Sébastien Pierroz
Dans quelques jours, Kelly Burke célèbrera ses six premiers mois à la tête du Commissariat aux services en français de l’Ontario. Pour le moment, ses débuts dans le poste de successeur de François Boileau ont été très discrets.
Dans quelques jours, Kelly Burke célèbrera ses six premiers mois à la tête du Commissariat aux services en français de l’Ontario. Pour le moment, ses débuts dans le poste de successeur de François Boileau ont été très discrets.

Pourquoi Kelly Burke ne sera pas François Boileau

CHRONIQUE / Dans quelques jours, Kelly Burke célèbrera ses six premiers mois à la tête du Commissariat aux services en français de l’Ontario. Pour le moment, ses débuts dans le poste de successeur de François Boileau ont été très discrets.

Mardi dernier, le rapport annuel dévoilé par l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé, était l’occasion pour elle de sortir de l’ombre. Les 321 plaintes reçues pour les services en français — un chiffre en-dessous de 2018, mais dans la lignée des années précédentes — étaient d’ailleurs anecdotiques en comparaison aux attentes suscitées par la nouvelle commissaire dont le bureau est intégré à celui de M. Dubé.

Pendant une demi-heure, Mme Burke s’est prêtée au jeu d’une entrevue vidéo avec ONFR+. Le résultat? Un ton prudent, neutre, et une commissaire se défendant de n’être pas assez présente sur la scène publique.

Au passage, Mme Burke s’est félicitée de la traduction simultanée désormais disponible lors des conférences de presse quotidiennes du gouvernement ontarien sur la pandémie.

En revanche, elle s’est montrée beaucoup plus évasive sur la possibilité de rapports spéciaux quant aux manques du gouvernement sur les services en français. Ces précieux rapports de l’ancien Commissariat indépendant avaient pourtant permis de mettre en lumière des anomalies.

Le document «Pas d’avenir sans accès» publié en 2012 avait par exemple jeté les bases d’une université franco-ontarienne. Autre fait: en 2015, M. Boileau avait été l’un des premiers à proposer une indépendance pleine et entière pour le Centre Jules-Léger. Un vœu qui sera exaucé officiellement à partir d’août prochain.

Il faudra s’y habituer. Kelly Burke n’est pas François Boileau. Une question d’abord de style. Ancienne sous-ministre adjointe aux Affaires francophones de 2014 à 2019, l’employée de Paul Dubé fait montre de sobriété et de convenance dans ses déclarations, à la différence d’un François Boileau plus flamboyant.

La liberté de ton de ce dernier ne plaisait pas forcément. Pour certains, la suppression de son poste par le gouvernement Ford en novembre 2018 était un choix idéologique plus qu’économique. L’utilisation par le bureau de l’ombudsman de seulement deux tiers de son budget de 32 millions de dollars pour 2019 est venue raviver cette hypothèse.

Au moment d’annoncer la nomination de Mme Burke, le 13 janvier, le bureau de l’ombudsman avait écrit une phrase équivoque: «La commissaire sera aussi indépendante des groupes d’intérêts et des lobbyistes. Son rôle consistera à travailler dans l’indépendance et l’impartialité pour promouvoir les droits linguistiques des francophones, et non pas à être porte-parole d’un groupe, quel qu’il soit.»

Une déclaration qui ressemblait à l’exigence pour elle de cesser toute proximité avec les militants francophones.

Sébastien Pierroz est rédacteur en chef et journaliste pour la production ONFR+ du Groupe Média TFO.