La dite vidéo diffusée par l'Université du Québec en Outaouais «perpétue l’idée qu’une femme est en mode séduction si elle dévoile trop certaines parties de son corps», indique notre chroniqueur Patrick Duquette.

Vidéo sexiste à l'UQO: au-delà des apparences

CHRONIQUE / Dans une vidéo controversée vite retirée du Web, l’Université du Québec en Outaouais recommande à son personnel d’éviter de porter des vêtements en « mode séduction » comme les décolletés plongeants, la bretelle spaghetti ou la minijupe.

Eh misère.

Quand on pense que cette vidéo de conseils vestimentaires s’inscrit dans un programme destiné à améliorer l’image de l’université… c’est à en pleurer. Il n’y a rien là-dedans pour redorer l’image d’une institution qui se cherche un second souffle depuis quelques années.

On ne fera pas longtemps le procès de la vidéo comme telle, une niaiserie sexiste, paternaliste et condescendante, dénoncée avec raison par les syndicats de professeurs et de chargés de cours. Qu’on ait pu financer la production d’une telle insignifiance avec des fonds publics — facture de 1100 $ — dépasse l’entendement.

Qu’on se rappelle que toutes les institutions d’enseignement postsecondaire du Québec viennent d’adopter une politique pour la prévention des violences à caractères sexuels. Et voilà que l’UQO diffuse cette vidéo perpétuant l’idée qu’une femme est en mode séduction si elle dévoile trop certaines parties de son corps.

Navrant et rétrograde.

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En fait, on peut vraiment se demander à quoi rime la diffusion de cette vidéo où une « styliste de mode » sortie d’on ne sait où s’étend en long et en large sur la manière de se vêtir « lorsqu’on dessert une clientèle étudiante ». Elle proscrit les bermudas, les pantalons taille basse, les gougounes et les cotons ouatés. Seul le veston semble trouver grâce à ses yeux — pourvu qu’on le porte avec un jean propre, des souliers soignés ou une ceinture de qualité. Les accessoires « cheapettes » sont à éviter, précise-t-elle.

Cheapettes ? Quand on pense que bien des étudiants universitaires tirent le diable par la queue… 

Jusqu’à preuve du contraire, personne n’a signalé un problème flagrant de laisser-aller dans l’habillement des profs d’université. Et même à supposer que ce soit le cas : il y a bien d’autres problèmes à régler à l’UQO avant de s’attaquer aux vêtements du personnel. Le climat est tendu depuis plusieurs années entre la direction et les employés. Ce n’est certainement pas en leur faisant la leçon sur leur apparence, sujet délicat s’il en est un, qu’on va améliorer les relations de travail. Il y a plus urgent.

Les grands projets de développement de l’UQO ont de la misère à progresser. Pendant qu’on se chicane à l’interne, le train passe ailleurs. De passage à Gatineau vendredi, le premier ministre François Legault a annoncé des investissements de 17 M$ en cybersécurité, dont une partie profitera au cégep de l’Outaouais. Encore rien pour l’UQO qui attend toujours l’argent pour réunifier ses deux campus et bâtir un nouveau pavillon.

Dans un milieu de travail plus sain, une vidéo qui dit comment s’habiller au personnel de l’UQO ne se serait jamais rendue dans l’espace public. Quelque part au sein de l’organisation, un employé aurait appelé le recteur pour lui dire : avez-vous vu ça ? Retirez donc ça tout de suite, ça n’a aucun bon sens. » Au lieu de cela, la vidéo a été diffusée largement. Les syndicats sont tombés à bras raccourci sur la direction, qui n’a eu d’autres choix que de la retirer du Web, la tête entre les jambes. Triste.