Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
La famille de Pierrette Paquin-Devine lui a rendu hommage, lundi, sur le bord de la rivière des Outaouais, à Luskville. On avait entre autres placé ses protège-lames de bois, bien en vue, sur une table.
La famille de Pierrette Paquin-Devine lui a rendu hommage, lundi, sur le bord de la rivière des Outaouais, à Luskville. On avait entre autres placé ses protège-lames de bois, bien en vue, sur une table.

Pierrette Paquin-Devine, championne hulloise

CHRONIQUE / Il y a des tonnes de grands athlètes, en Outaouais. Il y en a tellement qu’il nous arrive parfois d’en oublier.

Pierrette Paquin-Devine et un bel exemple.

Je dévore la section des sports du Droit, presque chaque matin, depuis maintenant 25 ans. Je ne me souviens pas d’avoir déjà lu un seul article sur cette dame qui a pourtant fracassé le plafond de verre à plusieurs occasions, dans le monde du sport.

J’ai fouillé dans nos archives, encore tout récemment. Je n’a rien trouvé.

Elle est pourtant née à Hull, en 1930. Elle a souvent fait honneur à sa région natale.

Un lecteur a eu la - très délicate - attention de m’écrire un mot pour me faire part de son décès, à la fin du mois de septembre.

J’ai consulté sa notice nécrologique pour apprendre l’essentiel. Elle a été deux fois championne canadienne en danse sur glace, au début des années 1950, avec son partenaire Donald Tobin.

Elle était une grande athlète. Elle était surtout amoureuse de son sport. Cet amour lui a permis de connaître encore plus de succès après avoir accroché ses patins.

Parce que son sens de l’observation et son perfectionnisme étaient deux de ses plus grandes qualités, elle a décidé de tenter sa chance comme juge.

Ce n’était pas une petite affaire. Dans les années 1950, les tribunes étaient presque exclusivement occupées par des hommes.

En 1957, lors des Championnats du monde de Colorado Springs, elle est devenue la première Canadienne à travailler dans un événement sanctionné par l’Union internationale de patinage.

Elle avait 26 ans, à l’époque. Elle était la plus jeune femme à obtenir le mandat de représenter la Canadian Figure Skating Association (CFSA) lors des événements des plus haut niveaux.

Elle était la seule juge canadienne française, à son époque.

Une coupure de presse du journal Le Soleil, à Québec, dans laquelle on parle de la seule juge canadienne-française de niveau national dans les années 1970.

Sa grande rigueur - on la disait extrêmement sévère - lui a permis d’atteindre les plus hauts sommets.

Elle est éventuellement devenue la première dame nord-américaine à faire partie des officiels en patinage artistique, aux Jeux olympiques d’hiver.

«Je dis ce que j’ai à dire, je ne m’arrête pas seulement à y penser et quand je juge, je ne considère pas seulement ce que je vois mais aussi ce que les patineurs et patineuses peuvent ressentir à vouloir faire de leur mieux», expliquait-elle, dans un des rares articles de presse qui lui ont été consacrés durant cette importante période de sa vie.

Durant les championnats canadiens de patinage artistique qui se déroulaient au Colisée de Québec, en 1975, Le Soleil écrivait que «la plus grande fierté québécoise se trouvait sur la tribune des juges».

La notice nécrologique disait pas mal tout ce qu’il fallait savoir sur Pierrette Paquin-Devine, la dame de patinage artistique.

J’ai quand même pris le temps de parler d’elle avec ses enfants.

La semaine dernière, j’ai passé près d’une heure à bavarder avec Andrée, l’aînée de la famille. Et avec Sean, le benjamin.

Je vous l’ai dit, dès le départ. Mme Paquin-Devine nous a quittés à 90 ans. Elle était revenue s’installer en Outaouais, à Luskville, pour se rapprocher de ses proches dans la dernière portion de sa vie.

La communauté sportive ne la connaissait plus très bien.

«Pourtant, quand elle était jeune, elle ne pouvait pas sortir de la maison sans se faire reconnaître», m’assure Andrée.

«Hull n’était pas une très grande ville, à l’époque.»

Sa mère a eu la chance de venir au monde sous une bonne étoile. Son père, Donat Paquin, était un entrepreneur au sens des affaires bien développé. Il était entre autres propriétaire de quelques salles de cinéma. «Il avait compris, durant une période de grande dépression, que les gens avaient besoin de se distraire.»

Parce qu’elle a eu le bonheur d’appartenir à une famille bien nantie, elle a pu s’adonner à l’équitation et au patinage artistique. Ces deux loisirs n’étaient pas très populaires, à l’époque.

L’argent lui a ouvert des portes. Sa passion, sa détermination, sa fougue lui ont permis de se frayer un chemin.

Lundi, en cette fête de l’Action de grâce, ses proches se sont réunis à Luskville pour lui rendre hommage.

«On ne pourra jamais vous dire à quel point c’était une belle femme, insiste Andrée. Elle avait la grâce et le sang-froid. Comme bien des champions, elle brillait.»

«Son but, c’était la perfection. Et c’était son but dans tout ce qu’elle faisait. C’était son but quand elle s’entraînait, c’était son but quand elle compétitionnait. C’était aussi son but quand elle nettoyait la maison.»

Cette attitude lui a permis de vaincre le cancer à trois occasions. Elle a été une battante jusqu’à la fin.

Lundi, en cette fête de l’Action de grâce, ses proches se sont réunis à Luskville pour lui rendre hommage.

Les gens qui la connaissaient le mieux, ceux qui ne pourront jamais l’oublier, ont pu lui dire au revoir.