Peut-on croire en Dieu?

CHRONIQUE / « Ne suffit-il pas de voir qu’un jardin est beau, sans qu’il faille aussi croire à la présence de fées au fond de ce jardin ? » - Richard Dawkins

Peut-on croire en Dieu ? Aux premiers abords, la question peut sembler étrange tellement la réponse apparaît évidente. Un peu partout dans le monde, des milliards de personnes y croient, donc bien sûr que nous pouvons croire en Dieu. Mais la vraie question est peut-être la suivante : est-il raisonnable de croire en Dieu ? Et a-t-on besoin de cette croyance pour bien vivre ? Considérant la place centrale que Dieu occupe dans la vie de nombreuses personnes, la question mérite qu’on s’y attarde.

Mais qu’est-ce que Dieu ? La définition de ce concept n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît, mais dans ce texte je procèderai à la distinction entre deux conceptions différentes de Dieu : le théisme et le panthéisme. Le théisme est une doctrine qui affirme l’existence d’un Dieu unique, transcendant et personnel. En plus d’être la cause du monde, ce Dieu serait intéressé par sa création et se permettrait même parfois d’y intervenir – en envoyant son fils mourir sur la croix, par exemple. Il se préoccuperait aussi de ce que vous mangez, des vêtements que vous portez, ou encore de vos pratiques sexuelles. Bref, c’est le Dieu des religions monothéistes.

Le panthéisme, quant à lui, est une doctrine philosophique selon laquelle « Dieu est tout », c’est-à-dire que Dieu serait le nom que l’on donne à la nature et aux lois qui régissent l’univers. Contrairement au théisme, le Dieu du panthéisme est immanent, c’est-à-dire qu’il est contenu dans la nature, qu’il n’en est pas distinct. Et surtout, il est impersonnel, donc indifférent au sort de ses créatures. Autrement dit, il est inutile de prier ce Dieu, car ce n’est tout simplement pas une personne. Et à vrai dire, nous ne savons même pas s’il est à l’origine du monde ou s’il n’en est qu’une des nombreuses manifestations. C’est le Dieu d’Einstein et de Spinoza, qui se révèle dans l’ordre harmonieux de ce qui existe.

Les différences entre ces deux conceptions sont nombreuses et majeures et je ne vais pas toutes les expliciter ici. Globalement, retenons cependant que si le Dieu du panthéisme s’avère compatible avec une conception matérialiste du monde, il n’en demeure pas moins difficile de prouver son existence. Quant à lui, le cas du Dieu théiste est plus désespéré encore, car il implique l’existence d’un ordre surnaturel, ce qui est tout bonnement incompatible avec nos connaissances scientifiques actuelles. Par ailleurs, ce Dieu étant supposé intervenir dans le monde, il devrait normalement laisser quelques traces tangibles, or aucune preuve ne permet d’appuyer cette prétention.

Donc, est-ce bien raisonnable de croire en quelque chose dont nous n’avons aucune preuve ? Qui plus est, devrions-nous accepter de baser notre vie sur un être aussi hypothétique et improbable que Dieu ? En l’absence de preuve, il m’apparaît préférable – et plus humble – de suspendre notre jugement et de faire comme si Dieu n’existait pas. Nous pourrions alors décider de construire notre vie sur des assises plus solides, notamment la pensée rationnelle.

Pour toutes ces raisons, j’ai toujours préféré me définir comme athée, même si ce terme est souvent mal interprété. Qu’est-ce que l’athéisme ? Contrairement à une conception largement répandue, l’athéisme n’est pas le fait de croire en l’inexistence de Dieu, mais bien le fait de ne pas croire en son existence. La différence est subtile, mais elle est fondamentale. L’athéisme n’est pas une croyance, et encore moins une religion, comme on l’entend parfois. L’athéisme, c’est tout simplement le refus de croire sans preuve suffisante.

Cela dit, l’athéisme n’est pas dénué de spiritualité pour autant. Le cosmos, dont la beauté et l’harmonie n’ont de cesse de nous émerveiller, constitue d’ailleurs une source inépuisable de réflexion et de débat pour les scientifiques et les philosophes en quête de sens et de vérité. Ils mobilisent ainsi l’ensemble des facultés humaines, y compris l’imagination, afin de mieux comprendre le monde qui nous entoure et dans lequel nous vivons. A-t-on vraiment besoin de plus pour bien vivre ?