Le parcours de Daniel Alfredsson vient nous rappeler que la terre va toujours continuer de tourner.

Personne n’est irremplaçable

CHRONIQUE / Personne n’a oublié le jour où Daniel Alfredsson a quitté les Sénateurs. On parle ici de son premier départ. La fois où il s’est joint aux Red Wings de Détroit à titre de joueur autonome sans compensation.

Ça va bientôt faire cinq ans.

Ça fait JUSTE cinq ans.

Chaque jour, ou presque, quelqu’un se plaint du temps qui passe trop vite. Dans ce cas, il me semble que le temps s’est écoulé très lentement. Le premier départ d’Alfie, on dirait que c’est une histoire du siècle dernier.

En cinq ans, le gars a eu le temps de jouer une saison avec les Wings. Il aurait bien voulu en disputer une deuxième, mais son corps n’a pas voulu. Après plusieurs mois à vivre d’espoir, il a choisi d’accrocher ses patins. Il s’est alors réconcilié avec ses anciens patrons, ce qui lui a permis de participer à une dernière période d’échauffement à Kanata. Il est revenu par la grande porte, acceptant un poste plus ou moins défini dans la direction des opérations hockey des Sénateurs. On lui a organisé un beau party durant lequel on a retiré son chandail. Le travail de bureau lui a plus ou moins plu, si bien qu’il a claqué la porte à nouveau.

Il se sent tellement loin de l’organisation, en ce moment, qu’il se donne même le droit de souhaiter le départ du propriétaire Eugene Melnyk.

Tout ça, en cinq ans.

Je fais moi-même un long détour dans le passé, ici, avant de revenir dans le moment présent.

Le parcours d’Alfredsson vient nous rappeler que la terre va toujours continuer de tourner.

On croyait que les Sénateurs auraient beaucoup de mal à se remettre du départ de leur joueur le plus important, en juillet 2013.

En fin de compte, quand le camp d’entraînement a débuté, deux mois plus tard, la vie a repris son cours normal.

Mon grand détour, c’est pour dire que dans le monde du sport, personne n’est irremplaçable. Un joueur plus important que son équipe, ça n’existe pas.

Le 1er juillet arrive et, pour les Sénateurs, c’est tant mieux. Enfin, l’épineux dossier d’Erik Karlsson débloquera. On saura enfin si l’organisation se donnera les moyens de retenir son joueur le plus talentueux. Après des mois de spéculation, on saura à quel point Karlsson souhaite poursuivre sa carrière à Ottawa.

J’ai pris un détour pour finalement écrire quelque chose que j’ai déjà écrit à quelques occasions. Une transaction impliquant Karlsson ne serait pas nécessairement la pire chose qui pourrait arriver à cette organisation.

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L’actualité des derniers jours nous confirme que les attitudes ne changent pas.

Dans la Ligue nationale de hockey, on compte 31 directeurs généraux. Brian MacLellan va passer les prochaines semaines à savourer sa conquête de la coupe Stanley à Washington. Ses 30 collègues passeront l’été à se répéter qu’ils pourraient facilement lui succéder... si seulement ils pouvaient ajouter un ou deux joueurs de talent de plus à leur formation.

Tous les directeurs généraux sont convaincus qu’ils sont à quelques pas du succès.

Une demi-douzaine d’équipes ont fait un pont d’or à John Tavares, meilleur centre disponible cet été.

Il est permis de croire que la plupart des équipes qui mordront la poussière seront maintenant aux trousses de Paul Stastny avec de grosses valises pleines de billets verts dans les mains.

Et ainsi de suite.

Je persiste à croire qu’en négociant de façon intelligente, Pierre Dorion serait capable de décrocher le gros lot en échangeant son capitaine.

Le genre de gros lot qui pourrait l’aider à relancer très rapidement son organisation. Sur la glace, du moins. Par «très rapidement», je parle d’un horizon de deux à trois ans.

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Dans les bureaux administratifs du Centre Canadian Tire, on a sans doute suivi avec beaucoup d’intérêt et de satisfaction le débat qui a déchiré les réseaux sociaux dans la dernière semaine.

Des quantités impressionnantes de fans en veulent à Dorion de ne pas avoir choisi Filip Zadina en première ronde. Ils ne peuvent pas concevoir qu’on ait laissé passer un marqueur de 44 buts dans la LHJMQ pour choisir Brady Tkachuk, qui en a marqué seulement huit dans la NCAA.

Dans leurs commentaires, on sent beaucoup de passion.

Les fans qui se disaient prêts à tourner le dos à toute l’organisation sont prêts à déchirer leur chemise pour deux ailiers de 18 ans qu’ils n’ont jamais vu jouer.