Les conducteurs de train au Japon ont l’habitude de pointer et de nommer toute une série d’indicateurs avant de faire des manœuvres.

Petites habitudes, gros résultats

Les touristes qui prennent le train au Japon sont étonnés de voir les chefs de train se parler tout seuls.

Le train s’approche d’un panneau de signalement? Le conducteur le pointe et dit : «Le signal est vert».

Le train se déplace entre les gares? Il montre la vitesse du doigt et l’indique à haute voix.

Les wagons quittent la gare? Il pointe l’horaire et indique l’heure.

Sur la plate-forme, d’autres employés font des gestes similaires. Avant le départ de chaque train, les membres du personnel déclarent : «Tout est dégagé!» Les conducteurs ne font pas ça pour amuser les badauds. Ils font ça pour éviter des accidents.

Le shisa kanko ou le «pointer et nommer», en français, est une méthode pour assurer la sécurité des trains et leur ponctualité. En pointant et en nommant les choses, les conducteurs sont plus vigilants, ce qui diminue nettement les probabilités de bévues.

Avec 12 milliards de passagers transportés chaque année dans les trains japonais, les risques d’erreurs sont grands. Et pourtant, le réseau ferroviaire japonais est réputé comme un des plus fiables au monde.

Oui, la méthode du «pointer et nommer» a l’air un peu niaiseuse. Mais les résultats sont au rendez-vous.

Elle réduit les erreurs jusqu’à 85 % et les accidents de 30 %.

J’ai appris tout ça récemment dans le très utile livre Atomic Habits (non traduit en français), du blogueur James Clear. Mais ce n’est pas la première fois que je lis sur ces petites habitudes qui donnent de grands résultats.

La plus surprenante concerne le pouvoir des listes à cocher, qu’on appelle plus communément les «chekclists».

Le chirurgien Atul Gawande a écrit il y a quelques années le livre The Checklist Manifesto dans lequel il plaidait pour l’utilisation de ce moyen simple pour réduire les erreurs dans des milieux de travail de plus en plus complexes.

Les professionnels de la santé en sont un bon exemple. Il y a 10 ans, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait que les connaissances médicales permettaient d’identifier plus de 130 000 syndromes, maladies et blessures (imaginez aujourd’hui).

Les professionnels de la santé doivent en savoir toujours plus. Cette semaine, par exemple, le débat sur le bac obligatoire pour les infirmières et revenu sur la table. Les formations sont plus longues, les technologies de plus en plus avancées. Mais aucune équipe médicale ne peut être omnisciente.

Le problème, explique Gawande, n’en est pas un de savoir, mais d’inaptitude : on a du mal à se souvenir, à organiser et à appliquer le savoir dont on dispose. Et on continue à faire des erreurs, parfois fatales, en médecine, dans les transports ou ailleurs.

Mais pas besoin d’investir des millions de dollars dans la dernière technologie pour que les choses s’améliorent. Il existe une solution plus simple : une liste à cocher. Celle-ci doit contenir les étapes essentielles que les professionnels ne doivent surtout pas oublier. La liste à cocher d’un chirurgien, par exemple, contient une courte liste d’étapes incourtounables à compléter avant une opération. Par exemple, de demander à un patient la liste de ses allergies avant de l’opérer...

La stratégie est si efficace qu’en 2008, l’OMS a décidé que l’utilité des «listes de contrôle chirurgicales» devait faire l’objet d’une évaluation officielle. Un an plus tard, les recherches ont confirmé que la sécurité des patients s’améliorait significativement avec l’utilisation d’une checklist.

La stratégie a été adoptée dans de nombreux hôpitaux à travers le monde. En 2010, l’Hôpital général juif de Montréal a été le premier hôpital au Québec à adopter la checklist de l’OMS.

Et vous, est-ce qu’une liste à cocher — ou à nommer et pointer — pourrait vous être utile au travail ou même, à la maison? James Clear donne le truc de sa femme qui pointe et nomme les trois objets qu’elle doit absolument emporter avant de partir de chez elle : «J’ai mes clés, mon téléphone, mon portefeuille», dit-elle en les montrant du doigt.

Elle ne les oublie jamais.