Denis Gratton
Le Droit
Denis Gratton
Nicolas Blais a donné un de ses reins à son fils Louis-Frédéric en mars dernier.
Nicolas Blais a donné un de ses reins à son fils Louis-Frédéric en mars dernier.

Permettre à son fils de rêver

CHRONIQUE / «Si tout va bien, les opérations auront lieu d’ici la fin de l’année », pouvait-on lire dans notre édition du lundi 14 mai 2018.

Nicolas Blais était confiant. Ce résident du secteur Aylmer allait sauver la vie de son fils de 12 ans, Louis-Frédéric, en lui donnant un rein. « Ma décision était prise avant même que je sache que j’étais compatible », dit-il.

Louis-Frédéric est atteint d’une rare maladie génétique qui s’attaque aux reins et les détruit. À l’âge de quatre ans, il a été admis d’urgence à l’hôpital. Tous ses organes avaient cessé de fonctionner, sauf son cœur.

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Après plusieurs jours dans un coma aux soins intensifs, ses organes se sont remis à fonctionner un à un, sauf ses reins. Son séjour à l’hôpital allait s’étendre pendant plus de 11 mois durant lesquels Louis-Frédéric a subi de nombreuses chirurgies et d’innombrables transfusions sanguines, suivies de traitements de dialyse de six heures chacun, trois fois par semaine.

Sa fonction rénale a repris au bout d’un an, on a pu cesser la dialyse et Louis-Frédéric est enfin rentré à la maison. « Louis-Frédéric a pu vivre pendant huit ans sans traitement de dialyse », dit son père.

Mais la maladie n’avait pas disparu par enchantement. Tôt ou tard, une greffe de rein allait être essentielle à la survie du jeune garçon.

En mai 2018, Nicolas Blais a eu le feu vert des médecins. Il était compatible et, s’il le voulait toujours, il pouvait donner un rein à son fils. Sa décision était déjà prise.

« Ça allait de soi, laisse-t-il tomber. C’est un peu égoïste ce que je vais dire, mais c’était plus facile pour moi de donner un rein à mon fils que de le voir malade et de le voir souffrir. Tout a bien été pendant les huit années qui ont suivi son hospitalisation. Mais en janvier 2019, sa fonction rénale a recommencé à diminuer et Louis-Frédéric a dû reprendre les traitements de dialyse. Il ne pouvait plus aller à l’école, il avait zéro énergie, il y avait des complications. Il n’était vraiment, mais vraiment pas bien. »

Bref, la greffe s’imposait.

***

Nicolas Blais a donné un rein à son fils en mars dernier. Hier, papa et fiston ont été reçus à un brunch organisé par la Fondation du rein section Outaouais.

« L’opération s’est très bien passée, a dit M. Blais. Louis-Frédéric a eu quelques petites complications, mais rien de grave. Il va très bien, le rein est en parfaite santé et il n’y a aucun signe de rejet.

— Et vous, M. Blais ? Comment allez-vous ?

— Très bien. J’ai même trouvé ça facile. Je n’ai passé que deux jours à l’hôpital, j’ai dû prendre des antidouleurs pendant trois jours et faire attention pendant un mois de ne pas soulever d’objets trop lourds, et je dois manger santé, comme tout le monde devrait manger santé. Pas trop de gras, pas trop de sodium, des choses normales, quoi. L’être humain peut vivre normalement avec un seul rein. »

« Il y a des gens qui m’ont dit que mon geste est touchant et exceptionnel. J’ai un peu de misère avec ça. Je n’ai rien fait d’exceptionnel. J’ai fait ce que tout papa aurait fait pour son fils. Moi, ce qui me touche et m’impressionne vraiment, ce sont les donneurs anonymes, ces gens qui font le don d’un rein pour une personne qu’ils ne connaissent pas. Ça, c’est vraiment… wow. »

Louis-Frédéric va bien. Grâce à son père et à l’équipe médicale de l’Hôpital de Montréal pour enfants, il a repris une vie normale et l’avenir lui appartient.

« Mon fils est encore jeune, dit son père, il a le temps de penser à ce qu’il aimerait faire dans la vie. Mais il dit souvent qu’il aimerait être biologiste marin. Nous sommes allés en bateau à Tadoussac, il y a trois ans, et ça l’a marqué. On verra bien. Il a le temps d’y penser. »

Il a effectivement le temps d’y penser.

Parce que dorénavant, tous les rêves sont permis.