Les employés d’Hydro-Québec prélèvent des carottes de neige afin de prédire les quantités d’eau qui s’écouleront dans la rivière.

Prédire la «tempête parfaite»

CHRONIQUE / Vous vous rappelez les inondations de 2017 à Gatineau ? Les pires depuis 40 ans ? Des sinistrés avaient critiqué la gestion des barrages d’Hydro-Québec, convaincus que la société d’État aurait pu en faire plus pour réduire les effets dévastateurs de la crue printanière.

Sans présumer de rien, j’avais moi aussi déploré le peu d’empressement d’Hydro-Québec à rendre des comptes sur cet aspect des choses. Alors qu’elle avait tout intérêt, selon moi, à expliquer ce qu’elle peut faire et ne pas faire pour éviter des inondations printanières.

Et bien, mieux vaut tard que jamais.

Deux ans plus tard, Hydro-Québec a organisé une expédition en raquettes à l’intention des médias de l’Outaouais. L’objectif ? Montrer comment elle se prépare à la crue printanière. Et surtout, comment prédit-elle les quantités d’eau qui se déverseront dans nos rivières lors de la fonte des neiges ?

À cette fin, nous avons accompagné une équipe chargée de prélever des « carottes » de neige aux abords du barrage Paugan, un ouvrage impressionnant situé à 60 km au nord de Gatineau.

Après avoir marché dans un champ, puis dans un petit boisé, nous sommes arrivés à une « ligne de neige ». Le Québec en compte plus d’une centaine sur son territoire. Il s’agit, ni plus ni moins, de poteaux. Situés à 30 m de distance les uns des autres, ils servent à indiquer où les carottes de neige doivent être prélevées chaque année.

À chacune des stations, Martin Beaudet et Sébastien Marceau, deux employés d’Hydro, recueillent des carottes de neige à l’aide d’un gros tuyau à mesurer. « Trente-cinq centimètres d’épaisseur », annonce Martin Beaudet, avant de placer le tuyau sur une balance portative. Toutes ces données seront soigneusement consignées et compilées, afin de prédire les quantités d’eau qui s’écouleront jusque dans la rivière, un peu plus bas.

Les employés d’Hydro-Québec recueillent des carottes de neige à l’aide d’un gros tuyau à mesurer.

En plus des traditionnelles opérations de carottage, Hydro-Québec mise depuis quelques années sur une nouvelle technologie pour mesurer la neige accumulée. Baptisé GNOM, l’appareil interprète le rayonnement gamma qui émane du sol. Il en déduit la quantité d’eau contenue dans la neige. Ces données sont envoyées quatre fois par jour, via satellite, à une centrale. Hydro-Québec peut ainsi observer la fonte des neiges, quasiment en temps réel.

Parlant de neige, c’est quoi le verdict ce printemps ?

« Ce qu’on sait pour l’instant, c’est qu’on a un peu plus de neige qu’à la normale », constate Alexandre Vidal, conseiller en hydrométéorologie chez Hydro-Québec. Est-ce à dire que Gatineau risque de nouveau de se retrouver sous l’eau, comme en 2017 ?

Pas nécessairement.

D’abord, parce que la neige accumulée au sol ne comptera que pour 40 à 45 % de la crue du printemps.

Ensuite, pour faire déborder les rivières comme en 2017, il faut une « tempête parfaite ». Beaucoup de neige au sol, un dégel rapide, et de la pluie, un déluge de pluie. « En 2017, l’équivalent en pluie des mois d’avril et de mai nous était tombé dessus en une semaine », rappelle Francis Labbé, relationniste chez Hydro-Québec.

La gestion des barrages a été critiquée en 2017. Mais sur la rivière Gatineau, beaucoup de barrages sont bâtis au fil de l’eau. Ils n’ont pas de réservoirs pour retenir l’eau. « On contrôle seulement 40 % de l’apport en eau sur la rivière Gatineau », poursuit Francis Labbé.

Quant aux grands réservoirs du nord de l’Outaouais, comme le Baskatong, Hydro-Québec les vide à l’approche du printemps pour absorber la fonte des neiges. L’année des inondations, ces barrages ont retenu l’eau jusqu’en juin. « Sinon, le niveau d’eau aurait augmenté d’un bon mètre de plus », poursuit Francis Labbé.

Maintenant, est-ce qu’Hydro-Québec pourrait stopper une inondation majeure comme celle de 2017 ? Non. Tout au plus, la voir venir à une semaine d’avis. Le reste dépend de l’humeur de dame Nature – rien pour nous rassurer avec les changements climatiques.