Patrick Duquette

#Ellesaussi, croyons-les

CHRONIQUE / Il y a des injustices qui me révoltent plus que d’autres. Rien ne m’indigne plus qu’une personne qui profite de sa position d’autorité pour exploiter une personne vulnérable. Et dans ce cas-ci, on parle d’une personne vulnérable parmi les plus vulnérables.

Le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) a convoqué une conférence de presse vendredi matin pour annoncer le dépôt d’accusations de grossière indécence et d’exploitation sexuelle contre un chauffeur de taxi de 48 ans. 

Le chauffeur aurait profité d’un transport adapté pour agresser une ado de 17 ans lourdement handicapée.

La jeune femme avait le profil idéal de la victime. De lourdes déficiences intellectuelles et physiques, de la difficulté à s’exprimer... En plein le genre d’agression qui passe le plus souvent sous le radar. On se retrouve ici devant l’un des plus grands tabous de notre société. 

Voilà quelques années, une étude a établi qu’une personne avec une déficience intellectuelle sur deux sera victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie. C’est la moitié d’entre elles !

Si on tient compte seulement des femmes atteintes de déficience intellectuelle, les études sont encore plus accablantes. 

« De 70 à 90 % des femmes ayant une déficience intellectuelle sont agressées sexuellement au cours de leur vie, comparativement à 34 % pour le reste de la population féminine », indique Joëlle Trahan, intervenante au CALAS de l’Outaouais.

C’est complètement débile, non ? Ça veut dire que presque toutes les femmes atteintes de déficience intellectuelle seront un jour ou l’autre agressées au cours de leur existence. Autre fait troublant, dans 40 % des cas, l’agression sera perpétrée par un employé, un bénévole, un accompagnateur ou un chauffeur. En d’autres termes, par quelqu’un qui est là pour aider la personne, pas pour l’exploiter vilement !

La compagnie de taxi et la Société de transport de l’Outaouais vérifient les antécédents judiciaires des chauffeurs du transport adapté. Est-ce suffisant ? Je l’ignore. Toutes les mesures de contrôle au monde n’arriveront jamais à séparer complètement le bon grain de l’ivraie. L’éducation a aussi un rôle à jouer. Le CALAS a mis sur pied des formations, il y a quelques années, pour éduquer chauffeurs et usagers au phénomène de la violence sexuelle.

Il reste que les personnes avec une déficience intellectuelle ont moins accès que la moyenne à de l’éducation sexuelle, à de la prévention ou à du soutien. Elles ont souvent de la misère à s’exprimer. Parfois, elles ne parlent carrément pas.

Le plus fâchant, c’est qu’à cause de cela, on ne les prendra pas au sérieux si elles essaient de dénoncer une agression sexuelle dont elles ont été victimes. On aura tendance à moins les croire. Alors qu’on devrait les croire encore plus. Les statistiques sont là pour le démontrer.

C’est déjà difficile pour une femme en pleine possession de ses moyens de convaincre son entourage, la police et le système de justice qu’elle a été victime d’une agression sexuelle. Tout le mouvement #moiaussi tourne autour de cela : il faut croire davantage les victimes pour qu’elles osent dénoncer leurs agresseurs. La même logique devrait s’appliquer aux victimes avec une déficience intellectuelle, d’autant plus que ces personnes ont déjà un accès plus difficile à la justice.

Bravo au SPVG qui a mis ce cas au grand jour. En lançant un appel au public, la police de Gatineau donne le signal que ce genre de plainte est traitée avec tout le sérieux qu’elle mérite. Elle encourage aussi les autres victimes potentielles à porter plainte. #Ellesaussi ont le droit d’être crues.

Patrick Duquette

La guerre derrière les écrans

CHRONIQUE / La cybersécurité ? C’était pour moi une notion abstraite jusqu’à ce je sois victime d’un vol d’identité, il y a quelques années.

L’affaire s’était réglée sans trop de conséquences fâcheuses grâce à la vigilance de mon institution financière. Quelques coups de téléphone aux agences de crédit, une plainte à la police, et je pensais ne plus en entendre parler. Pour plus de sûreté, j’avais instauré une alerte sur mon dossier de crédit chez Équifax.

Patrick Duquette

Un ministre pas parfait

CHRONIQUE / Est-ce d’intérêt public de divulguer que le nouveau ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe, cumulait les dettes et a failli faire faillite ?

La réponse est : oui.

Patrick Duquette

Un vote pour la continuité

CHRONIQUE / Non, Jim Watson n’est pas parfait, les électeurs d’Ottawa le savent bien. Mais ils ont l’impression que les choses avancent avec lui à l’hôtel de ville, plus qu’au temps d’un certain Larry O’Brien en tout cas. Et ils lui ont confié un troisième mandat consécutif à la mairie d’Ottawa, une marque de confiance qu’on n’avait pas vue depuis longtemps.

Les résultats de cette élection ont été à la hauteur d’une campagne terne et sans suspense. Jim Watson a largement dominé son seul véritable rival à la mairie. L’ex-conseiller Clive Doucet a avancé de bonnes idées, mais il est arrivé trop tard pour faire une réelle différence. À 72 ans, M. Doucet retraitera dans ses terres, au Cap-Breton, en attendant la sortie de son prochain livre prévu d’ici quelques semaines.