Le Collectif islamo-chrétien de l’Outaouais a décidé de poser un geste concret de collaboration en parrainant deux familles de réfugiés syriens au Canada.

Pour donner un avenir aux enfants

CHRONIQUE / On se serait cru à un party de Noël tellement il y avait de monde entassé dans l’appartement de la famille de Bassem Darwish, à Gatineau. L’une de ses filles offrait de délicieuses pâtisseries syriennes aux invités.

Voilà trois ans, le Collectif islamo-chrétien de l’Outaouais a décidé de poser un geste concret de collaboration en parrainant deux familles de réfugiés syriens au Canada — une chrétienne et l’autre musulmane. Or voilà, les deux familles sont enfin arrivées.

Originaire d’Al-Dana, pas très loin d’Aleppo, Bassem Darwish est parvenu le premier au Canada avec sa conjointe et ses quatre enfants en janvier 2017. Leur intégration se déroule bien. Les enfants maîtrisent déjà le français.

L’autre famille, celle de Khaled Aldouhaik, vient tout juste de débarquer. De confession musulmane, ils sont arrivés à Gatineau en novembre, après avoir passé par la Turquie et un camp de réfugiés au Liban. Pour l’instant, les parents baragouinent à peine quelques mots de français et d’anglais. Leurs 5 enfants, âgés de 11 à 21 ans, apprennent vite et comprennent déjà plusieurs mots.

Comment se passe leur intégration ?

Khaled et sa femme Amna n’avaient que de bons mots à dire quand on leur a posé la question par le biais de l’imam Ahmed Limame, cofondateur du Collectif, qui servait d’interprète. L’accueil est extraordinaire, tout comme le système d’éducation, les soins de santé, les allocations familiales, a répondu Khaled. En attendant de mieux comprendre le français, Khaled fait ses emplettes en s’aidant du logiciel de traduction de son téléphone cellulaire.

J’allais oublier le plus important. Ce que Khaled et sa famille apprécient plus que tout depuis leur arrivée au Canada, c’est la sécurité. « C’est un sentiment extraordinaire », dit Khaled qui est originaire de Homs, une ville ravagée par des bombardements meurtriers en Syrie.

Et votre religion, vous pouvez la pratiquer en toute liberté au Canada ?

« Mais oui, je peux porter mon hijab sans problème, a répondu Amna. Nous participons à la prière du vendredi, à la Mosquée, où les enfants apprendront le Coran. On trouve que tout le monde est souriant au Canada. On traite les chrétiens et les musulmans sur un même pied d’égalité et nous l’apprécions énormément. »

Histoire de leur souhaiter la bienvenue et de célébrer en grand leur arrivée au Canada, le Collectif islamo-chrétien organise un souper de remerciement en l’honneur des deux familles, le 28 janvier prochain. Un événement important pour Amna.

« On va sentir qu’on fait encore plus partie de la famille gatinoise, dit-elle. On craignait de ne pouvoir s’intégrer sachant qu’on ne connaissait personne au Canada. Mais quand on a commencé à travailler avec les gens du collectif, on a réalisé que c’était comme des amis. »

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?, ai-je demandé.

Khaled a hoché la tête. Cinq ans ? Quand tu viens d’un pays en guerre et que tu as passé le plus clair de la dernière année dans un camp de réfugiés, cinq ans, c’est une éternité. « C’est trop loin, a-t-il fini par dire.

Avant de penser à se trouver un emploi dans le domaine de la construction, le métier qu’il pratiquait en Syrie, Khaled veut apprendre le français. «C’est le message qu’on leur a passé, m’a expliqué l’imam Limame. On leur a bien expliqué que la clé pour s’intégrer, c’est la langue. Il n’y a pas d’autres moyens que la langue.»

Et vous ?, ai-je demandé à Bassem et Hanaa. Vous êtes ici depuis un an déjà, vous avez appris le français, vos enfants vont tous à l’école. Comment entrevoyez-vous l’avenir ?

Ce n’est pas évident pour Bassem qui a perdu une jambe dans un attentat à la voiture piégée en Syrie, alors qu’il essayait de secourir un écolier blessé par l’explosion. Hanaa, elle, espère enseigner le français aux immigrants.

Quant aux enfants, et bien… ils ont l’intention d’aller à l’école longtemps. Wassim veut devenir policier, Karla aspire à une carrière de pharmacienne, Christina aimerait devenir avocate.

Et toi, ai-je demandé à Weam, 11 ans, qui connaît tous les profs de l’école, qui joue au soccer, au basket et au tennis, et qui me disait fièrement qu’il sortirait bientôt de sa classe d’accueil pour aller au régulier. Et toi, Weam, tu feras quoi comme métier ? «Je serai médecin», a-t-il dit sans frémir.

Son père et sa mère se sont lancé un regard entendu. Un regard qui voulait dire : c’est pour ça qu’on a parcouru tout ce chemin, pour donner un avenir à nos enfants. «La toute première chose, la plus importante, a dit Hanaa, c’est la famille.»