Richard Tremblay est bénévole pour l’organisme Itinérance Zéro, qui vient en aide aux sans-abri de Gatineau.

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CHRONIQUE / Richard Tremblay sirotait une p’tite bière à la brasserie avec ses chums. Les boys parlaient de la pluie et du beau temps, ils se répétaient les mêmes vieilles blagues, se remémoraient les mêmes vieilles anecdotes et, comme à chaque p’tite bière ensemble, ils réglaient le sort du Canadien de Montréal.

Puis Richard a soudainement eu l’idée de passer le chapeau autour de la table pour une bonne cause.

« Je me lance un défi, a-t-il dit à ses amis. Au cours des prochains mois, je vais préparer 1000 repas pour les sans-abri de Gatineau. J’offre 400 $ de ma poche. Combien donnez-vous ? »

Après avoir fait le tour de la table et le tour de ses autres amis et de sa parenté, Richard Tremblay, 63 ans, avait amassé 3 500 $. Ne lui restait plus qu’à « popoter » 1000 repas…

Ce Gatinois a œuvré pendant 30 ans au Centre national des arts (CNA) à titre de directeur des services administratifs et approvisionnements. Retraité depuis neuf ans et chef à ses heures, il est bénévole depuis quelques mois à la cuisine communautaire où l’on prépare les centaines de repas pour l’organisme Itinérance Zéro. Ces repas sont distribués dans la rue aux itinérants du Vieux-Hull et du Vieux-Gatineau les lundis, jeudis et samedis, en soirée.

« Faire du bénévolat était sur ma bucket list à ma retraite, affirme M. Tremblay. L’hiver dernier, je suis tombé par hasard sur une annonce d’Itinérance Zéro dans laquelle on demandait des cuisiniers bénévoles pour préparer les quelque 350 repas que cet organisme offre gratuitement chaque semaine. J’ai vu que personne dans cet organisme n’était payé, qu’ils étaient tous bénévoles et qu’ils s’occupaient des gens de la rue. C’est venu me chercher. J’ai trouvé ça hors du commun et je me sus dit : c’est ce que je veux faire. Je me suis joint à ce groupe à titre de cuisinier le 15 mars dernier. »

M. Tremblay s’est toutefois vite rendu compte que de préparer tant de repas semaine après semaine n’était pas une mince affaire. Et il se dit renversé par le travail de la coordonnatrice de cette cuisine communautaire, Manon Bégin.

« Cette femme m’a inspiré, laisse-t-il tomber. Je suis ébahi par le travail qu’elle doit accomplir pour que ces repas se rendent à la caravane (le véhicule motorisé d’Itinérance Zéro) trois fois par semaine. On prépare les repas, elle emmène ensuite tout ça chez elle dans son frigo. Les repas à faire chauffer, elle les met dans son four à la maison. Elle sort trois soirées par semaine pour apporter le tout à la caravane pour la distribution aux itinérants. Elle n’arrête jamais, cette femme. Elle est exceptionnelle. »

« Donc en juillet dernier, poursuit M. Tremblay, je me suis dit que j’allais lui donner un coup de main et alléger ses tâches en préparant des repas chez moi. J’ai amassé 3 500 $, j’ai calculé que chaque repas coûterait à peu près trois dollars et que j’allais donc en préparer 1000 au cours des deux prochains mois. »

Et c’est ce qu’il a fait. Des soupers pizzas aux sauces à spaghetti, en passant par des salades de légumes, de pâtes et des ragoûts de bœuf, Richard Tremblay a — c’est le cas de le dire — mis la main à la pâte.

« Mais j’ai triché un peu, admet-il. J’ai eu un peu d’aide à un moment donné. Un jour, je préparais une centaine de wraps au jambon, fromage et laitue lorsque ma petite-fille âgée de sept ans m’a demandé si elle pouvait m’aider. Alors j’ai mis elle et sa copine à contribution et elles ont préparé les sandwiches avec moi. Elles se sont bien amusées, c’était une belle activité. Et qui sait ? Elles prendront peut-être la relève un jour », ajoute-t-il en riant.

Richard Tremblay a-t-il atteint son objectif de 1000 repas ?

« Pas tout à fait, répond-il. Je sus rendu à 945 repas que j’ai préparés chez moi avec les ingrédients que je me suis procurés grâce aux sommes amassées. Mais là, il me reste encore 900 $ des 3 500 $ recueillis. Je vais donc continuer jusqu’à ce que cette somme soit épuisée. Je vais dépasser mon objectif de 1000 repas.

«J’aime faire ça pour Itinérance Zéro, ajoute-t-il. J’ai eu une vie facile. Mes chums aussi. On a tous été choyés, on avait une carrière enrichissante, un toit au-dessus de notre tête. On l’a eu facile. Mais il y a toujours une main tendue quelque part. Quelqu’un qui a besoin d’un peu d’aide dans la vie. Donc, j’ai voulu faire ma part et redonner un peu. C’est de donner au suivant, finalement.»

On ne peut que lui lever notre verre…