Katherine Marceau est copropriétaire du Ou Quoi !. Le bar souhaite produire zéro déchet d’ici un an.

Zéro déchet, un geste à la fois

CHRONIQUE / Un bar qui ne produit pas de déchets, c’est possible ?

Oui, soutient Katherine Marceau, copropriétaire du Ou Quoi ! au centre-ville de Gatineau. L’établissement de la rue Laval s’est donné jusqu’à la fin de l’année pour devenir le premier bar certifié zéro déchet de l’Outaouais. Pour y arriver, le commerce devra récupérer, composter ou réutiliser de 90 à 100 % des déchets qu’il produit.

« On espère qu’en donnant l’exemple, on va convaincre d’autres commerces du Vieux-Hull de se lancer à leur tour dans l’aventure », explique la jeune entrepreneure de 28 ans.

Le « verdissement » de son commerce passe par une foule de petits gestes qui peuvent avoir l’air insignifiants pris séparément, mais qui deviennent déterminants une fois conjugués.

Ainsi, le Ou Quoi ! offre majoritairement de la bière québécoise en fût plutôt qu’en bouteille à ses clients. Du coup, cela fait moins de verre à recycler, moins de transport, et moins de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. En outre, le commerce n’utilise que des pailles compostables. Et encore, il en fournit seulement aux clients qui en réclament.

Le Ou Quoi ! a aussi revu à la baisse les types d’alcool fort offert à sa clientèle afin d’éviter le gaspillage. On a poussé le souci du détail jusqu’à presser sur place les agrumes qui accompagnent les consommations alcoolisées. On s’évite ainsi d’avoir à recycler les contenants de jus. Quant aux produits à usage unique individuel, comme les dosettes de lait ou de crème et les sachets de sucre, ils sont bannis du commerce.

Le fait que le Ou Quoi ! ne sert pas de repas à sa clientèle facilite ses efforts de réduction des déchets. « Chez nous, il ne reste plus grand-chose qui va aux poubelles, à part le papier brun pour s’essuyer les mains, les plats de lunch que les gens laissent chez nous et les produits d’hygiène féminine qui sont produits non par nous, mais par nos clients. Tout le reste, les pailles, les restes d’agrumes, même les sous-verre, ça va dans le compost. Quant à notre recyclage, il comporte surtout des boîtes de carton », résume Mme Marceau.

Le Ou Quoi ! vient démentir cette perception que les commerces se la coulent douce en matière de récupération des déchets, alors que le secteur résidentiel est mis à forte contribution. « Les commerçants du centre-ville sont de plus en plus conscients de ce qu’ils peuvent faire pour améliorer les choses. Je vois des changements. Ainsi, plusieurs ont changé leurs plats pour apporter, abandonnant le styromousse au profit de plats recyclables », dit-elle.

Le Ou Quoi ! a obtenu l’aide du CREDD de l’Outaouais, un organisme vert, afin de devenir un bar zéro déchet. Il est aussi en nomination pour les prix Vertuoses d’Enviro Éduc-Action.

Mme Marceau est cependant moins élogieuse à l’égard de la Ville de Gatineau qu’elle trouve peu encline à collaborer avec les commerçants. « Si je n’avais tenu à ce point à faire du compostage dans mon commerce, j’aurais baissé les bras depuis longtemps », lâche-t-elle d’un ton exaspéré.

Le Ou Quoi ! a un contrat avec le privé pour disposer de ses matières recyclables. Mais il ne produit pas assez de compost — l’équivalent de deux bacs bruns par semaine — pour faire affaire avec le privé. Mme Marceau souhaitait que la Ville de Gatineau lui fournisse deux bacs, en plus d’inclure son commerce dans la collecte du compostage qui passe déjà sur sa rue. Elle était prête à payer les frais encourus. Rien à faire. « J’ai parlé à je ne sais combien de personnes à la Ville… Elle n’offre pas le compost aux petites entreprises, point à la ligne. Alors on se débrouille à droite et à gauche pour composter. J’en rapporte même chez moi afin d’éviter qu’il finisse à la poubelle ! »

La copropriétaire du Ou Quoi ! n’entend pas se décourager pour autant. « J’ai à cœur que ça marche, raconte cette mère de deux bambins. À la maison aussi, le mot d’ordre est de réduire les déchets. J’achète de la bouffe en vrac, je vais au marché de fruits et légumes… Ces jours-ci, nous sommes cinq à la maison, et on ne remplit pas la moitié de nos poubelles. »

De petits gestes, quoi, qui finissent par faire une grande différence.