Une exposition de milliers de coquelicots de laine fabriqués par les membres du Cercle des Fermières de ce village de l’Est ontarien décorait magnifiquement et dignement l'église de Chute-à-Blondeau, dimanche.

Patrick Lormand ne sera jamais oublié

CHRONIQUE / Le village de Chute-à-Blondeau s’est souvenu dimanche.

L’église était bondée. Une exposition de milliers de coquelicots de laine fabriqués par les membres du Cercle des Fermières de ce village de l’Est ontarien décorait magnifiquement et dignement les lieux. Et les gens se sont souvenus. De leur fils. De leur ami. De leur frère d’armes. De l’un des leurs décédé il y a 10 ans.

Le dimanche 13 septembre 2009, le caporal Patrick Lormand, 21 ans, était tué par l’explosion d’une bombe artisanale sur une route de l’Afghanistan. Membre du 2e Bataillon du 22e Régiment de Valcartier, il prenait place à bord d’un véhicule blindé, à environ 10 kilomètres de Kandahar, lorsque la détonation fatale s’est produite. Membre d’un regroupement tactique dont le mandat était de sécuriser la région pour la population locale, Patrick Lormand en était à sa première mission outre-mer pour les Forces armées canadiennes auxquelles il s’était joint trois ans plus tôt.

Le caporal Patrick Lormand, 21 ans, a été tué par l’explosion d’une bombe artisanale sur une route de l’Afghanistan, en 2009.

Son père, Jacques Lormand, se souvient de cette triste journée et du moment où des militaires sont débarqués à Chute-à-Blondeau et ont frappé à sa porte pour lui annoncer le décès tragique de son fils cadet. « Les Forces armées délèguent trois militaires en vêtements de fatigue camouflage et à bord d’un véhicule blanc, dit-il. Cette journée-là, je les ai vus passer à deux reprises dans le village, mais je n’ai pas allumé. Ça faisait à peu près un an que nous étions déménagés de notre maison à notre ferme. Et les adresses n’avaient pas été changées dans les registres militaires à Québec. Alors ces trois militaires se sont retrouvés plantés là, devant notre ancienne maison, où ils ont attendu pendant des heures. Lorsque l’homme qui a acheté notre maison est enfin arrivé chez lui, les militaires se sont évidemment rendu compte qu’ils n’étaient pas à la bonne adresse. C’est ce monsieur qui les a guidés vers notre ferme. »

« Ils sont arrivés chez nous vers 20 h 30 et ils nous ont annoncé la nouvelle. Notre fils aîné, André, se trouvait alors à Peterborough, en Ontario. J’ai voulu aller le chercher pour l’aviser et pour qu’il soit avec nous. Mais les militaires nous ont plutôt conduit ma femme et moi jusqu’à Peterborough, en pleine nuit. On est arrivé là-bas vers 3 h 30 le matin. On a loué un motel. Et ma femme, André et moi avons passé la plus longue nuit de notre vie. »

Patrick Lormand a été conduit à son dernier repos au cimetière de l'église St-Joachim du village de Chute-à-Blondeau, en septembre 2009.

M. Lormand décrit son fils Patrick comme un bon vivant qui comptait d’innombrables amis. « Et il était un petit gars qu’on ne pouvait asseoir cinq minutes sur une chaise, ajoute-t-il en souriant. Il bougeait tout le temps. Et il était toujours là pour les autres, notre Patrick. Un jour, il conduisait sa voiture à Ottawa et un accident est survenu tout près. Il a été le premier à porter secours aux victimes et leur donner les premiers soins. C’était le genre de petit gars qu’il était. Il a fait deux ans de réserve avant de se joindre aux Forces armées canadiennes à la fin de son secondaire. Il est parti pour Ottawa et il a signé pour trois ans avec l’Armée. À la fin de l’été, il a quitté pour le Collège militaire à Saint-Jean-sur-Richelieu et il est entré là comme le petit nouveau qui savait où il s’en allait parce qu’il avait une certaine expérience militaire », poursuit M. Lormand.

Jacques Lormand était à l’église de Chute-à-Blondeau avec les siens, dimanche. Pour se rappeler de son fils, certes, mais aussi pour honorer les 158 militaires canadiens qui ont perdu la vie en Afghanistan, et tous ceux qui ont sacrifié leur vie avant eux.

« J’ai toujours participé aux cérémonies du jour du Souvenir, dit-il. Et depuis la mort de Patrick, je m’y attache un peu plus. Mais le 11 novembre, le jour du Souvenir appartient au pays et c’est pour tous les militaires qui ont donné leur vie. Tandis que le 13 septembre nous appartient. »

« Chaque année, le 13 septembre est une journée fériée pour moi. Après dîner, je vais au cimetière. Qu’il pleuve ou qu’il grêle, je suis là par respect pour mon petit gars. Je passe quelques heures avec lui, je lui dis bonjour. Je veux le garder en mémoire à tout jamais », conclut-il en s’essuyant les yeux.