Sous le leadership de la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, le Canada joue un important actif pour diminuer les effets négatifs de l’absence du gouvernement américain dans les discussions sur le réchauffement climatique.

Pour une politique environnementale canadienne indépendante des États-Unis

Le rapport scientifique canadien sur le changement climatique publié en avril dernier démontre que les températures mondiales ont augmenté depuis 1948 de 0,8 Celsius. Or, l’augmentation au Canada fut entre-temps de 1,7 degré, soit plus du double de la moyenne mondiale. Le réchauffement en Arctique fut plus rapide encore avec 2,3 degrés.

Le même rapport dresse un tableau sombre de l’avenir du Canada qui sera de plus en plus frappé par des vagues meurtrières de chaleur et de fortes tempêtes de pluie. Le scénario de la croissance des températures est pour le moins alarmant. Même avec une réduction spectaculaire des émissions mondiales, les températures moyennes canadiennes augmenteraient que de 3 degrés d’ici 2100. 

Mais si le Canada et le monde ne prennent pas la situation au sérieux, des augmentations de températures de 7 à 9 degrés sont probables et l’Arctique risque de se réchauffer à 11 degrés. Le même rapport dresse un tableau sombre de l’avenir du Canada qui sera de plus en plus frappé par des vagues meurtrières de chaleur et de fortes tempêtes de pluie.

Comme le Canada partage avec les États-Unis la plus longue frontière commune du monde entre les deux pays, le type de collaboration que les pays entretiennent a des incidences immédiates. Cela est particulièrement vrai concernant l’environnement et l’énergie utilisée. Voyons donc comment ce changement de politique américaine affecte les prises de position canadiennes dans le dossier environnemental.

Lors de son arrivée au pouvoir en novembre 2015, le gouvernement de Justin Trudeau avait forgé une alliance avec l’administration Obama dans la lutte contre le changement climatique. Mais la nouvelle administration américaine a dénoncé l’accord de Paris et elle est venue même à nier l’existence du changement climatique.

Les politiques anti-environnementales préconisées depuis deux ans à Washington ont des conséquences au Canada. Par exemple, la mise en place d’une taxe sur le carbone risque de rendre les entreprises canadiennes moins compétitives face aux États-Unis. Ce simple argument a amené plusieurs critiques à proposer de retarder, de réduire ou même d’annuler cette taxe. Ces derniers argumentent que celle-ci risque de mettre en danger la sécurité économique du Canada.

Plusieurs observateurs et politiciens conservateurs affirment que le Canada ne peut pas développer une politique pro-environnementaliste si les États-Unis ne font pas de même. Cette perception est fallacieuse. Par exemple, le Canada a un système de santé supporté par les impôts très différent des États-Unis. Cela ne nous rend pas pour autant moins concurrentiels. De même, le système de retraite canadien est très différent de la sécurité sociale américaine. Les entreprises canadiennes demeurent néanmoins très concurrentielles.

D’ailleurs, sous le leadership de Catherine McKenna, le Canada joue un important actif pour diminuer les effets négatifs de l’absence du gouvernement américain. Cette dernière, de concert avec l’Union européenne (EU) et la Chine, s’est commise à lutter coûte que coûte pour faire adopter des politiques mondiales visant à contrer les effets du réchauffement climatique.

Dans la mise en place de sa politique environnementale, le gouvernement Trudeau bénéficie de l’apport inestimable du Québec qui fait office de chef de file parmi les provinces canadiennes. Comme 99 % de l’électricité au Québec provient d’énergies renouvelables, principalement de l’énergie hydroélectrique et éolienne, ceci permet au Québec de voir la moitié de sa consommation totale d’énergie provenir d’énergies renouvelables.

Plus encore, le Québec est un grand exportateur d’énergie hydroélectrique vers New York et la Nouvelle-Angleterre. Par ailleurs, le Québec a signé en 2014 un accord d’échange de droits d’émission avec la Californie, l’État le plus progressiste dans cette voie.

Le Canada a aussi clairement indiqué sa volonté, le printemps dernier, de s’aligner publiquement sur la Californie. En travaillant avec cet État, le Canada a trouvé un puissant allié qui sert à la fois de source d’inspiration et qui est disposé à partager les meilleures pratiques pour définir des normes environnementales plus propres.

Aussi, le gouvernement Trudeau impose depuis le 1er avril 2019 une taxe de 20 dollars la tonne sur les émissions de carbone aux provinces n’ayant pas de plan de tarification provincial. Cette taxe, touchant le Nouveau-Brunswick, l’Ontario, le Manitoba et la Saskatchewan, doit atteindre graduellement 50 dollars d’ici 2022. Elle représente la pièce maîtresse de la politique climatique intérieure du gouvernement Trudeau. Toutefois, cette loi sera probablement contestée judiciairement.

Ainsi, le Canada réussit à contrer Washington en concluant des accords avec des États américains. Par exemple, il s’est joint à la Californie et 13 autres États pour forcer l’industrie automobile à construire des voitures plus propres. La formation de cette vaste coalition avec 14 États américains disposés à adopter des normes plus strictes est importante. Cette coalition, représentant plus de la moitié du marché nord-américain de l’automobile, a la capacité d’orienter les politiques des constructeurs automobiles.

Julie Gelfand, la commissaire à l’environnement et au développement durable du Canada, porta en avril dernier un jugement sévère à l’égard du gouvernement Trudeau qu’elle accusa de ne pas avoir tenu ses promesses et de ne pas faire assez pour développer des énergies plus propres. Son jugement est peut-être trop sévère.

Dans ce dossier névralgique, peu importe les politiques environnementales prévalant à Washington, le Canada démontre qu’il peut suivre sa propre voie et qu’il est capable de se tenir debout, comme il l’avait fait lors des guerres du Vietnam ou d’Irak.


Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke