Le MTQ n’a pas demandé aux consultants de tenir compte d’un détail pourtant incontournable dans l’analyse des différents scénarios : la réalité frontalière.

Univers parallèle

CHRONIQUE / C’est à croire que Transports Québec vit dans un univers parallèle à la Stranger Things.

Je parle de cette nouvelle étude pour améliorer le transport en commun dans l’ouest de Gatineau et solutionner les problèmes croissants de congestion routière dans le secteur Aylmer. Une étude que le ministère québécois des Transports (MTQ) a commandée en 2011 et qu’il a ensuite mis des mois et des mois à rendre publique…

Or qu’est-ce qu’on a appris vendredi, lors du dévoilement tant attendu de cette étude sur le Rapibus de l’Ouest ?

Que le MTQ n’a pas demandé aux consultants de tenir compte d’un détail pourtant incontournable dans l’analyse des différents scénarios : la réalité frontalière. Vous avez bien lu : on a fait comme si Ottawa n’existait pas, comme si 40 % des déplacements effectués par les Gatinois ne se faisaient pas vers un lieu de travail situé à Ottawa.

À qui la faute ? À un mystérieux « guide ministériel » du MTQ qui ne permettait pas d’analyser les possibilités d’arrimage avec le système de transport ottavien. Et bien si le guide était inapproprié, il fallait changer le guide ! Parce qu’aujourd’hui, on se retrouve avec une étude d’un demi-million qui ne répond que partiellement aux nombreuses questions qu’on se pose sur la meilleure solution à retenir pour le futur lien rapide vers l’Ouest.

Parfois, c’est à se demander sur quelle planète vivent les gens du MTQ. Ils n’entendent pas ce qui se dit autour d’eux ? Les maires d’Ottawa et de Gatineau ne cessent d’insister sur la nécessité de bien arrimer leurs deux systèmes de transport en commun. On vient même de créer une instance interprovinciale pour mieux coordonner les efforts en ce domaine.

Quand la Ville d’Ottawa a produit son étude de faisabilité pour l’O-Train, elle a tenu compte du taux d’achaladange de toute la grande région d’Ottawa-Gatineau, pas seulement d’Ottawa. Pourquoi le MTQ n’a-t-il pas fait pareil ? Surtout dans le contexte actuel, où les politiciens de tout acabit se montrent de plus en plus déterminés à faire tomber les barrières interprovinciales.

On comprend mieux pourquoi l’ancien président de la Société de transport de l’Outaouais, Gilles Carpentier, a pété sa coche contre la direction régionale de Transports Québec l’automne dernier. La même direction régionale qui n’a pas cru bon de réagir quand Gatineau l’a avertie qu’une section névralgique de l’autoroute 50 menaçait d’être inondée, le printemps dernier.

Le nouveau ministre québécois des Transports, André Fortin, semble résolu à réajuster le tir. Il a admis que Québec doit cesser d’intervenir en Outaouais comme si l’Ontario n’existait pas. C’est vrai en transport commun, mais je dirais que ça l’est aussi en santé, en éducation, en développement économique, en tourisme… Cette façon de concevoir l’Outaouais comme une planète isolée du reste de la galaxie est contre-productive et alimente cette impression bien ancrée que la région est la grande oubliée du Québec.

Ceci dit, l’étude du MTQ nous apprend au moins deux choses utiles.

D’abord qu’un service rapide par autobus vers Aylmer deviendrait saturé très rapidement et n’est donc pas une solution viable à long terme. Bien que beaucoup plus chère, l’option d’un tramway/train léger mérite donc d’être considérée très sérieusement. D’autant plus que le fédéral est prêt à ouvrir ses goussets pour financer ce genre de projet et que Gatineau se doterait alors d’une technologie compatible avec celle de sa voisine Ottawa.

L’autre chose, c’est qu’on ne pourra pas se limiter à un seul corridor de transport en commun vers l’ouest. Il en faudra au moins deux pour que le service soit rapide et fiable, soit un qui passe par le boulevard Taché et l’autre par le boulevard des Allumettières. D’autres études, car il en faudra d’autres, viendront mieux documenter ces scénarios…