Matt Duchene a su bien représenter les Sénateurs au cours d’un été difficile pour l’organisation.

Petit geste, impact durable

CHRONIQUE / La scène se déroule dans un des endroits les plus quelconques au Canada : le terrain de stationnement d’un restaurant Tim Hortons.

Je vous parle ici d’un Tim Hortons situé dans un milieu rural. Nous sommes à Orillia, petite municipalité située à une centaine de kilomètres au nord de Toronto.

Par une chaude soirée d’été, à la mi-août, trois jeunes adultes s’étaient arrêtés à la commande à l’auto. Ils rentraient tranquillement à la maison, après avoir assisté à un concert en plein air dans un festival de musique country.

L’un d’entre eux portait sa casquette des Sénateurs. C’est petit un détail très important.

Un gros camion blanc était stationné tout près. Le solide gaillard qui était derrière le volant a pris le temps de descendre pour leur serrer la pince.

« Salut ! J’ai remarqué, de loin, la casquette des Sénateurs. Je voulais tout simplement prendre le temps de vous dire bonjour. Merci de nous soutenir », a simplement dit le jeune homme, avant de s’en retourner.

Il n’avait pas besoin d’en faire plus.

Les trois jeunes adultes étaient sous le choc.

Ils venaient de rencontrer Matt Duchene.

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Sous le choc, ils ont fait comme tout le monde. Ils se sont précipités sur Internet pour partager l’anecdote dans les réseaux sociaux.

Duchene ricanait, mardi, quand je l’ai pris à part pour lui parler de tout ça, en quittant la patinoire au terme d’une séance d’entraînement informelle au Sensplex.

« Ce n’est pas le genre de truc que je fais chaque jour, mais ça m’arrive, à l’occasion. C’était plutôt cool. C’était même drôle », a-t-il commenté.

Je lui ai alors fait valoir qu’en 15 ans de métier, je n’ai jamais rien vécu de tel. Les hockeyeurs de la LNH sont généralement faciles d’approche. Rares sont ceux qui provoquent les rencontres avec les fans.

« Pourtant, c’est facile. Je n’ai eu qu’à me déplacer vers eux. J’attendais aussi qu’on m’apporte mon café. »

Le geste que Duchene juge quelconque prend encore plus d’importance quand on le place dans le contexte. L’organisation des Sénateurs vient de connaître la pire saison morte de son histoire. Elle a vogué de controverse en catastrophe. Au fur et à mesure que la situation s’envenimait, on attentait une réaction de la direction. On se disait que cette réponse devait être forte. Des leaders devaient s’affirmer et poser des gestes significatifs, concrets.

On attend toujours.

Les dirigeants de l’organisation ont passé l’été à se cacher dans leurs bureaux de Kanata.

Pierre Dorion, le directeur général qui a pourtant été formé à l’école de la transparence, n’a pas effectué une traître sortie publique au cours des deux derniers mois.

En sortant du processus d’arbitrage qui lui a permis de mettre Cody Ceci et Mark Stone sous contrat, il a refusé toutes les demandes d’entrevue. Il s’est contenté d’offrir quelques miettes au public. Ses brefs commentaires ont été relayés par courriel aux journalistes.

Matt Duchene a possiblement posé le geste le plus important de l’été, quand il s’est rendu à la rencontre de ces trois partisans.

Le soutien des partisans est important pour nous, a-t-il essentiellement dit, ce soir-là, dans le stationnement du Tim Hortons d’Orillia.

Il faut clairement qu’il ait l’organisation des Sénateurs à cœur, même s’il porte leur maillot depuis moins d’un an.

Je lui ai demandé ce que ça prendrait, à l’heure actuelle, pour le convaincre d’apposer sa signature d’un contrat à long terme.

Il m’a répondu qu’il ne voulait pas trop s’aventurer sur ce terrain. « Tout ce que je veux, à l’heure actuelle, c’est connaître un bon début de saison. »

« Je suis heureux ici et je suis fier d’appartenir à l’organisation des Sénateurs, mais le même sentiment de fierté m’habiterait si j’appartenais à n’importe quelle autre équipe. »

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Le grand silence des Sénateurs tire à sa fin. Le nouveau chef de l’exploitation, Nicolas Ruszkowski, a choisi d’accorder sa première entrevue à notre ami Wayne Scanlan, l’excellent columnist qui vient d’annoncer sa retraite après une trentaine d’années au Ottawa Citizen.

M. Ruszkowski lui a juré qu’il développerait de meilleurs liens avec la clientèle francophone.

On va s’arrêter ici pour aujourd’hui. On va méditer sur le fait qu’il a promis aux francos de mieux s’occuper d’eux... dans les pages d’un quotidien anglophone.