et langue parlée à la maison lors du recensement de 2016.

Avez-vous la moindre idée, M. Desjardins, du rôle que joue l’AFMO en province depuis maintenant 30 ans ? Il semble que non. Alors allons-y, si vous le voulez bien, d’un bref retour en arrière.

L’AFMO a été créée en 1989 par Gisèle Lalonde alors qu’elle était mairesse de Vanier. Cette association francophone a été mise sur pied afin de revendiquer le maintien et l’amélioration de la gouvernance et de la prestation des services municipaux en français dans les régions de l’Ontario désignées en vertu de la Loi sur les services en français de l’Ontario, communément appelée la Loi 8. L’AFMO compte aujourd’hui 39 municipalités membres, dont les Villes d’Ottawa et de Toronto.

Et vous connaissez sûrement un autre membre fondateur de l’AFMO, Monsieur le maire de Clarence-Rockland. Il s’agit de Jean-Marc Lalonde, l’ex-député provincial de Glengarry-Prescott-Russell et ancien maire de… Rockland. Votre prédécesseur. Je serais d’ailleurs curieux d’entendre ce que M. Lalonde aurait à dire sur vote idée de flusher l’AFMO…

Si vous quittiez l’AFMO, M. Desjardins, vous quitteriez une association qui promeut et encourage l’utilisation de la langue française dans les affaires municipales.

Vous tourneriez le dos à une association qui promeut aussi l’immigration francophone en Ontario et appuie l’intégration des minorités raciales et ethnoculturelles au sein des communautés francophones en province.

Vous lèveriez le nez sur une association qui poursuit la mise en œuvre de la Stratégie sur les services en français de la Police provinciale de l’Ontario (PPO).

L’AFMO en fait beaucoup plus pour la francophonie ontarienne. Mais selon vous, Monsieur le maire, l’adhésion à cette association francophone coûterait trop cher. C’est Doug Ford qui serait ravi de vous entendre.

En ces temps difficiles pour la communauté franco-ontarienne, M. Desjardins, votre solidarité m’émeut…