C'est grâce à un prof qu'un suprémaciste blanc a pu être arrêté.

Zone franche pour la haine

CHRONIQUE / L’homme de Granby faisait l’apologie du nazisme et d’Adolf Hitler sur les médias sociaux.

Sur VK, l’équivalent russe de Facebook, il laissait libre cours à sa haine des noirs, des Juifs et des Arabes.

Il allait jusqu’à affirmer que le « camp de concentration est la plus grande innovation nazie » et souhaite que 2020 soit l’avènement de la civilisation aryenne.

À LIRE AUSSI : L'accusé envoyé en évaluation psychiatrique

Bref, ce monsieur de 38 ans, qui répandait prétendument son fiel raciste, homophobe et anti-immigration sur le Web, a finalement été arrêté par la police lundi. Il fait face à des accusations d’incitation à la haine et au génocide. Il subira aussi une évaluation psychiatrique.

Tout est bien qui finit bien, alors ? Non, justement.

Parce que ce n’est pas à la suite d’une enquête serrée de la police que ce présumé néonazi s’est retrouvé devant un tribunal. L’homme a plutôt été débusqué par un prof du collégial, Xavier Camus, qui s’intéresse de près aux groupes haineux depuis l’attentat de la mosquée de Québec.

C’est lui qui a présenté l’individu sur son blogue comme un suprémaciste blanc, sympathisant de Hitler, et nourrissant des fantasmes terroristes. Le tout avec de nombreuses captures d’écran à l’appui.

À ma collègue Marie-Ève Martel de la Voix de l’Est qui a écrit un excellent article sur le sujet, M. Camus a confié avoir approché les autorités avec le résultat de ses recherches.

Et c’est là qu’il faut se poser des questions.

Car la police lui aurait expliqué qu’« une plainte a beaucoup plus de poids si elle est formulée par une personne visée par les menaces ».

Je veux bien.

Mais faut-il en comprendre que tant que tu insultes les juifs, les noirs ou les Arabes en général, sans viser personne en particulier, tu ne risques rien ? Tu peux libérer ton fiel en toute impunité, au nom de la liberté d’expression, comme le faisait ce monsieur ?

J’espère que non.

Sur sa page Facebook, l’auteur jeunesse Nicolas Paquin y voit une « banalisation assumée », au Québec, des courants de pensée qui mèneraient directement en cour du côté de la France.

« Notre insouciance, écrit-il, nous fait prendre à la légère une haine latente dont on ne peut pas comprendre l’impact réel, car on n’a pas vu le sang des nôtres gicler sur nos parquets, car on n’a pas senti s’abattre sur soi la matraque de l’ordre et vu partir nos voisins vers des lieux d’où ils ne revinrent jamais sous prétexte qu’ils n’avaient pas une prétendue pureté raciale. »

Il a raison. Le Québec a été relativement épargné par les grands conflits mondiaux. On ne réalise pas que répandre des horreurs contre un groupe en particulier, c’est la recette employée par Goebbels pour démoniser les juifs dans l’Allemagne nazie. C’était la recette de la radio des Milles-Collines qui incitait, dans les années 1990, à « tuer tous les cafards » au Rwanda.

Si le monsieur de Granby avait exprimé ses opinions racistes et antisémites sur la place publique — au conseil municipal par exemple — il aurait été arrêté sur-le-champ. Mais il a fallu l’intervention d’un prof de cégep et d’une journaliste pour que la police s’en mêle. Une nouvelle preuve que des propos intolérables sur la place publique peuvent être répercutés en toute impunité sur les médias sociaux.