Patrick Duquette
Le Droit
Patrick Duquette
Gilbert Brunet a reçu un constat d’infraction de 274$ pour arrosage illégal.
Gilbert Brunet a reçu un constat d’infraction de 274$ pour arrosage illégal.

Piège à tickets

CHRONIQUE / Deux mois et demi après avoir reçu une contravention de 274 $ pour arrosage illégal de son misérable petit carré de gazon brûlé, le Gatinois Gilbert Brunet en rage encore.

À 71 ans, retraité et cardiaque, M. Brunet vit dans une de ces maisons en rangée anonymes comme on en trouve tant à Gatineau. Une maison où il est «lourdement» confiné vu son état de santé. Si la vie est plate depuis le début de la pandémie?

Ah, monsieur…

À l’entendre, j’ai compris que certains jours, peut-être même tous les jours, M. Brunet s’ennuie du grand terrain planté de 300 arbres où il habitait à Prévost avant son infarctus. Avant que ses ennuis de santé le forcent à quitter la campagne des Laurentides pour une banlieue-dortoir de la capitale fédérale…

Bref, j’en viens au fait.

Pour rendre son environnement immédiat plus supportable, M. Brunet a planté un érable derrière la maison. Et de jolies clématites devant. Sa manière d’ajouter un peu de beauté, de douceur, à la monotonie du décor.

Et l’été dernier, le 14 août au soir pour être plus précis, M. Brunet a arrosé son petit carré de gazon brûlé par le Soleil. «La seule surface, dit-il, que nous voyons depuis le balcon et les fenêtres, là où notre chétif érable peine à survivre…»

Mal lui en prit.

Car la patrouille verte de la Ville de Gatineau veillait dans l’ombre, le carnet de contravention à la main. Prête à sévir contre les délinquants du boyau qui se permettent d’arroser mécaniquement en dehors des heures réglementaires…

Lorsque M. Brunet sort pour fermer le robinet, que voit-il accroché à la poignée de porte? Un avis d’infraction. Un mois plus tard, il recevra par la poste un constat de 274 $.

S’il est furieux? Le mot est faible.

Car après avoir fermé le robinet, il scrute les alentours. Nulle trace de l’employé de la Ville.


« Même la police de la COVID avertit les contrevenants avant de sévir! »
Gilbert Brunet

Le valeureux préposé s’est sauvé comme un voleur. Sans verbalisation, sans lui donner la chance de s’expliquer. «Nous étions pourtant là et les rideaux étaient ouverts. Même la police de la COVID avertit les contrevenants avant de sévir!», s’insurge M. Brunet.

Vous l’aurez deviné: il entend contester le constat d’infraction devant le tribunal. Il a même écrit au maire Maxime Pedneaud-Jobin pour se plaindre du traitement qu’on lui a réservé.

«Un avis de 25 $ aurait suffi à me faire fermer le robinet. Mais au tarif criminel de 274 $, je ne peux pas plaider coupable. Si je paie, c’est la médiocrité du système qui se perpétue…»

Vous savez quoi? Je suis de son bord.

Le gars qui lave son entrée de cour à grands jets d’eau potable? Qu’on sorte le carnet de contravention!

L’autre qui nettoie son char au jour 5 d’une canicule? Qu’on le mette à l’amende!

Mais pourquoi s’acharner sur un retraité qui arrose son misérable carré de gazon pendant 15 minutes?

Ce n’est pas lui qui va assécher les réserves d’eau de la municipalité.

C’est vrai, si tout le monde faisait comme lui, on n’en sortirait pas.

Mais ç’aurait été quoi de cogner à sa porte pour lui expliquer le règlement?

Quand des promoteurs coupent des arbres illégalement à Gatineau, la municipalité se contente souvent de leur donner une tape sur les doigts.

Comme le rapportait récemment mon collègue Mathieu Bélanger, on leur offre même de «régulariser» leur situation après coup, sans payer d’amende.

Mais un vieux monsieur qui arrose son carré de gazon?

Bang, un constat de 274 $. Et le préposé qui disparaît, ni vu ni connu.

Quand le règlement d’arrosage est appliqué sans discernement, il ne vaut guère mieux qu’un minable piège à tickets.